Gaële de la Brosse : « Le petit livre de la marche » HermineHermineHermineHermine

Je marche, tu marches, elle marche. Gaële de la Brosse – Bretonne de Paris, Finistérienne des sentiers du fond de la rade de Brest – connaît par cœur le chemin de Compostelle et le Tro Breizh. Elle est l’auteure de livres sur ces deux itinéraires mythiques. Mais voici qu’elle nous propose aujourd’hui un petit ouvrage sur les différentes facettes de la marche à pied. Elle est allée, pour cela, à la rencontre de quinze marcheurs/auteurs.

Il est loin le temps – du moins en Europe – où la marche était l’acte nécessaire pour se déplacer d’un lieu à un autre (faire des kilomètres chaque jour, par exemple, pour aller à l’école comme nous l’ont raconté nos parents ou grands- parents) C’était avant le développement des moyens de locomotion modernes. Autrement dit dans un temps qui nous paraît préhistorique. Aujourd’hui on peut tout faire en voiture, en train ou en avion. Mais aussi, diront certains, « on peut aussi tout faire à pied ». Vertu de la marche à laquelle l’on découvre des bienfaits insoupçonnés au point de revendiquer que sa pratique soit remboursée par la Sécu après avis médical.

La marche, en effet, peut relever de la thérapie. Elle aide à se reconstruire après un drame ou un passage à vide dans sa vie. « Guérir et renaître », nous dit Gaële de la Brosse à propos de Claire Colette, assistante sociale dans l’accompagnement de personnes déficients mentales et qui eut besoin du chemin de Compostelle et créa en Belgique « une association qui promeut la marche comme outil de guérison du corps et d’éveil spirituel ».

« Marcher, c’est exister pleinement« 

Mais il y a tant de manières d’appréhender la marche et tant de profils de marcheurs. Pour l’un des plus connus d’entre eux aujourd’hui, Sylvain Tesson, la marche lui a permis de canaliser son énergie et de dompter sa « chaudière intérieure ».  Pour le sociologue David Le Breton, « marcher, c’est exister pleinement, être de plain-pied dans son existence. Se sentir exister. Se sentir vivant. Passionnément vivant. Et même si cet accouchement de soi se fait dans la souffrance, même s’il nous fait toucher du doigt notre fragilité, le jeu en vaut la chandelle ».

Au fond, marcher c’est conquérir sa liberté. « Nous sommes des vivants-marchants : c’est-à-dire que nous sommes vivants tant que nous avons la liberté de nous mouvoir », estime pour sa part l’explorateur Jean-Louis Etienne.

Gaële de la Brosse est aussi allée à la rencontre de deux moines/marcheurs. L’un, Gilles Baudry, bénédictin-poète dans l’enclos de son monastère et dans les bois qui l’environnent. C’est là qu’il « accueille le silence ». L’autre, François Cassingena-Trévedy, revenu de son périple dans le Cézalier, dont il a tiré un superbe récit (Cantique de l’infinisterre,  Desclée de Brouwer, 2016) et qui nous livre les trois « ingrédients » de la quête : « La précarité (voyager seul et dans le dépouillement) ; l’austérité (marcher dans des paysages sans facilités ni amusements) ; l’altérité (être ouvert à la rencontre, chemin faisant) ».

On peut aussi marcher pour « vivre l’instant en pleine conscience » comme le dit Gaëlle de la Brosse à propos de Thich Nhat Hank. Pour « philosopher » à la manière de Frédéric Gros. « Si vous voulez penser, commencez par marcher ». Eh bien, marchons !

Pierre TANGUY
Le petit livre de la marche, Gaële de la Brosse, éditions Salvator, 137 pages, 9,90 euros.

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