Comment devient-on un artiste-peintre ? A chacun, sans aucun doute, son cheminement propre. L’écrivain et universitaire Alain-Gabriel Monot nous raconte celui du Breton Michel Remaud dont l’œuvre, nous dit-il, « n’a cessé de s’étoffer et de s’affirmer », passant par petites touches du figuratif à un non-figuratif où s’affirme « une forme de géographie intérieure ».
Il a mené une carrière de professeur d’anglais au Likès de Quimper. Michel Remaud attire aujourd’hui l’attention sur lui pour d’autres raisons : la qualité de son œuvre picturale. Mais que de chemin parcouru depuis Rennes (où il est né en 1948) ! Alain-Gabriel Monot évoque avec précision et empathie tous ces moments-clés qui vont forger, à bas bruit, un tempérament d’artiste. Les voyages et les découvertes y sont pour beaucoup avec une attirance particulière pour les Etats-Unis où le jeune Michel accomplira un road movie en compagnie de son amoureuse Christiane. Il y a aura aussi la coopération militaire en Algérie et la séduction des formes épurées du désert.
A cette époque Michel Remaud photographie plus qu’il ne peint (le livre publie d’ailleurs plusieurs de ses clichés) même si son tempérament d’artiste, repéré très jeune, le fait pencher vers la peinture, surtout depuis la découverte de l’œuvre de Bonnard qui demeurera sa référence. « De 1982 à 1992, Michel cherche sa peinture et son langage », raconte Alain-Gabriel Monot. Il fait se gammes. Mais il doute. Jusqu’à cette forme de révélation : « La voie figurative est pour lui une impasse ». Un galeriste quimpérois, Patrick Gaultier, accueille ses premiers tableaux non-figuratifs. Parallèlement, il retrouve « le pays blanc » de la région de Guérande (où il passa, jeune, des vacances), « lieux abstraits, géométriques, fruit du travail des paludiers ». Et Michel Remaud, raconte Alain-Gabriel Monot, « s’engouffre dans ce quelque chose qui pourrait nourrir ce qu’il cherchait en peinture et intègre dans ses motifs la géographie des marais ».
Appui et nourriture dans la musique baroque
Le voilà propulsé, trouvant appui et nourriture dans la musique baroque, dont il apprécie « l’énergie », « le mysticisme » et « l’abstraction », mais aussi dans l’œuvre d’Edmond Jabès dont « l’écriture fragmentaire » et « les mises en abîme des récits le fascinent ». D’où son penchant progressif pour des travaux associant peinture et littérature. C’est la voie royale pour ce qui sera désormais sa principale « marque de fabrique » : le livre d’artiste. L’occasion de rencontres avec des auteurs, le plus souvent poètes, aussi prestigieux que Guy Goffette, Jean-Michel Maulpoix, Dominique Sampiero, Philippe Le Guillou, Pierre Bergounioux… (sans oublier des auteurs bretons qui lui confient aussi certains de leurs poèmes). La qualité de ses très nombreux livres d’artistes lui vaut d’ailleurs, aujourd’hui, la création d’un fonds Michel Remaud à la médiathèque de la ville de Quimper.
Mais « l’histoire n’est pas finie », note avec justesse Alain-Gabriel Monot qui ne manque pas « d’observer avec le recul des années une évolution dans le travail du peintre et son regard sur le monde ». Selon lui, « sa peinture a eu tendance à délaisser la géométrie initiale pour aller vers un traitement plus ‘atmosphérique’ de ses champs colorés (…) Son cœur et sa peinture se sont largement imprégnés de l’environnement breton, de ses couleurs, de ses ciels inouïs, de sa littérature… » A découvrir dans ce très beau livre, magnifiquement réalisé, où l’on retrouve de nombreuses peintures de l’artiste breton.
Pierre TANGUY
Michel Remaud, un cheminement pictural, Alain-Gabriel Monot, L’enfance des arbres, 2022, 138 pages, 22 euros.











