Qui peut nier que le monde est violent ?

Qui irait, angélique ou prestidigitateur, jusque détourner la tête de toutes les régions du monde où chaque heure, chaque minute voient se démultiplier vols à la tire, arrachages de sacs à main ou décrochages de colliers faisant chuter les dames, vieilles ou moins, ou défigurant les jeunes gens aux smartphones arrachés ?

Chicago, puisque c’est le cliché en usage, est partout, même sur Vilaine ! Même au pied de ma tour, même au fond de mon jardin. Les uns se barricadent, les autres se calfeutrent ! Monsieur Fichet fait des affaires ! Jamais autant de serrures trois points vendues ! Jamais autant de cœurs blindés.

N’en déplaise aux donneurs de leçons, le monde est monde, l’univers est universel et il n’est pas une île, pas un isolat ni une clairière en forêt où la violence à personne n’augmente. Fructification lente du consumérisme outrancier, de l’individualisme féroce et du désir prédateur. Vieux comme l’homme des cavernes. D’ailleurs, si l’on historicise un peu, on trouve au fond des chemins creux, entre les talus serrés et sous les futaies sombres pas mal de brigands aux aguets ou, avant l’éclairage public, de croche-pattes en coupe-gorges ! Bref, l’humain est un loup pour l’homme, moche nouvelle pas très nouvelle !

À Rennes, en belle Bretagne, au plus ouest d’Europe, Raz de Sein et raz de Raz, ça trucide, ça cogne et castagne, ça dévalise et ça se venge. Même dans des villes jusqu’ici protégées ou des campagnes où la porte des maisons restait grande ouverte, oui, ça se ferme et, sans l’exagérer, ça craint. Les bandes organisées sont désorganisées par la police, les spots se déplacent, les interdits n’aident pas à la responsabilisation.

Même Roazhon résonne.

Ou Angers, Angoulême et Strasbourg. Si loin des Marches, si près des Marches. Alors, on s’arme ?

On rêve d’un état fort ? On nostalgise une Chine qui condamne et une Russie qui engoulague ? On en rêve ? Je préfèrerais ne pas comme dirait Bartleby !

Gardons-nous d’être binaires. Voyons la complexité en jeu ! Co-habitons, co-construisons, co-produisons, et demeurons politiques !

Je préfère des réunions sous l’égide de l’état faible qui réunissent les polices dont la municipale, la Justice, les élus, les travailleurs sociaux, les délégués de quartier. Je préfère de ces palabres imparfaits d’où sortent d’énièmes contrats de sécurité, des trucs qui n’accablent personne ni ne stigmatisent aucune origine.

Oui, ce sont des mineurs, oui ce sont des étrangers qui, principalement, volent et dealent. C’est vrai qu’en général les cailleras, ou les blousons noirs ou les Apaches avant eux se recrutaient moins dans la classe moyenne que là où la pauvreté envie la richesse. Vrai de même que les derniers arrivés sont pauvres et volent ceux qui sont déjà là, ont fait propriété. (Ne citons pas Proudhon !).

Dangereux de corréler insécurité et réclamation d’État fort. N’invoquons pas le nationaliste Chevènement et ne lui faisons pas dire, fatalitas, que les enfants des enfants de sauvageons seraient voués à la sauvageonnerie ! Gardons raisons. Gardons notre calme et partageons plutôt notre peine à comprendre et notre difficulté collective à répondre. Point de magie ni de Mme ou Mr Propre ! La sécurité n’est pas qu’une affaire de délégation policière. La sécurité est de notre responsabilité citoyenne. Pas un citoyen n’échappe à la question. Je contribue à la fabrique sociale pas plus pas moins que le Maire, le Président de région ou le Procureur. Bretagne est belle. Ville est complexe. Ne risquons pas de la gâcher en tombant sur le râble d’un seul responsable, ou d’une seule. Continuons de traverser les places, de partager les espaces, de sortir le soir, euhhh… mauvais conseil du moment !

Certains nationalistes au front bas attendent que l’insécurité publique remplisse leur escarcelle aux prochains scrutins et il serait bien dangereux de leur préparer le terrain. Faire la liste de cinq événements rennais récents ne doit pas empêcher de croire en l’intelligence collective. Oui des bandes se tirent la bourre et à coup de marteau place de ma Mairie ! C’est affligeant. Oui les kalach ont tué à Cleunay. Combien de féminicides ou d’incestes dans les foyers contrits ? La violence est partout déplorable. Nul ne peut s’en réjouir et tous devons contribuer à sa réduction. Les pouvoirs publics sont en première ligne mais il trop facile de désigner un coupable, en l’espèce, les socialo-écologistes rennais, sans vérifier qu’avec d’autres coalitions d’autres villes universitaires sont aussi mises à mal.

La peur est mauvaise conseillère. Sauf celle d’un fascisme réclamé par d’honnêtes citoyens au seuil critique où ils ne sont le plus, ni honnêtes, ni citoyens !

Ma rue rennaise fait peur mais moins qu’en Birmanie. La violence rennaise suit hélas l’asymptote du monde et réjouissons-nous de notre capacité bretonne à accueillir tous les peuples persécutés. Ça s’appelle l’hospitalité. Même si le remboursement de dette est dur et à tempérament.

Gilles CERVERA

Mêmes faits, autre opinion. A lire aussi.

 

1 commentaire

Jérôme Enez-Vriad 31 mars 2021 at 12 h 40 min

La fatalité ne nécessite aucun effort, elle triomphe dés que l’on croit en elle ; en outre, elle veut que l’on prenne toujours les bonnes résolutions trop tard. A galon…

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