Cinéma… Télévision… Littérature… Jeux vidéo… les mondes de l’imaginaire sont sans frontière, ils ont pour seule réalité de n’avoir aucune limite, mais leurs horizons complexes sont parfois difficiles à mettre en perspective. Quelles différences existe-t-il entre la Science-fiction, le Fantastique, l’Anticipation, le Merveilleux et la Fantasy ?

Bien que certains genres littéraires soient antérieurs au XXe siècle – tels l’Aventure, l’Horreur ou l’Étrange – les termes unifiant leurs caractéristiques sont apparus dans les années 1940/50, d’abord aux États-Unis pour segmenter le marché à des fins marketing, puis en Europe et dans le reste du monde. Dès lors, on parlera de Science-fiction, d’Anticipation, de Fantastique, de Merveilleux et, plus récemment, de Fantasy. Tous ces vocables furent ensuite étendus à l’espace culturel complet : bandes dessinées, mangas, films, dessins animés, séries télé, jeux vidéo, etc. L’essentiel étant désormais d’identifier chaque genre dont les frontières sont souvent étroites les unes avec les autres.

Une imagination fertile

Imaginons que vous soyez curieux de la nuit. Au loin apparaissent quantité de lumières trop basses pour être une escadre d’avions, et trop hautes pour être de banales voitures. Ce sont des soucoupes volantes identifiables à leur forme ovoïdale. Vous venez d’entrer dans les perspectives de la Science-fiction dont David Vincent ne s’est toujours pas remis. Plus loin, deux yeux vous observent entre les arbres quand, tout à coup, un animal vous saute au visage avant de s’enfuir. Vous vous réveillez en sueur dans votre lit. Tout ce barouf n’était rien d’autre que votre chat jouant avec l’oreiller. Vous venez de vivre une seconde de Fantastique. Poursuivons cette étrange nuit. L’animal était en fait un loup-garou. Il vous a mordu. Vous serez bientôt des siens à chaque pleine Lune, mais une lumière attire au loin votre attention, celle d’une petite maison ; une fée ouvre la porte, véritable sylphide au cœur pur, elle possède l’antidote contre les morsures de loup-garou. Vous venez d’entrer dans le monde souriant du Merveilleux. Il est désormais temps de quitter ce bois avant que le jour ne se lève. Ce sera la promenade de l’ultime rencontre, celle avec la Fantasy en lien direct avec le Merveilleux. Nous y reviendrons plus tard.

« L’histoire du christianisme ressemble à un récit de science-fiction. »
Emmanuel Carrère

La Science-fiction et le Fantastique sont deux genres littéraires nés dans la première moitié du XIXe siècle. Ils constituaient une forme de réponse aux interrogations induites par la révolution industrielle, mais ils étaient surtout à contre-courant du genre le plus en vogue à l’époque : le Réalisme. Frankenstein ou le Prométhée moderne, roman de Mary Shelley publié en 1818, est considéré comme le précurseur des deux genres. La Science-fiction consiste « à produire un texte de caractère romanesque en fonction d’évolutions technologiques qui pourraient avoir lieu mais ne se sont pas encore produites. » – (Alain Morvan). Ainsi, Jules Verne se lancera-t-il à la conquête de la Lune dès 1865, et H. G. Wells dans les voyages temporels avec sa Machine à explorer le temps en 1895. Nonobstant ces deux célèbres titres, il faut attendre 1929 et l’éditorial d’Hugo Gernsback dans le premier numéro du magazine Science Wonder Stories pour que le terme science-fiction apparaisse aux États-Unis. En France, l’expression ne s’impose qu’à partir des années 1950, avec pour sous-genre l’Anticipation qui se propose d’imaginer comment sera notre monde dans un avenir plus ou moins proche.

Selon le Petit Robert, la Science-fiction (abrégée SF) est un « genre littéraire qui fait intervenir le scientifiquement possible dans l’imaginaire romanesque », c’est à dire que de nouveaux facteurs jusqu’alors inconnus dans l’univers romanesque agitent l’intrigue, telles la physique, la chimie, la biologie, l’astronomie, etc. ; l’on y retrouve également des réflexions relatives aux sciences humaines et sociales, telles l’ethnologie, la sociologie et l’économie. La Science-fiction extrapole donc sur des hypothèses : les événements sont impossibles à l’époque où s’exprime l’auteur mais plausibles dans un futur proche ou lointain. Parmi les thèmes essentiels on retrouve le classique voyage dans le temps et l’espace, la vie extraterrestre, les univers parallèles et moult inventions promises à l’avenir. La Science-fiction traite aussi de ce qu’aurait pu être le présent si un élément déclencheur de l’histoire avait fait dévier la réalité que l’on connaît. Elle devient dans ce cas une uchronie. Bretagne Actuelle a déjà traité ce sujet reposant sur le principe de la réécriture de l’histoire à partir de la modification du passé [Le lien est accessible en fin d’article]. Autre arborescence possible, la dystopie dépeignant un univers dictatorial. Parmi les dystopies célèbres, notons le sublime Ravage (1943) de René Barjavel, grand succès populaire présentant le naufrage d’une société dans laquelle l’électricité disparaît du jour au lendemain sans qu’aucune machine ne puisse fonctionner.

Quelques incontournables de SF

Romans
– Micromégas( 1752) Voltaire
– Voyage au centre de la Terre (1864) Jules Verne
– Le Meilleur des mondes (1931) Aldous Huxley [dystopie]
– Kallocaïne (1940) Karin Maria Boye [Anticipation]
– 1984 (1949) George Orwell [Anticipation & dystopie]
– Dune(1965) Franck Herbert

Bandes dessinées
– Tintin – Objectif Lune (1950) Hergé
– Valérian, agent spatio-temporel (1967 à 2010) Pierre Christin & Jean-Claude Mézières
– Les mondes d’Adébaran (depuis 1999) Leo

Cinéma
– Planète interdite (1956) Fred M. Wilcox
– 2001, l’Odyssée de l’espace (1968) Stanley Kubrick
– La planète des singes (1968) Franklin James Schaffner
– Orange Mécanique (1971) Stanley Kubrick [Anticipation]

Jeux video
– Star Craft (1998 à 2017) Blizzard Entertainment
– Dead Space (2008) Visceral Games
– Prey (2017) Arkane Studios

«  Ce qu’il y a d’admirable dans le fantastique,
c’est qu’il n’y a plus de fantastique : il n’y a que le réel. »
André Breton

Le Fantastique est un genre littéraire dont les prémices datent de la fin du XVIIIe. Le Diable amoureux de Jacques Cazotte est l’une des références encore lue aujourd’hui. Un jeune homme, Alvare, décide par forfanterie de convoquer le diable en compagnie d’amis. Le vilain lui apparaît sous les traits d’un chameau, puis d’un épagneul et enfin par l’image gracieuse de la belle Biondetta. Ou bien s’agit-il d’une illusion des sens, le diable est alors un être imaginaire ; ou bien l’événement a véritablement lieu, le diable existe mais cette réalité est régie par des lois inconnues de tous. En d’autres termes, le Fantastique traite d’un fait irréaliste dans un cadre réaliste, provoquant chez le lecteur une hésitation ; le Fantastique occupe précisément le temps de cette incertitude. Dès lors que l’on donne une explication à ce qui se passe dans l’histoire, on quitte le Fantastique pour entrer dans le Merveilleux.

Quelques incontournables du Fantastique

Romans
– Le Diable amoureux (1772) Jacques Cazotte
– La Peau de chagrin( 1831) Honoré de Balzac
– Le Portrait de Dorian Grey (1891) Oscar Wilde

Cinéma
– King Kong (1933) M.C. Copper & E.B.Schoedsack
– Shining (1980) Stanley Kubrick
– Dracula (1992) Francis Ford Coppola

Jeux video
– Série des Warcraft (2002 à 2020) Blizzard Entertainment

« Le mystère est le meilleur artisan du merveilleux. »
Ursula Le Guin

Bien qu’il se confonde souvent avec la Fantasy, le Merveilleux tire ses origines des croyances populaires, qu’elles soient païennes ou religieuses, monothéistes ou polythéistes. Le genre apparait à la fin du XVIIe siècle avec Les Contes de ma Mère l’Oye de Charles Perrault, parus en 1695. L’origine du Merveilleux n’est autre que la tradition populaire orale. Charles Perrault a mis par écrit quantité d’histoires racontées « de bouche à oreilles » depuis des siècles, dans lesquelles le surnaturel se mêle à une étrange réalité admise par le lecteur, le narrateur et les personnages. Il est question de fées, de petits peuples, de sorcières…Chacun aura reconnu l’univers de Tolkien : Le seigneur des anneaux, le Hobbit, celui de Peyo avec ses célèbres Schtroumpfs et, bien entendu, nombre des personnages de Walt Disney, à commencer par Blanche Neige.

Le Merveilleux était initialement utilisé dans un but didactique. Les contes permettaient des mises en abîme moins cérémonieuses qu’une morale religieuse et sociétale. Ainsi, au travers de Blanche-Neige, enseignait-on de manière métaphorique aux petites filles, qu’elles devaient s’acquitter des tâches ménagères afin d’être de bonnes épouses. Autre exemple. Dans sa Belle au Bois Dormant, Perrault explique aux garçons qu’ils doivent être braves pour avoir le droit de se marier et d’accéder, par le courage et leur fierté, à un rang plus élevé que le leur : à la fin de l’histoire l’enfant devient prince et tout prince est voué à être roi. Le Merveilleux est né de la bonne conduite moralisatrice du XVIIIe.

Quelques œuvres incontournables  du Merveilleux

Livres
– La Belle et la Bêtede Madame de Villeneuve
– Les contes de Grimm
– Les contes d’Andersen

Cinéma
– La Belle et la Bête(1946) Jean Cocteau
– L’histoire sans fin (1984) Wolfgang Petersen
– Trilogie du Hobbit (2012-2014) Peter Jackson

“I’m dying in emotion
It’s my world in fantasy
I’m livin’ in my, livin’ in my dreams”
Modern Talking

La Fantasy (de l’anglais fantasy signifiant imagination) tire ses origines des mythes et légendes. De Homère au roi Arthur… de la forêt de Sherwood à Brocéliande où nous retrouvons Barjavel et Merlin sous les traits de son Enchanteur paru en 1984… du Magicien d’Oz aux Aventures de Peter Pan… la Fantasy (prononcez  fɑ̃tazi) offre une cartographie du Merveilleux. Les décennies qui vont de 1930 à 1950 incarnent l’âge d’or du genre dans les pays anglophones avec, entre autres, L’épée dans la pierre (1938) de T. H. White, adapté par les studio Disney sous le titre Merlin l’Enchanteur, ou encore Gormenghast (1950) de Mervyn Peake. C’est toutefois en 1955, avec la sortie du Seigneur des Anneaux, que la Fantasy prend un tournant décisif piétinant les terres du Merveilleux.

Le récit de Fantasy ressemble toujours à une épopée classée en de nombreuses subdivisions. La plus connue est l’Heroic Fantasy contant les aventures d’un personnage principal. Harry Potter et Le Monde de Narnia en font partie. Ce sont des univers qui s’affranchissent de toutes règles, le songe pénètre le concret et spiritualise l’ensemble. Dans Trilby ou le Lutin d’Argail (1822), Charles Nodier imagine des contes nourris d’une Fantasy empreinte d’étrangeté ; tandis que L’Ève future (1886) de Villiers de L’Isle-Adam poursuit une méditation sur l’être et le non-être en faisant s’affronter la réalité quotidienne et l’illusion ; L’Isle-Adam projette la Fantasy à travers les formes et les profondeurs de l’indicible, c’est aussi le cas des Illuminations de Rimbaud et de Lautréamont avec ses Chants de Maldoror. Dans ces derniers exemples, la Fantasy côtoie le Merveilleux et se rapproche de l’univers de la Science-fiction francophone. La boucle est bouclée.

Quelques incontournables de Fantasy

Romans
– Alice au pays des merveilles (1865) Lewis Carroll
– Les Chroniques des Féals(2000) Mathieu Gaborit
– Cycle L’apprenti assassin (1995 à 1997) Robin Hobb
– Cycle L’âge de déraison (1998 à 2001) Gregory Keyes

Bandes dessinées
– La trilogie Kinopol (1980 à 1993) Enki Bila [regroupe la SF, le Fantastique et la Fantasy]
– Cycles des Elfes (depuis 2013) divers auteurs [Heroic Fantasy]

Cinéma
– Cendrillon (1899) Georges Méliès
– Peau d’âne (1970) Jacques Demy
– Legend (1985) Ridley Scott
– Labyrinthe (1986) Jim Henson
– Maléfique (2014) Robert Stromberg

Jérôme ENEZ-VRIAD
 Avril 2022 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle

Article connexe : Jour J & l’uchronie 

Les sources de cet article sont trop nombreuses pour être toutes citées. La rédaction les tient à disposition sur simple demande. Outre les références dans le corps de texte, notons toutefois l’encyclopédie Larousse, le Dictionnaire de la Science-fiction (auteurs divers – Livre de Poche) et le Dictionnaire de la Fantasy (Anne Besson chez Vendémiaire Ed.).

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