Alain-Gabriel Monot : « Géographie littéraire de la Bretagne » HermineHermineHermineHermine

Aborder la littérature bretonne par le biais de l’ancrage local des auteurs, c’est le pari de l’universitaire brestois Alain-Gabriel Monot dans un livre où il nous propose 35 portraits d’écrivains (prosateurs et/ou poètes, Loire-atlantique comprise) sur une période allant de 1870 à 2020. L’auteur mêle ses analyses personnelles à des extraits de livres ou d’entretiens qu’il a pu avoir avec certains de ces écrivains.

Jean Guéhenno à Fougères, Xavier Grall à Pont-Aven, Pierre-Jakes Hélias à Pouldreuzic, Gilles Baudry à Landévennec, Yvon Le Men à Lannion, Paul Guimard à Doëlan, Yves Elléouët à La Roche-Maurice, Gérard Le Gouic à Quimper, Michel Le Bris à Saint-Malo, Yvon Le Men à Lannion…Voici donc, sous la plume de Alain-Gabriel Monot, une approche « territoriale » de la littérature bretonne des 150 dernières années. Il le fait avec beaucoup de bonheur et certains de ses portraits d’auteurs rattachés à un lieu donné sont particulièrement bien sentis. On pense notamment à ce qu’il dit de Philippe Le Guillou le long de la rivière du Faou ou encore de Yann Quéffelec dans son territoire d’enfance de l’Aber-Ildut.

« Les écrivains bretons, ou intimement liés à la Bretagne, ont cette qualité première et distinctive que leur œuvre s’enracine profondément dans leur terre qui, certes, est un territoire qu’ils parcourent, déchiffrent et ne cessent de célébrer, mais bien plus, une sorte d’espace imaginaire qui se donne comme le substrat fondateur de leur travail », note Philippe Le Guillou lui-même dans la préface du livre. Ce qui ne fait pas donc pas de ces auteurs, ici triés sur le volet, des écrivains « du terroir » ou « régionalistes ». Voilà, au contraire, des auteurs à la fois enracinés et ouverts. Ce qui, on le sait, est la marque d’un grand écrivain. Alain-Gabriel Monot dit ainsi de Bernard Berrou (Penmarc’h) qu’il «  aime tant son pays de Bretagne qu’il a un constant besoin de s’en arracher » et qu’il « va toujours vers l’Ouest irlandais, dans le comté de Clare, dans le Burren ».

Quels auteurs retenir ? 

Mais cet exercice de géographie littéraire suppose à coup sûr du doigté. Quels auteurs retenir ? Qui mettre aujourd’hui dans le panthéon littéraire breton ? Charles Le Quintrec l’avait déjà fait à sa manière dans son livre Littératures de Bretagne (éditions Ouest-France, 1992) et, bien avant lui, Philippe Durand dans Le livre d’or de la Bretagne (Seghers, 1975). Alain-Gabriel Monot, lui-même, avait fait une première approche en présentant 72 écrivains dans son livre Proses de Bretagne (La Part Commune, 2006). Mais, depuis, l’eau a coulé sous les ponts de Bretagne et de nouveaux auteurs ont émergé, dont il nous entretient, sans oublier de dresser le portrait des incontournables Tristan Corbière, Louis Guilloux, Guillevic, Henri Quéffélec, Armand Robin, Hélène et René Guy Cadou, Georges Perros…

Pour les auteurs vivants ou récemment disparus, le choix était forcément plus délicat. Affaire de feeling et d’empathie pour tel ou tel parcours d’écriture. Alain-Gabriel Monot confirme ici, par exemple, l’enthousiasme que lui suscite (à juste titre) l’œuvre méconnue de la discrète poète Emilienne Kerhoas (Landerneau) dont il souligne « l’élégance feutrée » et « l’humanité lumineuse ». Même enthousiasme pour le poète/barde Louis Bertholom (Fouesnant) qui « embrasse le spectacle du monde, sa composition complexe, l’inouï du ciel et de la mer, les hauts nuages plombés ».

On notera malgré tout que, si l’on s’en tient strictement à la géographie, les auteurs ayant un ancrage finistérien y ont la part belle (près de la moitié des auteurs présentés). Ce qui amène à rappeler le caractère forcement subjectif d’une telle entreprise éditoriale. « Nous souhaitons que ces portraits ne soient pas clos, précise d’ailleurs Alain-Gabriel Monot, qu’ils laissent plutôt la porte ouverte à des ajouts, des retraits, des modifications toujours possibles, toujours souhaitables ». Dont acte.

Pierre TANGUY

Géographie littéraire de la Bretagne, Alain-Gabriel Monot, préface de Philippe Le Guillou, éditions Ouest-France, 254 pages, 18 euros.

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