La rentrée littéraire en Bretagne est marquée par la publication, dans la collection Bouquins, d’une anthologie de l’œuvre de Xavier Grall. On la doit au journaliste, chroniqueur et écrivain Jean Bothorel. Sortie du livre en librairie le 17 septembre. Avec une avant-première à Quimper samedi dernier.

On les compte sur les doigts d’une main les auteurs bretons publiés dans la fameuse collection Bouquins dont l’une des marques de fabrique est l’utilisation de ce qu’on appelle communément le « papier bible ». On y relève, concernant la Bretagne, les ouvrages consacrés à Chateaubriand, Victor Ségalen, Anatole le Braz, Tristan Corbière (en collectif avec Lautréamont, Rimbaud, Cros) et aussi les textes de la légende arthurienne. Autant dire que Xavier Grall entre aujourd’hui dans une prestigieuse lignée.

L’œuvre de Xavier Grall (1930 -1981)  est traversée, on le sait, par la passion de la Bretagne. Il n’est donc pas surprenant que la conception de ce livre, consacré à différentes facettes de son œuvre, ait été confiée à Jean Bothorel. Les deux hommes se sont connus à Paris, à l’époque où Xavier Grall travaillait au sein du groupe La Vie Catholique et où Jean Bothorel lançait sa revue Bretagne Magazine. Nous sommes en 1965. Il y a eu, très vite, des atomes crochus entre eux. D’abord parce qu’originaires tous les deux du pays de Léon : Xavier Grall né en 1930 à Landivisiau et Jean Bothorel en 1940 à Plouvien. Plus fondamentalement, ils ont la passion de la Bretagne et de son avenir.

Grall répond très vite à la proposition de Bothorel de chroniquer dans sa revue, ce qu’il fera notamment sous le pseudonyme de Saint-Herbot. On les verra, tous les deux, s’exprimer devant les étudiants brestois en décembre 1967 à l’invitation de la Jeunesse étudiante bretonne (JEB) pour parler d’une Bretagne ouverte sur le monde. Bretagne magazine cessera de paraître en avril 1968 mais leur compagnonnage se poursuivra. Bothorel continuera son combat breton au sein du FLB. Xavier Grall le fera à sa manière, par l’écriture et notamment aux côtés de Glenmor dans la revue La Nation bretonne et de Erwan Vallerie dans Sav Breizh.

L’œuvre polyphorme de Xavier Grall ne permet pas, on le sait, de le cantonner dans le seul créneau de l’engagement breton. Il est l’auteur d’essais sur Rimbaud, Lamennais, James Dean, François Mauriac. Il a été critique littéraire dans la revue tiers-mondiste Croissance des Jeunes nations, auteur de billets d’humeur. Beaucoup de Bretons l’ont d’abord connu par ses chroniques dans La Vie catholique (Les Billets d’Olivier puis Le Vents m’ont dit). Il a aussi collaboré au journal Le Monde. C’est cet aspect de l’œuvre de Grall que met en valeur le livre de Bothorel.

Surtout le Grall journaliste et écrivain

Lors d’une rencontre, autour de la sortie de cet ouvrage, organisée en exclusivité le samedi 12 septembre à la librairie Ravy de Quimper, Jean Bothorel a tenu à mettre l’accent sur la grande qualité d’écriture de Xavier Grall, écriture marquée par le « lyrisme », loin d’une «écriture en langage parlé » qui domine aujourd’hui, à ses yeux, dans les romans contemporains. Il a au aussi expliqué les choix qu’il a faits en privilégiant essais, chroniques, textes divers (pas moins de 170 articles) Autrement dit le Grall journaliste. D’où la découverte dans ce livre de certains reportages de Xavier Grall (notamment de sa période parisienne) encore jamais publiés en livres, à commencer par des articles publiés dans Bretagne magazine. D’où aussi la découverte de correspondances du poète breton avec des écrivains qu’il aimait (et qui l’appréciaient aussi) : Paul Guimard, Hervé Bazin, Jean-Edern Hallier…

La poésie n’est pas absente, mais elle ne tient sans doute pas ici  la place qu’elle continue à occuper dans le cœur des amoureux de l’œuvre de Grall, depuis Rituel (1965) au posthume Genèse (1982). Jean Bothorel a reconnu que cette poésie continuait à parler à un large public en Bretagne et que le travail de certains éditeurs (il a notamment cité Calligrammes) contribuait à la faire connaître et apprécier.

A été évoqué au cours de la rencontre quimpéroise le choix du titre de cette anthologie (Je veux le ciel sans perdre la terre). Il fait implicitement référence à L’inconnu me dévore, a souligné Jean Bothorel, cet essai de Grall adressé à ses filles (ses « divines ») autour de ses convictions religieuses et plus largement de sa foi chrétienne. Quant à la peinture illustrant la couverture de l’ouvrage, on aura reconnu Le Pouldu du peintre Charles Filiger (1863-1928). Clin d’œil à l’école de Pont-Aven et à ce coin de Cornouaille où Xavier Grall a terminé sa vie.

Pierre TANGUY.

Je veux le ciel sans perdre la terre, Xavier Grall, poèmes, articles, essais et romans, édition établie et présentée par Jean Bothorel, Bouquins la collection, 35 euros.

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