Marc Pennec : « Sud-Paradis » HermineHermineHermineHermine

A chacun son Sud.  Pour un Nord-Finistérien c’est d’abord le sud de son département, cette Cornouaille riante et forcément ensoleillée. Oui, « aller dans le sud » veut dire quelque chose : c’est ce que nous raconte Marc Pennec, lui qui a ses racines dans le pays brestois, en évoquant ce Sud-Paradis dont il nous ouvre les portes dans un livre en vraie prose poétique.

« Je suis là pour les quelques minutes quotidiennes où le monde nous foudroie de sa beauté. Je suis là pour la lumière et les amis (…) Je suis là, je suis du littoral, des rivages, des bordures, des frontières, des lisières, des seuils, des commencements et des rêves ». Ce pays béni va de Concarneau à Pont-Aven en passant par Port-Manech et, au-delà, « trois criques après Doëlan vers l’ouest ». On est au cœur de cette Cornouaille maritime aux proues avancées dans la mer (Trévignon), aux anses où le cœur s’apaise (Rospico, Poulgwin, Kerrochet…), aux étangs demi-sel où s’ébroue un peuple d’oiseaux rares, aux petites jetées où l’on attelle des barques chargées de casiers… C’est dans ce pays-là (où règne l’ombre tutélaire du poète Xavier Grall) que Marc Pennec a posé son sac. Curieux de la nature  sauvage qui l’entoure, on le découvre souvent à l’affût comme l’était Rick Bass dans sa tanière du Montana.

Déjà remarqué par un bel ouvrage où il affichait une autre passion, celle des Monts d’Arrée (En arrée, éditions Dialogues, 2017), voici l’ancien grand reporter d’Ouest-France buvant au goulot l’air tonique d’un Sud-Paradis. Il y laisse ses empreintes sur le sable après de fiévreuses cueillettes d’épaves dont il sait faire son miel.

Mais venir dans le Sud n’est pas renier le Nord. Et encore moins renier Brest et ses bistrots où l’on se serre les coudes, où une fraternité au ras du comptoir aide à « apprivoiser la Ville, blanche, grise ou couleur de pluie au gré des humeurs ». C’est au Tonkin qu’ils se retrouvent pour refaire le monde, pour « vivre » et « se quereller » en écoutant les airs de rock les plus tonitruants ou en commentant les meilleurs morceaux de la Beat Generation. Ils s’appellent Pops, Paulo ou Ti-Guy… Ils sont, eux, du Sud « aux odeurs de moisson et de pêche, aux promesses de fêtes et d’insouciance ». Ils aiment Brest, profondément, mais le Sud demeure « une formidable zone de repli. Une bouée de sauvetage ».  Pourtant,  confie l’auteur, « c’est une jeune femme rencontrée dans une Micheline rouge et crème dont la porte s’ouvrait difficilement qui m’a initié au Sud ».

L’amour et l’amitié, on l’a compris, sont au cœur de ce livre. On n’y trouve aucune escale pittoresque, aucun cliché vendeur. C’est l’homme Marc Pennec qui éprouve la beauté du monde dans ce Sud-Paradis. Il peut d’autant plus le sentir et l’affirmer haut et fort qu’il y a toujours les autres, parfois à distance, parfois très proches : la femme, les amis, un  « phalanstère » toujours en éveil et prêt à toutes les « ripailles ». Seule une écriture profondément  poétique pouvait témoigner de cet émerveillement. « Etre là/grandi de solitude/bivouaquant près de l’étonnement ».

Pierre TANGUY
Sud-Paradis, Marc Pennec, illustrations de Nono, Locus Solus, 2021, 135 pages, 14 euros.

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