Si l’économie de marché chère au Président Macron conduisait à une privatisation des régions, combien vaudrait la Bretagne ? Pour le savoir, une étude du cabinet Goodwill Management s’est appuyée sur une centaine d’indicateurs, dont les bâtiments, l’équipement et les infrastructures, le niveau de santé et d'instruction de la population, ses savoir-faire, la reconnaissance du territoire et de la culture… Alors, combien vaut la Bretagne ?
L’ensemble des indicateurs mis en place afin de considérer la somme de richesses créée par les quatre départements actuels évaluent l’Ille-et-Vilaine à 760 milliards €, le Finistère à 684 Mds €, le Morbihan vaut 575 Mds €, et les Côtes d’Armor 461 Mds €, le tout valorisant la Bretagne à 2480 Mds € (auquel doit s’ajouter la Loire-Atlantique scandaleusement omise du calcul), soit davantage que les entreprises du Gafa : Google, Apple, Facebook et Amazon réunies.
Second constat, la Bretagne est la seule région française riche d’un ensemble équilibré (l’adjectif est essentiel) d’entreprises, d’une puissance maritime, d’un potentiel touristique unique et d’une culture particulièrement variée qui va de l’art mégalithique à la musique contemporaine.
Le troisième constat mène vers une Bretagne à la croissance démographique dynamique. Sa population, essentiellement concentrée sur les côtes et dans la capitale (à elle seule, Rennes représente 13% des habitants) a cru de 14% entre 1999 et 2014, taux supérieur à celui de la France qui avoisine les 10%. La Bretagne c’est aussi l’un des revenus médians les plus élevés de France, il approche les 20.000€ par ménage, soit le quatrième derrière l’Ile-de-France, l’Alsace et la région Rhône-Alpes, avec des inégalités parmi les plus faibles du territoire national puisque la région est la moins touchée par la pauvreté, ce qui s’explique en partie par un taux de chômages les plus faibles de France. En Bretagne on travaille et les études de Goodwill Management en tiennent compte.
La dépense touristique péninsulaire est évaluée à près de 7 Mds € annuels. Paradoxalement, l’image caricatural du Breton têtu, « Inutile de me dire ce que je dois faire ou ne pas faire, je ferais toujours ce que j’ai envie », et d’une langue régionale « impénétrable », y contribuent comme l’approche d’une identité à découvrir. En outre, l’image de probité et de sympathie du Breton est largement supérieure chez les touristes ayant visité la région que dans le reste de la population. S’y ajoute la notoriété du nom « Bretagne », aussi célèbre que celui de « Paris ». D’après une étude indépendante à celle de Goodwill Management, la Bretagne est la région française la plus facilement identifiable sur une carte. Dire que certains politiques parlent encore du Grand Ouest !
L’heure est à l’austérité, aucun secteur n’est épargné, les manque-à-gagner par rapport aux années précédentes sont considérables, mais la Bretagne résiste mieux que n’importe quelle région française. Seul bémol, la puissance financière ne fait pas l’influence réelle à l’échelle mondiale. La Bretagne vaut peut-être davantage que le Gafa, mais elle n’en a hélas ! pas le même pouvoir. Ni de banques, même si on parle de plus en plus souvent des ambitions d’Arkea… Là est l’ultime différence. Une région, un pays, n’existent que par leur langue et leurs spécificités culturelles.. Si l’Ecosse fascine c’est parce qu’elle est écossaise. Si la Corse donne envie d’y aller, c’est parce qu’elle est corse. Et si la Bretagne vaut si chère c’est parce qu’elle est Bretonne. Paris et Bruxelles vont devoir le comprendre.
© Jérôme Enez-Vriad et Bretagne Actuelle – Mai 2018











