Le titre est un peu trompeur. Des Gilets Jaunes, il est très peu question. Et c’est tant mieux tant la richesse du livre se suffit aux seuls Bonnets Rouges de 1675. Et un peu de 2013. Le parallèle entre les deux révoltes n’est pas non plus au cœur de ce document du professeur d’histoire à Rennes, Gauthier Aubert. Il s’agit bien de mieux comprendre comment le mouvement de 1675 est né et comment il est mort deux, voire trois mois après. Et surtout, pourquoi, il reste le symbole d’un ras le bol fiscal de tout un pays. Le parallèle avec les Gilets Jaunes est ici.
Car en cherchant à comprendre ces bonnets rouges de Basse Bretagne, le prof d’histoire suit dans un premier temps les nombreuses révoltes qui ont précédé ce mouvement. A commencer par la fronde fiscale de Bordeaux puis celle de Rennes. A chaque fois la même mécanique : le pouvoir central laisse au pouvoir local le soin de circonvenir la fronde, puis envoie les troupes, bannis les émeutiers et dans sa grande mansuétude pardonne à la ville ses exactions quelques années plus tard. Le pouvoir est bon. Surtout, le pouvoir n’a pas le choix : Louis XIV est en guère en Hollande et ne veut pas voir s’ouvrir un nouveau front au cœur de son pays.
Si Bordeaux a vu certaines nouvelles taxes (il faut payer cette guerre) annulées, Rennes et la Basse Bretagne n’ont pas connu le même sort. Il faut dire que la tentation politique était plus forte du côté breton qu’en Guyenne. Mais à chaque fois, ce raz le bol fiscal. Et à chaque fois cette trahison d’un pseudo élite locale qui verse au bout du compte du côté royal. Autre temps, même mœurs ? Est-ce pour cela que les Gilets Jaunes n’ont pas de chefs, ces managers à la petite semaine ?
En cela les corps intermédiaires sont utiles : ils finissent les conflits en trahissant la cause. A Rennes et Bordeaux, siège des Parlements, c’est flagrant. En Basse Bretagne, en 1675 comme en 2013, le Finistère a mélangé lutte fiscale et lutte sociale. En 2013, l’éco taxe est supprimée ; en 1675, on pend et on écartèle quelques meneurs, mais le papier timbré est bel et bien taxé. Au final, rien ne change : deux siècles plus tard le département livre toujours sa jeunesse à l’administration française comme un honneur et un plaisir. Peut-on lutter contre ça ?
Hervé DEVALLAN
« Les bonnets rouges ne sont pas les gilets jaunes » de Gauthier Aubert aux éditions des Presses Universitaires de Rennes, 200 pages, 20€












