« Histoire populaire de la Bretagne » HermineHermineHermineHermine

Il est toujours intéressant de prendre des chemins de traverse pour raconter la même Histoire. Cette fois, les auteurs ont pris le parti du peuple. Un angle pas si nouveau pour nos trois historiens et notre journaliste puisqu’ils ont déjà commis « L’histoire populaire de Nantes ».

Les pauvres et les sans grades, les artisans et les compagnons, les paysans et les ouvrières sont donc regardés non pas comme un coup social et une donnée d’ajustement, mais comme la colonne vertébrale d’une histoire bretonne qui nous conduit jusqu’à ici, en 2020. On part de la préhistoire pour finir avec les Gilets Jaunes.

Les auteurs ont peu de documents à se mettre sous la main avant le 16e siècle. Et encore, depuis Jules César, c’est toujours le vainqueur qui écrit l’histoire. Fort est de constater que nos enfants passent leur temps à étudier et apprendre les aventures de nos élites, et rarement celles de leurs parents. Et ce sont les bourgeois qui ont gagné le droit de faire tomber l’ancien régime, même si les traces d’un peuple affamé a noirci quelques pages. Idem en 1675 et la révoltes de bonnets rouges. Mais là, ils étaient bien seuls et les livres scolaires n’en parlent pas.

La première leçon qu’on peut tirer de cette lecture, c’est de se rendre compte que toutes les révoltes populaires ont avorté. Car jamais rejoint par la classe dominante. Normal. Une seule a changé la donne : la révolution française. Et pour cause, elle a été menée par des avocats et des médecins.

La seconde leçon, c’est que l’ouest de notre péninsule, le Finistère, symbolise encore aujourd’hui une Bretagne éternelle, rebêle, voir autonome. Et paradoxalement, c’est ce même département qui fournit le plus de fonctionnaires à l’Etat français. Oui, bien étrange oxymore…

Ce livre passionnant et bien emmené jette un regard universel sur notre société. En fin de compte, rien n’a changé pour le bas peuple. Simplement considéré comme une main d’œuvre docile, servile et coûtant peu dans les années 60 (Citroën en a profité longtemps à Rennes), le citoyen breton aujourd’hui mondialisé, a perdu sa langue et se laisse envahir. La même antienne se répète : « On a essayé la droite, puis la gauche, on va essayer le Front National ». Au secours ! Ce que les auteurs auraient pu défendre, c’est une quatrième voie : l’autonomie. Jamais tentée, non ? En revanche, jusqu’à la dernière page, Nantes est en Bretagne. On les salue pour ça.

Hervé DEVALLAN
« Histoire populaire de la Bretagne » de Alain Croix, Thierry Guidet, Gwénaël Guillaume et Didier Guyvarc’h aux éditions des PUR, 492 pages, 20€

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