Aussi incroyable que cela paraisse, les plantes sont capables d’éprouver des émotions. Alain Amariglio propose de les écouter à travers une promenade qui souligne l’urgence écologique. Et si nous arrêtions d’être sourds !
Pour donner envie de découvrir un livre, il n’est pas nécessaire d’en raconter l’histoire, mais bien plutôt d’en évoquer le propos général lorsqu’il se suffit à lui-même. Avec Des plantes et des hommes, Alain Amariglio nous mène de la Chine aux Canaries au cours d’une promenade botanique afin de raconter l’aventure du vivant. Ce sont moult histoires et découvertes insoupçonnées au détour desquelles la grandeur de l’univers croise mille détails en y posant les particularités de chacun.
L’homme est le rêve de la plante
Selon les chamanes – considérés par certaines tribus comme l’intermédiaire entre les humains et les « esprits » – l’homme est le rêve de la plante, dans la mesure où elle inspire le quidam autant que les plus merveilleux esprits. Ainsi, Homère affirmait-il huit siècles avant Jésus-Christ, que les dieux ont inventé la cruauté… la barbarie… la guerre et la misère pour offrir matière à l’imagination des poètes. Sept siècles plus tard, dans ses Métamorphoses, Ovide suggère que les plantes ont créé l’être humain afin de lui inspirer des émotions… de l’admiration… des œuvres d’art… Il évoque la possibilité pour l’Homme d’un « retour » à l’état végétal, manière de se protéger de lui-même, sorte de purification lui permettant de se reconnecter. Oui ! Les plantes nous ressourcent et nous rendent plus humains. Elles nous charment, nous surprennent et nous troublent ; ce sont chaque fois quantité d’émotions issues des leurs. Le chamane la plus célèbre au monde, la Mazatèque Maria Sabina, n’avait lu ni Homère ni Ovide, elle n’eut toutefois de cesse de transmettre leur enseignement botanique sans le savoir.
Double médicament
C’est aujourd’hui prouvé : les plantes nous perçoivent et nous reconnaissent, elles réagissent à nos émotions en même temps qu’elles expriment les leurs. Certains laissent entendre qu’elles nous envoient des informations thérapeutiques… d’autres imaginent des messages de gratitude… d’autres encore des appels au secours… mais tous les scientifiques s’accordent pour attester de l’intelligence des plantes, de leur sensibilité, voire une forme de télépathie non seulement entre elles, mais en recherche avec l’humain. Cette fabuleuse aventure du « vert » parmi les hommes – à moins que ce ne soit l’inverse – nourrit la part d’humanité dont le règne chlorophyllien semble fournir tant de preuves de nous-même, comme s’il était le miroir de la Création… comme s’il offrait un aide-mémoire permettant de se reconnecter à la nature profonde… comme s’il s’avérait un double médicament, à la fois préventif et curatif.
Imagination végétale de nos bibliothèques
Aussi merveilleuses soient-elles, toutes les révélations contenues dans le livre d’Alain Amariglio sont le fruit d’observations et d’expériences scientifiques. On ne s’en lasse pas. En route pour cette fabuleuse aventure de la conscience qui nous mène de nos racines jusqu’à cette part d’humanité dont les plantes semblent fournir tant de preuves éloquentes. Un livre à lire. Mieux. A offir. Véritable imagination bucolique de nos bibliothèques, mais aussi à garder en plusieurs exemplaires… dans sa chambre… la cuisine… la boite à médicaments… la cabane du jardin… En quelque sorte, un ouvrage universel.
« J’ai perdu mon temps :
la seule chose importante dans la vie, c’est le jardinage. »
Sigmund Freud
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Décembre 2023 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing
Des plantes et des hommes, un livre d’Alain Amariglio (préface de Gilles Clément) aux éditions du Canoë, 293 pages – 18,00€











