Comme toujours il a fallu faire des choix. Cette année, 84 concerts étaient programmés aux Vieilles Charrues. La bonne méthode restant de se laisser guider par des affinités musicales, la curiosité, le hasard d’une mélodie entendue de loin, la météo, l’autorisation ou pas de faire des photos des artistes sur scène.

Hot chip, couleurs pastels et sons acidulés sur la scène Kerouac
Ce qui ne se dément pas quoi qu’il en soit aux Vieilles Charrues année après année, c’est l’amplitude des propositions, la diversité des styles. Entre les concerts pour « s’ambiancer », ceux qui bousculent les codes, ceux où le chanteur oublie qu’il est là pour chanter et pas raconter sa vie, ceux que l’on fuit et ceux que l’on écoute presque religieusement, chacun et chacune peut choisir sa chapelle. Ce qui suit reste donc une parfaite sélection subjective et circonstanciée.
Tramhaus. Solaire et souriant, la chevelure bouclée et se déplaçant avec la grâce d’un félin, on ne voit que lui, Lukas Janssen le chanteur de Tramhaus. Il paraît que c’est du post punk, c’est surtout nerveux, tendre, sexy, carré, bref la grande classe. Et lorsque l’on sait que ce groupe de Rotterdam n’existe que depuis 2020, on parie déjà sur la suite.
Maxwell Farrington est un phénomène. Avec une voix à la Sinatra -qu’il affectionne- et des chorégraphies enfantines de spectacles de fin d’année, Maxwell nous balade dans des paradoxes, voix de velours et chaussettes vertes. Accompagné de Le Superhomard le groupe a fait mouche. Et contrairement au commentaire d’un spectateur peu avisé « j’ai bien aimé, c’est sans prétention » tout a ici au contraire la prétention de l’excellence.
Morcheeba ou la grâce de ce groupe British qui poursuit sa veine trip hop, colonisant diverses influences dans une douceur enveloppante. La robe flamboyante de Skye Edwards à elle seule raconte l’univers coloré et chatoyant de leur musique.
Décidément la scène Gwernig est l’endroit où écouter les artistes au plus près. Avec Maya Kamaty le voyage pour La Réunion était assuré. La chanteuse qui écrit, compose et interprète sur des rythmes électro pop et maloya livre une ambiance extrêmement chaleureuse mêlée à cette note nostalgique qui touche au coeur.
Easy Life, notre plus grand regret. Deux petits morceaux et puis s’en vont. Le groupe est arrivé après plus de trente heures de bus au départ de Londres et ses bouchons et avoir raté le ferry. Trop tard pour jouer le concert en entier, et pas moyen de décaler une programmation calée à la minute près. Le peu que l’on a entendu augure cependant du meilleur. See you later guys.
Il parait que le chanteur Joe Talbot a déclaré que pendant longtemps le groupe avait été vraiment mauvais. Ils ont bien fait de persister pour atteindre cette énergie électrisante d’aujourd’hui. Difficile de caser Idles dans un genre particulier, à part le leur. A voir comment le chanteur arpente la scène avec détermination, on devine très vite qu’ici la concession et la fioriture ne sont pas au programme. Du fond et de la grande forme.
Pour Gwendoline « la vie c’est génial ». Enfin pas vraiment, les Rennais dénoncent tout ce que à quoi on voudrait nous faire adhérer, les dictatures petites et grandes, court-circuitent les chemins desquels on ne devrait pas sortir, mettent le doigt sur les petites misères et les compromissions. Tout ça au final pour « partir en retraite en mobylette avec les copains ». Un groupe qui s’écoute et remet les idées en place, entre autodérision et vagues de tendresse.
Pour la quatrième fois Phoenix se produisait à Carhaix. C’est un peu comme si des cousins faisaient une halte estivale dans la famille. Nous avons donc passé la soirée ensemble, heureux de nous retrouver. Une scénographie délicate jouant sur les clairs obscurs ; et joyeuse à l’image de Thomas Mars la main sur le cœur et décidant de traversant à pied la foule et retour porté comme un dieu en apesanteur. L’anti numéro de séduction, juste le partage sans ostentation et débordant de sincérité.
Avant dernier concert le lundi sous un ciel majestueux à la hauteur du mythique groupe américain, les Red Hot Chili Peppers ont déployé tous leurs talents et toute leur virtuosité. Un vingt sur vingt durant une heure et demie. Et tout d’un coup ils n’étaient plus là, volatilisés, nous laissant désemparés, nous demandant si ce concert avait bien existé, passé trop vite. Ah c’est bien fini alors… Encore une petite année avant de crapahuter à Carhaix du 11 au 14 juillet 2024 pour la 32ème édition.
Bernadette BOURVON
Photos : Jacqueline LEDOUX











