Une petite sélection de BD à déposer au pied du sapin. Par Erwan BARGAIN.
Echos Graphiques Livre 2

Artiste génial et aux multiples talents, Dave McKean façonne depuis trente ans et au gré de ses œuvres, un univers onirique et fascinant qui ne ressemble à aucun autre. Après avoir révolutionné le monde des comics et en particulier celui de Batman avec Arkham Asylum et réalisé en compagnie de Neil Gaiman des ouvrages aussi formidables que Des loups dans les murs et Le jour où j’ai échangé mon père contre deux poissons rouges, l’auteur britannique fait aujourd’hui résonner, pour la seconde fois, ses Echos Graphiques. Alors que le premier volume, sorti en 2003 et épuisé depuis longtemps vient d’être réédité, Delcourt en profite, pour sortir en parallèle, le deuxième tome de ce qui devient désormais une série. Un deuxième livre qui s’impose comme un monument de l’art graphique et qui confirme que Mc Kean est bien, à l’heure actuelle, l’un des plus grands maîtres de l’étrange. Impossible en effet de ne pas être subjugué et ensorcelé par les courts récits et les expérimentations réunis dans ce recueil. Qu’il mette en image La femme du ciel, conte d’une beauté à couper le souffle, ou qu’il nous invite à grimper à l’arbre bleue, splendide exposition narrative qui interroge sur l’opposition entre théologie et logique, qu’il restitue visuellement ses impressions nées d’un périple en Ecosse ou qu’il tisse la toile de la Femme Araignée, Mc Kean (qui, de la peinture à la photo, en passant par le dessin, le collage et l’infographie, mêle les techniques), nous invite à arpenter son univers, un univers où la poésie, se mêle aux rêves et à la réalité et qui imprime durablement la rétine. Un ouvrage indispensable
Scénario et dessins : Dave McKean. Editions Delcourt. 29,95€ – 5/5
Contro Natura
Dans un monde peuplé d’animaux anthropomorphes, la loi n’admet que l’union entre individus de la même race et du même sexe, les transgresseurs étant sévèrement sanctionnés, car considérés comme contre nature. Leslie, une jeune femelle issue de la famille des suidés et vivant en colocation avec son amie, Trish, tente de s’adapter à cette société restrictive. Mais le jour où elle fait des rêves érotiques la mettant en scène avec un loup, elle commence à s’inquiéter, d’autant que le programme de reproduction du gouvernement vient de lui trouver une âme sœur…Contro Natura est un album étonnant qui séduira les amateurs de comics singuliers. Imaginée par l’artiste italienne Mirka Andolfo, connue notamment pour son travail auprès de DC Comics (Wonder Woman, DC Bombshells) ou encore Dynamite Entertainment, cette histoire se sert de l’anthropomorphisme pour mieux raconter la société humaine et dénoncer ses travers. Les références à notre monde sont en effet évidentes et le récit tire ainsi à boulets rouges, sur l’extrémisme, le racisme et toute sorte de discrimination et ce, en livrant le portrait d’un personnage tiraillé entre ses désirs, ses pulsions et le respect des lois. Des thématiques fortes qui, portées par des dessins tout en rondeur, font de Contro Natura l’une des belles surprises de cette fin d’année.
Scénario et dessins : Mirka Andolfo. Glénat. 19,95€. – 3/5
Les contes macabres, volume 2
Comptant parmi les illustrateurs français les plus doués de sa génération, traduit dans différents pays (avec son ouvrage Cerise Griotte) et exposé un peu partout dans le monde, Benjamin Lacombe, après Alice au pays des Merveilles et Carmen, nous revient avec le second tome des Contes Macabres, d’Edgar Allan Poe. Alors que le premier, sorti en 2010, s’intéressait à la figure féminine et à la mort, ce deuxième opus se penche sur l’homme et le surnaturel. Une thématique que Lacombe aborde ici à travers six histoires écrites par l’auteur américain, dont Metzengerstein, propice aux ambiances gothiques, la Petite discussion avec une momie, et ses réflexions philosophiques, ou encore Eleonora, et sa dimension fortement poétique. Cette sélection s’avère très pertinente et permet à Lacombe de façonner un univers visuel époustouflant qui rend hommage à l’étrangeté des contes de Poe. Evidemment, on pourra regretter que ce second tome ne rassemble pas plus d’illustrations de l’artiste, mais l’ouvrage est si beau qu’il serait dommage de passer à côté.
Histoires : Edgar Allan Poe. Dessins : Benjamin Lacombe. Editions Soleil. 29,95€. – 4/5
Horlà 2.0
Concepteur d’un logiciel de réalité augmentée, K. est un homme à tête de lapin qui est envoyé par son employeur en Lointaine Province afin de configurer un programme. Mais les choses ne se passent pas comme prévu et sa tâche se révèle beaucoup plus compliquée qu’il ne pensait. Epuisé, démoralisé et quelque peu perturbé, il erre dans les ruelles de la petite ville pour se changer les idées. Un jour, au détour d’un chemin, il se retrouve face à un portail qu’il est interdit de franchir. Mais K. ne suit pas les recommandations et enjambe la grille avant de rencontrer une adolescente au comportement étrange…Ceux qui ont aimé Des fragments de l’oubli et La trajectoire des vagabonds, deux des précédentes œuvres de l’auteur, devraient être comblés par ce Horlà 2.0, Serge Annequin développant à nouveau ici un récit où se mêle onirisme, errances psychologiques et symbolisme. Une histoire introspective qui, librement inspirée de la nouvelle de Maupassant, en déconcertera plus d’un car Annequin aime naviguer en dehors des clous narratifs, au risque parfois de perdre certains lecteurs. Reste qu’avec ses dessins élégants et son intrigue mystérieuse, Horlà 2.0, mérite que l’on s’y attarde.
Scénario et dessins : Serge Annequin. EP Editions. 16€. – 3/5











