« Gestes barrières »... Le geste peu poétique du monde d'après. Un sens nouveau de mots ou expressions s'est forgé dans le monde confiné.

Ce sont les mêmes qu’avant mais ils recouvrent à présent un sens différent. Le plus employé et emblématique « confinement » -fait de : « se retirer dans un lieu pour vivre à l’écart »- était, avant, assez rarement employé. Maintenant c’est « restez chez vous ». Il aura pour tous cette connotation qui correspond désormais à ce mot d’ordre et à cette période. Sachant qu’il pourrait être réemployé dans ce sens restrictif…
De même la « distanciation sociale » qui semblait ne se rapporter qu’au vocabulaire de la sociologie ou du théâtre, est devenue un impératif, consistant précisément à maintenir une distance de 1,5 mètre entre chaque personne afin d’éviter la contamination.
La quarantaine… un mot de l’histoire que personne ne pensait plus jamais voir resurgir, et qui correspond aujourd’hui à quatorze jours d’isolement. Quatorzaine, durant laquelle vous pourrez vous adonner à la neuvaine, mais, sauf votre réconfort, rien n’y changera.
Et comment ne pas avoir une attention particulière pour les « masques alternatifs » ? Se distinguant des masques chirurgicaux ou FFP2 – terminologie de la médecine -, les « masques alternatifs » confectionnés la plupart du temps par des couturières qui ont ressorti leur machine. S’aidant d’un tutoriel et d’un patron pour coudre leurs masques selon les normes AFNOR (Association française de normalisation). Il est juste à regretter que toutes ces bonnes volontés n’aient pas été mobilisées depuis le début.

Nous allons donc pouvoir repasser du virtuel au « présentiel »

Est apparu le « présentiel » ! Issu de la novlangue. Qui, proprement, consiste à se rencontrer réellement et pas seulement en télétravail, où les gens se sont mis en relation « virtuellement » par visioconférence. Un substitut suffisamment efficace pour qu’il soit nécessaire de faire le distinguo d’avec « présentiel ». Nous allons donc pouvoir repasser du virtuel au « présentiel ». Petite subtilité entre la « présence » qui comporte une dimension physique et spirituelle, et le « présentiel » qui met l’accent en premier lieu sur la présence corporelle.
Les « gestes barrières » qui consistent avant tout à rester chez soi. Et à se déprendre des gestes qu’on fait naturellement. Ainsi faut-il toussez dans son coude, ne pas se toucher le visage, garder ses distances. Ce qui semble aller à l’encontre de ce qu’était avant : « faire un geste »… mouvement, certes métaphorique, mais de conciliation et de rapprochement. Alors que là c’est tout l’inverse : plus de proximité, plus de contact. Comment encore avoir du tact, sans contact ? Et puis s’en laver les mains !
Il deviendra dès lors difficile de joindre le geste à la parole… et ne resteront que les beaux gestes, au figuré, à présent plus que jamais utiles…
Quant au mot « déconfinement », qui n’existait pas, il se traduit désormais en « liberté surveillée et conditionnelle ».

Michel OGIER

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