Lire ou relire Yves La Prairie. Officier de marine et poète, mais aussi fondateur du CNEXO à Brest (Centre national pour l’exploitation des océans) devenu l’IFREMER, il aurait eu 100 aujourd’hui. Ses enfants rééditent à cette occasion, à Brest, son œuvre poétique constituée de trois livres publiés entre 1983 et 1995.

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Yves La Prairie s’est surtout fait un nom dans le domaine maritime et scientifique. Né d’un père brestois et d’une mère bordelaise, il était profondément attaché à ces deux racines familiales. Mais il avait aussi attiré l’attention sur lui par ses talents d’écriture notamment révélés par son roman Comme la vague offerte, couronné en 1980 par l’Académie française. Il avait aussi manifesté son intérêt pour la poésie en publiant une anthologie sur La mer et ses poètes en 1982 aux éditions du Cherche-Midi. Poète lui-même, il avait été reconnu à sa juste valeur par les auteurs qu’il a pu côtoyer dans les dernières années du siècle dernier, à l’image de Henri Quéffelec, Pierre- Jakès Hélias, Angèle Vannier, Gérard Le Gouic…

« L’homme était élégant et réservé », souligne l’autrice Nicole Laurent-Catrice dans la courte postface de la réédition de son œuvre poétique. Ceci explique-t-il ce relatif silence qui a longtemps entouré l’œuvre poétique de Yves la Prairie ? Sans doute, mais ce déficit évident de notoriété ne l’avait pas empêché d’être nommé membre d’honneur de la Maison des écrivains de Saint-Malo. Juste reconnaissance par ses pairs d’un auteur de trois livres de poésie : Les margelles du temps et Les solitudes habitées (publiés en 1983 et 1986 aux éditionsSaint-Germain-Des-Prés) ainsi que Des lambeaux d’éternité (éditions La miroir poétique, en 1995). Voici donc ces trois ouvrages réunis aujourd’hui dans un seul et même livre et publiés à l’occasion du 100e anniversaire de sa naissance.

La face cachée de la mer

De quoi nous parle Yves La Prairie ? Des thèmes éternels : la vie, la mort, l’amour. Mais aussi de la foi chrétienne qui l’anime. Il le fait dans une poésie très musicale, rythmée, volontiers qualifiée de classique dans son expression, jusqu’à l’usage des rimes riches : « Tu as cambriolé mon cœur/Pour y prendre toute la place ;/Des fantômes dont j’avais peur/Tu as su effacer la trace », écrit-il s’adressant à Chantal, son épouse artiste. Mais on ne vit pas impunément à la pointe du Finistère. Sa poésie est forcément imprégnée des lieux qu’il fréquente. « Abers/Exacts étuis de sable et de vase mêlés/Que la marée montante/lèche, pénètre, fouaille et engrosse ».

La mer, forcément, tient dans ses pages une place éminente à l’image de ces Laudes marines où, dans un bel exercice de métonymie, il chante cette « mer de nos ressacs et de nos houles,/De nos fureurs/Qui roulent/Par toutes les pores de nos peaux ». Familier de l’Ile de Batz, où il retrouvait son ami Anthony L’héritier, il dit qu’elle « a ses douceurs/comme elle a ses rudesses/des abris sablonneux,/mais de sournois courants ». Préfaçant en 1983 son premier recueil Les margelles du temps, le poète Jean Orizet se plaisait aussi à souligner que Yves La Prairie était sans doute de premier poète dans l’histoire à évoquer des « plongées aux abysses » et à nous faire entrevoir « la face cachée de la mer ». Ce qu’exprime en effet Yves La Prairie dans une série de poèmes sous le titre Abyssales en parlant de cette « odyssée verticale » à « moins deux mille huit cent mètres » dans « la mer féconde et glauque/au ventre pélagique ».

Son second recueil, notera Jean Orizet, est plutôt construit autour du thème de la solitude. A la fois celle des hommes et celle des contrées que traverse le voyageur. « Les espoirs incisés/les sabliers brisés/Il nous faut tout apprendre ». Le poète brestois a toujours inscrit sa démarche poétique, comme il le dit lui-même dans « une approche non seulement de l’infini et du démesuré, mais de l’éternel ». Il le fait en rêvant aux galaxies ou en contemplant la mer, en comptant les étoiles ou les vagues. C’est cette « quête de lumière » souligne aujourd’hui son fils Patrick, qui signe véritablement l’œuvre poétique de son père. Yves La Prairie s’est éteint en 2015. « Chut !/Voici l’heure où l’amour/déshabille les mots… », écrivait-il dans son dernier livre.

Pierre TANGUY.

L’œuvre poétique, Yves La Prairie, 312 pages, 12 euros (et 7 euros de port pour une commande du livre à Patrick La Prairie, 23 rue Jean Macé, 29 200 Brest)

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