Philippe Le Guillou affiche son amour de la Bretagne dans un récit où l’on retrouve sa géographie intime et ses lieux fondateurs. Place, avant tout, à l’imaginaire. Car si l’auteur affirme une « conscience bretonne », elle n’est pas celle de l’engagement ou du militantisme mais plutôt celle qui trouve sa source dans un héritage à la fois historique et poétique.

Ce testament breton, Philippe Le Guillou raconte l’avoir écrit au Faou, sa ville natale, « dans une solitude et une réclusion totales ». Nous sommes, comme il le dit, au cours de « cet étrange printemps de 2020 » quand sévit la pandémie. L’écrivain en profite pour condenser dans un récit tout ce qu’il a déjà un peu dit (ou pas encore dit) sur cette Bretagne qui s’enracine, pour lui, « du côté de l’imaginaire et du fantasme, de la nostalgie et du désir ».

Revoici, sous sa plume, « ces endroits qui sont un peu comme les aimants d’un cadastre sélectif ». Voici Le Faou et son « église des marées », voici la forêt du Cranou et ses liserés de jonquilles ou de primevères, voici le sanctuaire de Rumengol et son étonnant vitrail, et, plus loin, Le Menez-Hom, Saint-Anne-la-palud, l’abbaye de Landévennec, Les Monts d’Arrée… Philippe Le Guillou aime la géographie. Il aime les cartes (comme celle de Bretagne qu’il avait en face de lui à l’école). Il aime, lui-même, dessiner « les côtes, les baies, les pointes et les reliefs de l’Armorique ».

Pour décrire ce pays, il prend appui sur les quatre éléments. L’eau, d’abord, celle des rivières (à commencer par celle du Faou) mais aussi celle des marées montantes, avec « la conscience d’habiter un territoire menacé, déchiré par l’irruption des flots » ; l’air, ensuite, avec ses « tempêtes de  novembre » et ses « grands souffles féroces » (comment ne pas penser ici aux « vents hurleurs » de Xavier Grall) ; la terre, avec « ses champs labourés, des pacages et des prairies, un bocage harmonieux quadrillé de talus et de haies » ; le feu, en fin, « tout aussi fascinant, mais plus lointain, plus intermittent » quand il frappe les landes des monts avoisinants.

Mais les quatre éléments, ainsi déclinés, ne sont que la partie émergée d’un pays aux « fondations mystérieuses et vitales ». Car l’auteur nous entraîne, par petites touches, dans sa définition de la « matière de Bretagne » où il fait se côtoyer l’approche spécifique de la mort chez Les Bretons, la quête inassouvie du saint Graal, « la belle et vivante unité du grand royaume celtique ». Et toujours, en toile de fond, cette quête spirituelle, ce sens du sacré et cet « imaginaire des confins » qui résiste envers et contre tout (alors que « la langue des confins », elle, « s’est perdue »).

Cet imaginaire est entretenu par les paysages mais aussi par les peintres (aussi bien Mathurin Méheut que Yves Tanguy), par ces éminents écrivains que Philippe Le Guillou a placés dans son panthéon littéraire : Anatole Le Braz (et sa Légende de la mort), Yves Elléouët, Julien Gracq (celui du château d’Argol), Saint-Pol-Roux (le mage de Camaret), mais aussi Xavier Grall, « un grand écrivain dont les songes et les lignes entraient en véritable résonance avec mon univers le plus intime ».

Philippe Le Guillou en est convaincu. « Il ne suffit pas de naître sur une terre pour l’adopter et pour l’aimer : tout un travail enfoui, une progression titubante, intime, est nécessaire. Il faut savoir déchiffrer les signes, les échos et les résonances, et la littérature, quand elle possède ce haut pouvoir d’enchantement, se révèle salvatrice ». Laissons-nous enchanter, pour notre part, par ce récit de haute volée, écrit dans cette prose élégante qui porte la marque d’un grand écrivain.

Pierre TANGUY

Le testament breton, Philippe Le Guillou, Gallimard, 2022, 153 pages, 16 euros.

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