Où donc se cache le ressort qui permet à Hervé Hamon d’écrire un Dictionnaire amoureux projetant ses lecteurs dans une vie d’aventure et de risque-tout ? Sous sa plume, les îles deviennent l’exact et seul univers où il est possible de jouir d’une entière liberté. C’est à la fois la terre en prose et la mer en poésie. Le survol d’un oiseau. Un mieux. Un rêve.
La littérature s’est depuis longtemps emparée des îles. Homère et son Odyssée ne sont qu’un début ne laissant présager aucune fin. Suivront bien après, Daniel Defoe qui, malgré ses descriptions chirurgicales, ne posa jamais un pied sur l’île de son Robinson Crusoé, battue par les rugissants de l’archipel chilien de Juan Fernández. Également Alexandre Dumas faisant de l’île d’If – son incontournable château – la plus célèbre prison de nos bibliothèques. Bernardin de Saint-Pierre nous offrit de voir grandir Paul et Virginie sur le rivage de l’île de France, aujourd’hui devenue île Maurice. Ce furent ensuite Victor Hugo retranché à Guernesey, Herman Melville et son autobiographie évoquant les Marquises cannibales, puis Anton Tchekhov censuré pour ses notes de voyages sur Sakhaline, Albert Londres en reportage au bagne de Cayenne sur l’île du Diable, Georges Pérec et sa vision d’Ellis Island dans la bais de New York, mais encore Soljenitsyne au goulag sur Solovsky… Oui. La littérature s’est définitivement emparée de l’imaginaire insulaire.
Plus récemment, Michel Houellebecq campa une secte de privilégiés sise à Lanzarote. Ultimes exemples, la surprenante Île du jour d’avant d’Umberto Eco, et Les naufragés [clandestins] de l’île Tromelin d’Irène Frain. Finissons avec les presque trop célèbres Dix petits nègres d’Agatha Christie, invités à se rendre sur Burgh Island au large du Devon. Une liste non exhaustive qui oublie Marivaux, Jules Verne, Joseph Conrad, H.G. Welles, Maurice Leblanc, Michael Crichton… Tous soucieux des conquérants îliens, des déportés, des missionnaires, des négrier, des pirates et autres corsaires, des esclaves, aussi ; d’ailleurs, la seule île d’une importance historique absente dans le livre d’Hervé Hamon reste Gorée, symbole mémoriel de la traite négrière africaine, elle n’y figure pas ; un bémol que ses lecteurs siffleront en ut dièse avant de très vite lui pardonner tant son Dictionnaire amoureux est un enchantement.
Ainsi la littérature collectionne-t-elle les îles dont Hervé Hamon fait des cartes-postales. On vagabonde. On rêve. On frissonne. On se souvient. Désormais, lorsqu’aux vacances il faudra réfléchir entre revoir son pays natal ou se rapprocher du bleu qui entoure une terre à l’horizon, chacun se souviendra de ce Dictionnaire amoureux comme étant celui d’une probabilité ; effet magique garanti entre le A d’une île qui n’existe pAs, et le Z de Zile Latòli, nom créole de l’île de la Tortue du temps ou Haïti et Saint-Domingue ne formaient qu’un seul et unique territoire sous le merveilleux nom d’Hispaniola.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Octobre 2020 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle
Dictionnaire amoureux de îles, un livre d’Hervé Hamon – 702 pages – 27 €uros – Édition Plon












