Marc Baron a de la constance. Il écrit la nuit et avoue que le poème est sa « seule issue ». Il invite donc ses lecteurs à lire ou relire « les poètes qui traversent l’obscurité ». Nuit métaphorique, bien sûr, celle qui laisse entrevoir une aube nouvelle dont le poème est le premier témoin.
Ne dit-on pas volontiers que le poète est un veilleur ? C’est bien le cas de Marc Baron dont l’écriture se nourrit de la nuit. « la nuit c’est mon heure/j’entends ce que le monde dit », écrit-il. Auteur fécond d’une trentaine de livres, organiste à Fougères où il a dirigé le Salon du livre pour la jeunesse, Marc Baron (né en 1946) confie que « écrire est une violente avancée dans le chant ».
Son nouvel opus est un véritable traité d’art poétique. Mais rien de savant. Aucune approche théorique. Non, dire tout simplement le surgissement du poème « dans une terre jamais labourée ». Dire aussi que la poésie est un art du peu et de l’humilité. « n’écris pas pour éblouir//les mots t’ont choisi/non pour ton paraître/mais pour le fleuve caché que tu suis ». Ce fleuve caché charrie « une braise intime et vivante ». Marc Baron est du côté du « oui » à la vie en dépit de « ce monde où le bruit défait la semaison » et où arrivent « jusque chez nous/les poussières de la guerre ». Ailleurs il parle de « ténèbres si envahissants » ou de vie « si violente ». Ecrire un poème, pour lui, c’est prendre acte de « chaque bonheur gagné sur l’obscurité ».
Un poète de poche
Le poète ancre son propos dans une pauvreté assumée aux allures franciscaines. « il est temps de remettre le poème à sa place/dans les contrées les plus reculées de l’insignifiance/dans l’oubli les coins perdus ». Non au poème poudre aux yeux car, dit-il, « le poème n’est jamais en représentation ». Ce qui l’amène à fuir « les poèmes de surface ». Ce qui le motive, bien au contraire, c’est la profondeur (« le poème, c’est un puits dans l’herbe brûlée »),
Dans le sillage de Christian Bobin, pour qui la poésie n’était pas un genre littéraire, Marc Baron nous amène à considérer que le poème véritable est celui que nous inscrivons au cœur de nos propres existences. Un poème/vie qui « oublie la vanité », qui «m’ordonne de me relever » et à « chercher le souffle dans le rien ». Il rejoint aussi les propos du délicat écrivain italien Marco Lodoli évoquant la poésie comme « une attitude de fond, un regard sur le monde qui pénètre au plus profond, entre la lumière et l’ombre ». Profondeur, redisons-le, qui irrigue ce livre de Marc Baron, notamment, par les nombreuses références faites au puits. Un puits qui « désaltère » mais dans lequel il faut descendre car « la rencontre c’est le profond ».
Noter enfin que le poète fougerais (« 1 mètre 62 61 kilos ») qui se qualifie volontiers de « poète de poche » entend écrire avec ses « mots d’enfant » et ses « racines ». Jusqu’à affirmer « je n’écris pas pour la gloire/mes poèmes le savent/je suis né dans les terres de mon père et de ma mère/avec les fruits et les légumes/et tout ce qui pousse dans un total anonymat//j’ai toujours su que mes poèmes finiront dans une fausse commune ». L’humilité, toujours l’humilité.
Pierre TANGUY.
Tant que le poème n’aura pas dit son dernier mot, Marc Baron, frontispice de Julius Baltazar, éditions Le Taillis Pré, 145 pages, 17 euros.











