C’est l’une des principales interrogations depuis l’apparition de l’épidémie de Covid-19 en France. Pourquoi certaines régions ou/et catégories de populations sont-elles moins touchées que d’autres ? Essayons d’y voir plus clair avec quelques hypothèses explicatives.
La Bretagne reste à ce jour (proportionnellement au nombre d’habitants et à leur taux de concentration) la région la moins touchée par le Covid-19 ; ce malgré un foyer de propagation apparu très tôt dans le Morbihan – alentours de Krac’h et Karnag ; malgré en outre l’affluence des Parisiens venus prendre leurs quartiers de confinement entre Ille-et-Vilaine et Finistère. L’on pourra considérer que le virus venant de l’Est, les Bretons eurent le temps de s’y préparer. Certains évoquent aussi la culture péninsulaire de l’entre-aide… La facilité de rester chez soi dans un si beau pays… Le soutien de la ruralité entre-elle engageant de nombreuses initiatives qui illustrent la puissante solidarité locale… Sans doute tout cela est-il probable. Mais pas seulement. Plusieurs suppositions très vraisemblables peuvent expliquer un taux de contamination relativement bas.
Surpoids, obésité, diabète, couverture vaccinale et abus de médicaments
On sait que le Covid-19 ne fait guère ami avec les personnes en surpoids, moins encore avec les diabétiques, quant aux obèses, leur sort est presque joué sitôt contaminés. La Bretagne est une des régions les moins concernées par ces trois affections, contrairement au Grand-Est à l’Île-de-France, deux endroits où la pandémie explose. Autre constat. On sait que la couverture vaccinale de renouvellement (les rappels de vaccins) est en Bretagne l’une des plus faibles du territoire national, en partie le fameux vaccin antigrippal annuel, véritable marronnier de la protection virale face auquel les médecins eux-mêmes finissent par douter de l’efficience, quand ils ne remettent pas en cause son innocuité sur l’organisme. Peut-être n’y a-t-il aucun rapport. Il est toutefois essentiel de croiser les données de ces constats dont on peut élargir le graphique aux prises de médicaments. La Bretagne est l’une des régions où l’on en consomme le moins. L’Est de la France et le Nord sont parmi les plus consuméristes. Chacun conclura à sa guise…
La groupe sanguin et le rhésus sont-ils significatifs dans la contamination ?
Les organismes irrigués par un groupe sanguin O seraient mieux armés contre le Covid-19, alors que le groupe A lui résisterait moins bien avec un sur-risque de 20% d’être contaminé par rapport aux groupes les moins propices. Cette hypothèse semble valable indépendamment du sexe ou de l’âge de l’individu étudié. Ajoutons que la résistance des rhésus positifs serait également supérieure à celle des rhésus négatifs. La protéine Rh (aussi appelée « facteur Rh » ou « antigène D ») présente à la surface des globules rouges des rhésus positifs, semblerait aider indirectement à lutter contre le Covid-19. Aucune publication médicale officielle ne valide pour l’heure ces constats, ils sont néanmoins accessibles au grand public (étude chinoise publiée le 16 mars, mise à jour le 27 mars sur le site scientifique MedRxiv) et commentés par de nombreux spatialistes : hématologues, virologues… Ainsi, les dernières statistiques transmises par Pékin évoquent les chiffres suivants relatifs aux contaminations : 38% du groupe A, 26% du groupe B, 26% du groupe O, et 10% du groupe AB ; entendu que les groupes AB+ et AB- sont rarissimes puisqu’ils ne représentent que 4% de la population mondiale, on les retrouve principalement en Mongolie et dans les régions avoisinantes.
Bien étendu, cette avalanche de chiffres doit être prise avec réserve. Aucun groupe sanguin n’est épargné par le Covid-19, mais l’évidence semble désormais posée que le groupe O (en particulier le O+) aurait un risque de contamination « significativement » moins élevé. Dès lors, notons que le groupe sanguin le plus fréquent en France métropolitaine est le A+, alors que les Bretons sont en majorité O+. Ceci expliquant peut-être cela. Jacques Le Pendu, directeur de recherche en cancérologie et immunologie à l’Inserm-Université de Nantes, précise toutefois l’importance de rester prudent. « Ce n’est pas de la « fake-news », nous ne sommes cependant pas dans de la science validée et revalidée. Il faut donc rester très prudent », affirmait-il à nos confrères du Télégramme (Brest) le 24 mars dernier. D’autres études sont en cours avant que l’on puisse affirmer que le groupe O est effectivement moins « sensible » au coronavirus.
Les rôles non négligeables du climat et d’une alimentation iodée
Le climat jouerait aussi un rôle. A commencer par l’humidité puisque son taux est d’ordinaire supérieur en Bretagne que dans le reste de la France, en particulier sur le littoral allant de la mer d’Iroise à la côte de Jade, c’est à dire le sud. Face à quoi les virus préfèrent l’air sec. La réduction de l’eau dans l’atmosphère provoque l’assèchement du système respiratoire et des muqueuses nasales, augmentant ainsi la probabilité d’être infecté. Sans oublier le vent toujours présent en Bretagne. Le Nordet, le Suroît, le Noroît et le Kornog favorisent une élévation des flux aériens, y compris les plus bas, qui envolent les particules (virus compris) au-dessus de la taille humaine moyenne. Ne négligeons pas non plus l’alimentation. Les Bretons sont parmi les plus gros mangeurs de légumes en France, la Bretagne demeure la première région de production avec près de 3.000 hectares, soit 23 % des surfaces nationales, parmi lesquels 1/3 de cultures de choux fleurs, divers choux et artichauts dont on sait que les trois favorisent le bon entretien du système immunitaire.
Voici enfin venir l’air et l’iode spécifiques aux côtes bretonnes. Les brises marines purifient l’atmosphère, l’air se charge en oligo-éléments réputés bienfaiteurs, il nettoie les bronches et « lave » l’organisme. Quant à l’iode présent dans la nourriture marine : poissons, crustacés, coquillages et algues dont les Bretons sont les plus gros consommateurs en métropole, il est réputé être un désinfectant naturel efficace pour tuer virus et bactéries. Plus on pénètre l’océan et plus la concentration de germes se réduit jusqu’à totalement disparaitre en haute-mer.
Si l’ensemble de ces éléments n’expliquent sans doute pas la totalité des raisons qui font de de la péninsule armoricaine une des régions métropolitaines les moins sujettes au Covid-19, et si la réalité quotidienne est somme toute beaucoup plus désenchantée que cet article ne laisse paraître, libre à chacun d’entre nous de croire en l’évidence que notre chère Bretagne ressemble malgré tout au paradis.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Avril 2020 J.E.-V. & Bretagne Actuelle











