« Je pars en exploration de ce quelque chose d’indéfinissable qu’on appelle l’âme », nous dit la Bretonne Terez Bardaine à propos de son nouveau livre. Pour être à la hauteur de l’immense défi qu’elle se donne, elle fait appel au poème. Parce que dit-elle, « le poème est la pointe aux âmes ».
L’âme, c’est ce qui signe notre personnalité profonde, aimait à rappeler l’écrivain et poète François Cheng, auteur du fameux livre De l’âme (Albin Michel 2016). Il citait dans son ouvrage ces mots de son ami Jacques de Bourbon Busset : « L’âme est la basse continue qui résonne en chacun de nous ». Nous y sommes. Il y a bien, en effet, cette basse continue dans le livre de Terez Bardaine. Elle est d’abord alimentée par une histoire familiale vécue au plus près de la nature. L’autrice a connu la vie de la ferme, au contact des animaux, à commencer par les vaches qu’elle évoque dans le dernier chapitre de son livre intitulé « Réminiscences ». La voici se nourrissant de la chaleur d’une vache alors qu’elle l’attache, la voici nous racontant la séparation du veau de sa mère… Aussi peut-elle nous inviter « à percevoir cette vibration qui nous relie au monde animal ou végétal ».
La basse continue de Terez Bardaine, c’est aussi le lien resté charnel avec les disparus. Ici une mère « au bord de la tombe de son fils ». Là un père dont elle reconstitue la figure en cousant à ses propres mots des mots extraits de l’œuvre poétique de Xavier Grall. Fine experte de la littérature scandinave (Ah ! le Norvégien Tarjei Vesaas), elle peut aussi bâtir un poème intitulé « ma consolation » en référence à l’écrivain suédois Stig Dagerman dont on connaît le fameux petit essai intitulé Notre besoin de consolation est impossible à rassasier.
« Contre l’air du temps »
Le besoin de consolation de Terez Bardaine est immense. Le poème est une planche de salut en continuant « coûte que coûte/à créer écrire/à l’envers du temps/contre l’air du temps ». Elle peut, malgré tout, aller jusqu’à cultiver une forme de confiance : « Le temps est au poème/à l’éternel recommencement/aux fois toujours premières/quand on vit au présent ». Ce qui n’empêche pas de lancinantes références à la mort au cœur de son livre. « Pense à ce que tu ne peux comprendre/cette réduction à néant/des corps de celles et ceux à qui nous disons adieu ». La voici même évoquant sa propre disparition. « Que l’on fasse de mon corps inerte/soupe pour les poissons ou les oiseaux de mer ». Elle cite même le mot d’aquamation (à rebours de la crémation) après l’usage d’un procédé de « réduction organique naturelle » du corps ».
Terez Bardaine n’a pas peur de nommer crûment les choses. Elle nous dit ses angoisses, mais aussi ses ferveurs, avec le point d’ancrage que peut offrir à nos vies une littérature explorant les tréfonds de l’âme humaine. Elle rend hommage à ceux et celles qui lui ont apporté beaucoup dans la vie. « Le souvenir est une plante vivace », nous dit-elle.
Pierre TANGUY.
La pointe aux âmes, Terez Bardaine, La Rumeur libre, 115 pages, 16 euros.











