Ça se fête ! Les 150 ans du Thabor à Rennes. Une ville pas si monumentale où le parc public, jardin des frères Bülher et, bien plus avant, de l’église Saint-Melaine l’est, monumental ! Le livre La forme du regard du photographe Jacques Beun montre les milles paysages du Thabor dans le seul travelling des serres ! Norbert Maudet, rennais de Rennes, natif de la rue de Chateaudun sous le Thabor, se souvient à l’instar de Pérec ! Bon anniversaire aux dahlias, aux roses et aux serres, à la volière et au buste plus récent de Glenmor !
Je me souviens de mon obstination à vouloir pécher les poissons rouges du bassin de la roseraie avec une ficelle attachée à un bâton. Ma jeune tante et son fiancé souriaient. Je me retournais vers eux ma tante voyant ma consternation dit : Il n’y a pas d’hameçon. C’était juste avant les années noires. Mot appris : hameçon.
Je me souviens de la maman sanglier et de ses petits dans un enclos. Deuxième mot : marcassin.
Je me souviens que la chaisière passait collecter 20 ou 40 centimes pour s’asseoir. Pièces d’aluminium frappées de la francisque.
Je me souviens que ma mère disait : N’allez pas devant les serres c’est le coin des poitrinaires.
Je me souviens que l’instituteur nous laissait quitter la classe juste à l’heure pour aller au catéchisme. Nous courrions d’une traite dans cette montée continue pour aller à la chapelle attenante à l’église Notre-Dame où se dispensait notre éducation religieuse. Dans ce lieu était aussi la messe du dimanche pour les catéchumènes. Nous pointions la carte de messe qui devait être remplie pour participer à la communion de fin d’année. Nous dévalions le Thabor à un train d’enfer derrière le plus rapide. Il nous entraînait vers la grotte. Nous entrions par un côté, ressortions par l’autre sans trébucher sur les pierres entourées d’eau.
Je me souviens des parties de foot forcenées dans l’Enfer poussiéreux, alors un simple trou, pendant les pauses de la retraite de communion.
Je me souviens du caillou parti d’un fourré qui m’atteignit au front. Règlement de compte de garnements.
Je me souviens du garde à la jambe de bois. Nous le faisions enrager en traversant les pelouses interdites, il s’époumonait avec son sifflet. Nous étions déjà loin. Cruauté d’enfant.
Je me souviens, un copain et moi, de nous être engagés dans une traversée ouest-est à la nuit tombante. La porte du boulevard de la Duchesse-Anne était fermée. Le silence cernait le Thabor. Tranquillité des lieux. Je n’étais pas indifférent, non plus, à la vue sur la ville le soir. Nous avons frappé à la porte du gardien. Une flopée de mômes, cuillère à soupe en l’air, nous regarda stupéfaits traverser la salle à manger. Nous nous retrouvâmes un étage plus bas sur le boulevard. Dans la nuit.
Je me souviens que plus tard au cours d’une soirée folklorique au kiosque nous avons rencontré les filles d’un foyer.
Je me souviens que jeune adulte je photographiais les toits de tuiles du collège Saint-Vincent avec en premier plan la roseraie. Un air de Provence à Rennes.
Restent encore les senteurs.
Norbert MAUDET
En vente auprès de l’auteur: [email protected]













