René Laennec (Laenneg en breton) est un médecin né à Quimper le 17 février 1781. Inventeur méconnu du diagnostic médical grâce à sa découverte : le stéthoscope, il établira une classification des bruits d’auscultation toujours utilisée par la médecine contemporaine.
Les plus grandes découvertes relèvent presque toujours du hasard. Ainsi. Par un après-midi d’octobre 1816, le jeune médecin René Laennec passe sous les guichets du Louvre. Il observe un groupe d’enfants en train de jouer parmi les décombres. L’un d’eux approche ses lèvres contre une poutre évidée. Il semble chuchoter. À l’extrémité ses amis collent leur oreille au bois afin de recueillir les sons transmis par l’air de la solive creuse. Laennec s’arrête. Interdit ! Il semble enfin tenir la réponse au problème qui le tourmentait depuis son l’internat : comment entendre battre le cœur des patients ?
René Laennec soigne à Paris les soldats Bretons dont personne ne comprend la langue
En 1814, le jeune médecin René-Théophile-Hyacinthe Laennec (son nom complet) officie à la Salpêtrière, il assiste les jeunes soldats bretons malades du typhus dont personne ne comprend la langue. La mort de ses compatriotes traités avec condescendance par un corps médical exclusivement francophone l’affecte particulièrement, d’autant qu’entre les défunts se trouve un de ses très chers amis impossible à guérir d’une tuberculose pulmonaire. Face à l’échec, Laennec projette un retour en Bretagne, chez lui, au manoir de Kerlouarnec, à Ploaré (aujourd’hui Douarnenez) dans le Finistère sud. La destinée joue différemment lorsqu’en juin 1816 il rencontre le député Becquey, alors sous-secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, à ce titre chargé de l’Assistance publique, qui lui propose une place de médecin à l’Hôpital Necker. Laennec accepte.
L’humidité faisait des ravages en Bretagne au XIXème siècle
La météo était autrefois plus rude qu’aujourd’hui, les intérieurs moins bien chauffés, surtout dans les provinces et particulièrement en Bretagne où l’humidité faisait des ravages : inflammation des voies respiratoires, bronchiolites, bronchites, pneumonies, toutes étaient souvent mortelles ou très invalidantes. René Laennec s’intéresse de prime abord aux pulmonaires qu’il soigne avec un dévouement admirable, toujours soucieux de ses prises de notes dont il réserve l’étude à parfaire une liste (inexistante à l’époque) de diagnostiques spécifiques à chaque maladie.
Le jour-même où il arrive à Necker après avoir croisé ce groupe d’enfants, il se rend immédiatement au chevet d’une jeune cardiaque et demande une feuille de papier roulée en cornet acoustique ; Laennec appuie l’extrémité large contre la poitrine de sa patiente et l’autre contre sa propre oreille. Eureka ! Notre homme convoque sur le champs ses étudiants. La double résonnance du cœur et celle de la respiration leur parvient avec netteté. Le stéthoscope est inventé. Mais pas seulement ! Car cette nouvelle possibilité d’entendre les bruits à travers les parois du corps initiera le principe d’auscultation. En effet. Quelques mois suffisent à René Laennec pour écrire son fameux « Traité de l’auscultation » (près de 1.000 pages sur deux volumes) consacré aux nombreuses applications qui résulteront de sa découverte, entre autres ce que la médecine introduira par la suite autour de la sémiologie pulmonaire. Le bond médical est prodigieux. Laennec baptise son instrument « Stéthoscope », référence au grec Stethos signifiant « Poitrine ». (Le stéthoscope que nous connaissons avec un embout sur chaque oreille sera inventé en 1852 par l’Américain George Cammann.)
Mourir en écoutant battre son cœur
Nous devons à Renée Laennec d’autres contributions à la médecine, parmi lesquelles sa définition de la péritonite et de la cirrhose. Bien que cette dernière fût une maladie déjà connue, il la baptise du grec Kirrhos – « fauve », choisi en référence à la couleur de peau caractéristique des malades hépatiques. Laennec est au reste à l’origine du terme « Mélanome » dont-il décrira les métastases pulmonaires. Les crédits obtenus grâce à sa célébrité lui permettront également de concourir à la compréhension de la tuberculose ; étant lui-même infecté par le bacille de Koch, il se retire dans son manoir familial avant de s’éteindre le 13 août 1826 en écoutant son cœur cesser de battre. Il a 45 ans. Son testament lègue à son neveu le brevet du stéthoscope qu’il considérait comme « le plus grand héritage de sa vie ».
Des hommages bretons et parisiens
Une statue de bronze perpétue aujourd’hui la mémoire du plus célèbre médecin Breton. Inaugurée dans un apparat redondant le 15 août 1868 – jour de fête nationale, à Quimper, place Saint-Corentin, cette œuvre du statuaire Eugène-Louis Lequesne justifierait à elle seule un article tant son histoire est rocambolesque. Une plaque rend également hommage à René Laennec au 17 rue de l’Abbé Grégoire (Paris XI), posée sur le mur de la maison où il vécut entre 1825 & 1826. Enfin, sa mémoire universitaire est entretenue par une toile du peintre Théobald Chartran, exposée dans le péristyle de la Sorbonne, elle représente le docteur Laennec à l’hôpital Necker auscultant un patient pulmonaire avec son stéthoscope.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Décembre 2019 – J. E.-V. & Bretagne Actuelle












