Le mystère Yves Adrien, un Livre de Cédric bru HermineHermineHermine

De tous les écrivains français, Yves Adrien est sans nul doute le plus mystérieux. Il apparaît et disparaît au gré de ses caprices… Son nom flotte ensuite dans l’air comme celui d’une réminiscence intemporelle… L’homme refait surface puis se volatilise à nouveau... Et personne ne sait jamais quand on le reverra.

Au début des années 70, la littérature s’accoquina avec le rock et la pop-rock, deux empreintes musicales qui deviendront l’un des aspects intellectuels majeurs de l’époque : la rock-culture. C’est l’âge d’or des magazines spécialisés français – Best et Rock & Folk pour plus les plus célèbres – alimentés par des disques devenus mythiques ; une quasi contre-culture éternisée par des plumes talentueuses et progressistes. Quelques noms s’imposent. Commençons par la merveille Marjorie Alessandrini… Vient ensuite le Breton Philippe Paringaux… Puis l’incontournable Jérôme Soligny… Suivi de l’esthète Patrick Eudeline…  Le regretté Alain Pacadis qui, noyé dans l’alcool et les poudres illicites, explosa en vol… Enfin, supernova parmi les stars, voici venir Yves Adrien, dont le simple nom renvoie aux souvenirs des articles qui ont fait sa légende : s’il existe une rock-écriture, c’est bien à lui qu’on la doit.

Toute sa vie, Yves Adrien s’est comporté comme une émanation dont certains imaginaient pouvoir emprisonner l’essence. En vain. L’homme deviendra le portier de nuit d’un monde endiablée par l’énergie rock, électrisée par les rythmes pop, et « pogoïsée » par le nihilisme punk. Il sera le premier à poser sur cette rock-culture des références traditionnelles qui auront contribué à faire connaître une génération d’artistes : les fameux « Jeunes Gens Mödernes » qu’étaient à l’époque Étienne Daho, les Stinky Toys, Jacno, Lio, Marquis de Sade, Taxi-Girl, Daniel Darc…

Fort d’une créativité dantesque – c’est à dire sombre et sublime – le talent d’Yves Adrien surpasse ceux dont il vante les mérites. Solitaire comme courent les loups, notre rock-critique demeure libre faute d’avoir rejoint la meute ; manière de poser sa pierre au format de petits cailloux pour se façonner une image dont, en fin de compte, il se moque totalement. Seul importe son style envié de tous.

Le livre de Cédric Bru est une biographie apocryphe où la fiction chevauche un réalisme brutal. Les lecteurs remontent jusqu’au bien heureux Paris des années 70/80. Le Palace… Le Rose Bonbon… Les Bains-Douches… Autant de lieux presque plus importants que les gens que l’on y croisait. Cédric Bru explique « comment Yves Adrien est passé d’une écriture journalistique très documentée à une littérature où le style et la réflexion poétique sont devenus maîtres. » Mais ce dont l’auteur du Mystère Yves Adrien se fait écho, révèle surtout que la musique était à l’époque une ambition idéale en total dissonance avec ce qu’elle est aujourd’hui : d’un rêve gravé sur du vinyle, la voici devenue bouillie cauchemardesque en streaming.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Juin 2021 J.E.-V. & Bretagne Actuelle

Le mystère Yves Adrien, une biographie apocryphe de Cédric Bru aux éditions Séguier, 288 pages – 21€

Les livres d’Yves Adrien sont : NovöVision (1980) – Ultra Lux (illustrations de Philippe Morillon -1981) – 2001 une apocalypse rock (2000) – F. pour Fantomisation : Les inédits d’Yves Adrien (2004)

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