Ecrivain, critique littéraire et conférencière, la nantaise Marie-Hélène Prouteau réunit dans un livre des études ou entretiens qu’elle a pu effectuer à propos de 12 poètes contemporaines de Bretagne. Un choix forcément « subjectif », convient-t-elle, mais qui nous fait bien toucher du doigt - s’agissant ici de femmes - la richesse mais aussi la diversité de leur approche poétique.
La Bretagne de Marie-Hélène Prouteau est une Bretagne « d’ici, d’ailleurs et sans frontières ». L’autrice revendique un héritage : « Cet amour des langues et de la poésie venue des lointains de l’enfance ». Ce qui lui fait adhérer à une « Bretagne ouverte aux vents de l’esprit et aux langues multiples ». On comprend donc qu’elle ait été plus particulièrement sensible à des voix poétiques de femmes à l’unisson de ses propres convictions, loin du folklore ou de quelconques relents passéistes.
Ce qui ne l’empêche pas de constater, chez ces poètes qu’elle aime, des thématiques ou des approches d’une grande diversité. « Mérédith Le Dez a une prédilection pour le mystère des vies démunies, pour l’opacité des êtres touchés par une fêlure, avec qui partager un brin d’humanité », note Marie-Hélène Prouteau à propos de son livre Alouette (Obsidiane, 2023). Chez Denise Le Dantec elle note « son attention au sort des femmes créatrices ». Chez Cécile Guivarch, elle relève « cette expérience de l’altérité langagière » qui est « intimement liée à la quête de la mémoire ». Evoquant le livre de Marie-Josée Christien, Affolement du sang (Al Manar, 2019), elle parle d’une « élégie de la vie en souffrance ».
Leur donner une visibilité
Si l’on ne peut donc, à proprement parler, trouver un dénominateur commun à toutes ces poètes, il y a quand même, relève Marie-Hélène Prouteau, quelques affinités autour de certaines thématiques. Ainsi, pour Denise Le Dantec, Nicole Laurent-Catrice ou Jacqueline Saint-Jean, il y a l’art de revisiter « cette substance poétique essentielle que sont les récits et les mythes ». Pour d’autres poètes, c’est l’attirance de l’ailleurs qui s’impose. Guénane en est la parfaite illustration, nous parlant aussi bien de la Patagonie que de la côte morbihannaise.
Plusieurs de ces poètes femmes (ou femmes poètes), souligne encore Marie-Hélène Prouteau, « s’avancent aussi en ces lieux pluriels de la poésie que sont les rencontres ou les revues ». On pense ici à la quimpéroise Marie-Josée Christien, fondatrice de la revue Spered Gouez, à la regrettée Brigitte Maillard (éditions Monde en poésie), à Cécile Guivarch et à la revue Terre à ciel, à Ghislaine Lejard et aux rencontres poétiques du Passage Sainte-Croix à Nantes, à Lydia Padellec et ses éditions de La Lune bleue …
Voici aussi des femmes qui peuvent « déborder les limites du seul art poétique ». Guénane, Chantal Couliou et Mérédith Le Dez ont écrit des romans, Anne Bihan des pièces de théâtre. Marie-Hélène Prouteau souhaite que ces 12 poètes bretonnes contemporaines « puissent bénéficier de nouvelles formes de visibilité ». Son ouvrage y contribuera à coup sûr.
Pierre TANGUY.
12 poètes contemporaines de Bretagne, Marie-Hélène Prouteau, Les Editions Sauvages, 2023, 115 pages, 13 euros.











