Auteur d’un livre qui est à la fois traité d’art poétique et éloge de la poésie, Philippe Simon nous dit que le poème a «traversé » sa vie et qu’il s’est « construit autour ». Cela méritait bien de sa part une petite explication … poétique.
De quel poème Philippe Simon (il est né en 1958 à Coutances) nous parle-t-il dans son livre ? Du poème qui exprime les sensations, les émotions, les sentiments ? De celui qui dit la révolte ou la résistance ? De celui qui « sauvera le monde » comme l’a exprimé le poète Jean-Pierre Siméon dans un livre fameux (Le Passeur, 2017) ? En réalité, il y a un peu de tout cela dans son livre. On le découvre dès les premières pages : « Le poème m’a envahi/Il m’a fait prendre parti/Pour l’agneau face au loup ». Ou, encore, cette allusion aux premiers grands émois poétiques liés à la lecture de Rimbaud. « Le poème m’a parlé//Il m’a montré le soldat jeune/Bouche ouverte/Mort ». Oui, il le sait : le poème a « grandi » dans ses « cahiers d’écolier » et plus tard de lycéen. Il convoque, pour le dire, Villon, Baudelaire ou Eluard.
Dans sa défense et illustration de la poésie, Philippe Simon n’hésite pas aussi à mettre la barre très haut. Au point d’écrire : « Le poème était là/Au premier temps du verbe//Qui peut dire/ S’il n’a pas créé Dieu ». Rattacher le poème au verbe, c’est le rattacher aux bien connus versets de l’Evangile de Jean, « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu … et le Verbe s’est fait chair ». Dans son bien-nommé livre La chair du poème (Albin Michel, 2004), Colette Nys-Mazure en était ainsi venue à considérer le poème comme « cette pulsion salvatrice qui nous habite tous et investit les moindres réalités de la vie quotidienne ». Avec Philippe Simon, nous sommes aussi dans ce tempo-là quand il écrit : « Le poème s’est fait sillon/Au plus profond de nous//Pour ensemencer l’imaginaire/prolonger une saison encore/rassasier nos âmes affamées ».
Dans la salle de classe
L’auteur en vient à concevoir des mots qui seraient les synonymes du mot poème. On ne doit pas s’étonner de trouver, dans sa liste, des mots comme « révélation », « plénitude », « espoir », émerveillement » … Car, nous dit Philippe Simon, « Le poème s’accomplit parfois/Pour être au plus près de la vie qui pousse/De la terre qui s’ouvre ». Le poème peut être un instant, quelque chose ou quelqu’un, un petit événement, un simple regard … Il peut être cette femme (que l’on imagine institutrice) à qui il destine ces vers. « Le poème a ouvert la porte du matin/On était en septembre/Il faisait déjà frais/On avait déjà froid/Le poème est entré dans la salle de classe/on s’est assis/Il s’est avancé/Il avait la voix bleue d’un premier jour/Dans une blouse verte/Dans un vol de cheveux blonds ». Peut-il y avoir plus bel hommage à la transmission et à cette chaîne ininterrompue de connaissance de la poésie permise par l’école.
Avec Philippe Simon, le poème est en bonne compagnie comme il l’est avec le fougerais Marc Baron assuré que l’espoir demeure « tant que le poème n’aura pas dit son dernier mot » (titre de son livre aux éditions Le Taillis Pré en 2024). Philipe Simon, lui, écrit que le poème « C’est une goutte de pluie/Qui est toute l’eau à elle seule ». Il ne « réclame rien/Ni honneur, ni pouvoir ». Le poème, c’est « tout un poème ».
Pierre TANGUY.
Tout un poème, Philippe Simon, A l’index, 57 pages, 14 euros











