Le collège de Corlay tirera sa révérence à la fin de l’année scolaire 2023/2024. Le maire Olivier Allain fait son possible pour contourner l’inévitable, mais comment lutter contre l’ennemi quand il est dans son propre camp ?   

« On ferme ! », pourrait crier Bercy puisque Paris met la clef sous la porte dans ses provinces. Les ronds-de-cuir du jacobinisme assurent toutefois qu’aucune perception ne fermera. On se réjouirait presque qu’une administration, fut-elle confiscatoire, soit miraculeusement préservée en terre bretonne, là où tous les autres services régaliens périclitent les uns après les autres. Dernier en date : le collège de Corlay dans les Côtes-d’Armor.

Quid factum est ?

L’information a fait grand bruit ces dernières semaines L’effet aura été celui d’une bombe puisque le collège Pier an Dall de Corlay fermera d’ici la fin de l’année scolaire. Il a pourtant accueilli 74 élèves en cette rentrée 2023, mais il s’agit de la dernière, dont l’ensemble des participants, professeurs inclus, fera vivre les ultimes jours jusqu’en juin 2024. Au-delà d’une stupéfaction qui provoque étonnement et tristesse, le premier sursaut est de s’interroger. Pourquoi ?… L’enseignement transmis y est-il de mauvaise qualité ? Du tout. C’est même l’inverse. Pier an Dall affiche 94 % de réussite au brevet sur les quinze dernières années, contre 91 % de moyenne départementale*… Les effectifs sont-ils insuffisants ? Pas le moins du monde puisqu’ils ne cessent de progresser depuis une dizaine d’années… Y-a-il des problèmes d’insécurité ou de trafic comme dans les collèges-usines des grandes villes ? Nullement. Il est ici question d’une classe par niveau, soit quatre en tout ; calme, quiétude et tranquillité y sont constants… Peut-être certains parents se sont-ils plaints de maltraitance à l’encontre de leurs enfants ? Rien de cela. Le harcèlement scolaire est inexistant à Corlay… Alors ? Quid factum est ?

Reflets de clairvoyance

Petit retour en arrière. Nous sommes juste avant les dernières grandes vacances. Un appel de Christian Coail, président du département des Côtes-d’Armor, informe le maire de Corlay, Olivier Allain, de la prochaine fermeture de Pier an Dall. Chacun est évidemment dans son rôle : Christian Coail transmet et applique les directives du Conseil départemental qu’il préside, et Olivier Allain, très en colère, s’y oppose au bénéfice de ses administrés. Le problème est que ce choix relève d’une injonction irrévocable face à laquelle tout argument est élagué à la manière d’une fin de non-recevoir : comme souvent – pour ne pas dire toujours – la décision a été prise « en haut lieu » sans se soucier des conséquences locales et, pire ! sans même avoir pris l’avis des personnes directement concernées, c’est à dire les élus, parents d’élèves et administrés de Corlay.

Pour bien comprendre la situation, il faut savoir que monsieur Christian Coail (maire honoraire PS de Saint-Servais – 22) inflige à Olivier Allain (LaRem) ce que les amis de ce dernier font subir au reste de la France depuis qu’ils sont aux affaires : un centralisme méphitique et corrupteur ; si ce n’est que, cette fois, l’estocade se fait  « à domicile » : elle n’est pas imposée par Paris à une région ou un département, mais par le département lui-même envers l’une de ses propres agglomérations, dans ce qui ressemble à de la petite « poloche » partisane entre élus locaux ; car s’il en avait été autrement, rien n’empêchait le Conseil départemental d’ouvrir un débat objectif et contradictoire en présence de toutes les parties prenantes quant à l’avenir de Pier an Dall, d’autant que Saint-Servais n’est qu’à trente kilomètres de Corlay. L’ironie a parfois des reflets de clairvoyance jubilatoire !

Pier an Dall fermera bel et bien ses portes

Difficile dans ces conditions pour Olivier Allain d’être entendu face aux éléments de langage du Conseil départemental, puisque ce sont les mêmes verbiages qu’utilise LaRem dès l’instant où les amis de monsieur Macron souhaitent faire des économies sur le dos de la ruralité. Il n’est, de fait, guère simple pour le maire de Corlay d’appeler son propre mouvement à la rescousse ; pas facile non plus d’imposer le drapeau breton dans les manifestations de soutien quand Matignon préfère la bannière européenne au Gwen ah Du. Et pourtant ! Pour une fois qu’un élu s’oppose bec et ongles au pot de fer jacobin, on a envie d’agiter du blanc et du noir avec Olivier Allain lorsqu’il dénonce une décision absconse ne tenant pas compte de la repopulation des campagnes depuis la fin du Covid.

Olivier Allain est sans nul doute courageux… volontaire… batailleur… Juste s’interroge-t-on de savoir pourquoi nous ne l’avons jamais entendu lorsque LaRem faisait voter des économies grotesques justifiant ici des fermetures d’écoles… ailleurs la disparition de bureaux de poste… plus loin des régulations d’urgences hospitalières… autant de décisions prises par des baratineurs parisiens restés sourds aux arguments de nombreux élus locaux, les mêmes développés en vain par le maire de Corlay. Quoi qu’il en soit, Pier an Dall fermera bel et bien ses portes fin juin 2024, pour des raisons hélas ! bassement administratives qu’il eut été heureux de dénoncer avant que le mal ne gangrène l’Argoat et les Côtes-d’Armor. La lutte a un bord et un fond. Inutile d’attendre de toucher le fond pour se demander comment nous sommes arrivés au bord.

* Conf. madame Élodie Le Gal, président de l’association des parents d’élèves de Pier an Dall

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Octobre 2023 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing

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