Jean-Luc Le Cléac’h : « Rêver au jardin » HermineHermineHermineHermine

Nomade mais aussi sédentaire. Attiré par les lointains mais aussi par le plus proche : le Breton Jean-Luc Le Cléac’h (il vit en pays bigouden) nous entraîne aujourd’hui au jardin pour partager avec lui des instants de rêverie que l’on imagine volontiers bien féconds.

Il parcourt l’Europe dont il nous ramène des visions fulgurantes (Fragments d’Europe, La Part Commune, 2019). Mais il sait aussi, chez le même éditeur, s’émerveiller au bord des plus humbles ruisseaux (L’élégance des eaux vives, 2016), arpenter avec allégresse les rivages de Bretagne ou ses chemins creux (Poétique de la marche, 2017) Même les mois noirs ont le don de lui plaire (L’hiver, saison de l’esprit, 2021). D’une soirée d’hiver, il dit ainsi qu’elle est « un espace limité qui contient le monde ». Il suffit souvent, à ses yeux, d’un feu de cheminée, d’une tasse de thé et, surtout, d’un bon livre.

S’il est un autre espace limité qui contient aussi le monde, selon Jean-Luc Le Cléach, c’est bien le jardin. « Le jardin fait naître, dans un espace fini, des rêves infinis ». C’est carrément, ajoute-t-il, un « concentré d’univers ». Il suffit d’avoir sous les yeux un hortensia originaire d’Asie ou d’Amérique, le callistémon de Nouvelle-Zélande, l’échium ou la vipérine rouge qui provient des Canaries. Ajoutez à cela que vivre au jardin, « c’est s’immerger dans un océan de senteurs » et qu’on peut « y ferrer une pensée, une idée, éprouver une sensation inconnue ». Au bout du compte, affirme-t-il, « le jardin s’ouvre sur l’univers, nous ouvre à l’idée d’universalité ».

Des graines de sagesse

On l’a compris. Jean-Luc Le Cléac’h n’est pas le jardinier du dimanche (comme on le dirait d’un peintre) mais celui d’un quotidien vécu au jardin en plénitude. Chez ce jardinier philosophe qui est aussi poète, on sème des graines de sagesse. Pas d’allées tirées au cordeau. Pas de planches claires et nettes de légumes de saison. Non, plutôt le sentiment d’un aimable désordre, d’un patchwork de sensations neuves recueillies en faisant un simple pas de côté.

L’écriture de ce livre en témoigne. On passe volontiers du coq à l’âne. « Je me dédouane, se rassure l’auteur, en songeant qu’au jardin aussi, il arrive que les rosiers ou les plants de zinias côtoient les radis et les tomates, qu’un hydrangea avoisine les courges ». L’auteur va ainsi , par sauts de puces successifs (ou plutôt d’abeilles ou d’insectes), nous parler du « toucher » stimulé au jardin, du silence qui n’y est jamais absolu, du plaisir des dernières journées d’automne, de la sieste bienfaisante dont on sort « à mi-chemin entre réalité et rêveries ». Et que dire de la lecture au jardin dont le meilleur moment est celui où « nous l’interrompons, levant les yeux, fixant notre regard sur rien de particulier à vrai dire, un simple support car c’est vers notre intériorité, aiguillonnée par ce que nous venons de lire, que notre attention est dirigée ». Côté lecture, Jean-Luc Le Cléac’h a d’ailleurs de belles références : Bachelard, Hopkins, Grosjean, Saint-John Perse, Bergounioux, Erri de Luca… On l’imagine parcourant leurs livres puis levant les yeux, méditatif,  vers son figuier ou son ginkgo biloba.

Cet idéal de jardin « engendre une forme raffinée d’apaisement », estime l’auteur. C’est un « support à la recherche de la beauté », entretenant un « sentiment de bien-être, de sérénité ». On le suit volontiers quand il dit ne pas croire à l’existence d’un jardin idéal mais aimer « l’idée d’un idéal de jardin ».

Pierre TANGUY.

Rêver au jardin, Jean-Luc Le Cléac’h, La Part Commune, 2023, 135 pages, 13 euros

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