Plaire, aimer et courir vite  HermineHermineHermineHermine

Le dernier film du Breton Christophe Honoré nous projette au début des années 90. Arthur, 20 ans, étudiant à Rennes, voit sa vie basculer le jour où il rencontre Jacques, un écrivain de petite notoriété qui habite Paris. Les deux hommes vont se plaire et s’aimer sporadiquement l’espace de quelques mois. Un amour rapide comme l’époque y contraignait souvent.

Plaire, aimer et courir vite. Fichtre, quel titre ! Et quel film ! Enfin un long métrage  sur le sida qui ne parle pas du sida. Où la maladie n’est plus un cancer gay dont il faut avoir survécu le plus longtemps possible pour être reconnu au panthéon du rose éternel. Un film juste. Précis. Qui « coupe » au bon endroit afin d’opérer une réflexion rigoureuse et concise. Un film que l’on comparera certainement avec 120 battements par minute, mais à tort car Christophe Honoré est à des années lumières de Robin Campillo.

Dans Plaire, aimer et courir vite, aucune complaisance larmoyante n’est accordée au combat contre la maladie. Christophe Honoré n’a jamais été aussi brutal et doux, presque spirituel, dans le traitement d’un sujet qu’il décentralise des larmoiements parisiens d’Act-Up. Sa  réalisation est pudique. Son film sobre. Aucune simplicité trop facile ne réduit le scénario à une trame horizontale. C’est précisément l’inverse. L’histoire est verticale dans l’intensité qu’elle décuple lentement au fur et à mesure des 130 minutes d’un film qui arrive après le pic de l’épidémie afin que les témoins d’une époque (désormais révolue) transmettent le souvenir de leur jeunesse vivante, malgré la maladie et les risques de contamination.

Le tournage s’est fait à Paris, Amsterdam, Binic, et  dans le centre historique de Rennes. Les endroits choisis furent la rue de Saint-Malo, la place du parlement et les alentours du Thabor, sans doute en référence à la jeunesse bretonne du réalisateur né à Carhaix (Finistère) en 1970, puis étudiant à l’université de Rennes 2 dans les années 90.

Ce que filme Christophe Honoré n’est pas sans rapport avec la Bretagne et une certaine douceur de vivre péninsulaire. La rencontre entre les deux hommes dans un cinéma d’art et d’essai rennais, laisse présager un souhait de vie où Jacques s’éloignerait du stress parisien et, à l’inverse, la volonté du jeune Arthur prêt à tout pour rejoindre son amant dans la folie d’une capitale où le temps passe trop vite. Ce temps si précieux dont Jacques aimerait ralentir la progression le rapproche de la Bretagne lorsqu’il décide de venir voir Arthur sur un coup de tête, empruntant la voiture de son meilleur ami avant de se rétracter à un feu rouge qui passe au vert, prenant conscience que sa vie est déjà à l’orange bien mure.

Tous les personnages sont brillants. Jacques par son esprit nourrit d’une vive intelligence. Arthur par sa jeunesse étonnamment compréhensive des exagérations caricaturales de son amant. Il y a aussi Mathieu, l’ami de toujours idéalement interprété par Denis Podalydès qui, une fois de plus, atteste de son remarquable talent. Les trois acteurs sont habités par leur rôle, sublimes dans des prises de risque rares et élégantes.

Voilà bien la différence entre Plaire, aimer et courir vite avec les autres films traitant du même sujet : l’élégance et la justesse. Christophe Honoré est brillant. Il aime les belles images et les dialogues impeccables. On badine à la perfection et l’on s’embrasse sans vulgarité. Certains plans sont à couper le souffle : les deux ombres de Jacques et Arthur face à l’écran de cinéma, les scènes de baignoires, Arthur assis comme une statue prenant vie sur un pilier des jardins du parlement de Bretagne ; il attend devant la cabine téléphonique que Jacques l’appelle. L’histoire est là, dans cette attente, roman que Jacques aurait pu écrire lui-même. Un film splendide. Une réussite magistrale.

© 2018 – Jérôme Enez-Vriad & Bretagne Actuelle

 

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