Lorsque deux Bretons travaillent ensemble, il leur arrive d’écrire des livres pour enfants. Voici le troisième tome de la saga de L’île aux moutons. Thomas Gerbeaux, l’auteur, est illustrée par Pauline Kerleroux, une talentueuse graphiste au trait unique.
Après L’Incroyable histoire du mouton qui sauva une école, et celle, tout aussi surprenante, du Homard qui sauva sa carapace, voici L’Incroyable histoire du coq qui ne voulait pas fermer son bec. Comme dans les deux précédents livres de la série, Thomas Gerbeaux s’est inspiré d’un fait divers notoire. Nous sommes en 2019 sur l’île d’Oléron, à l’issue d’un procès médiatique devant le tribunal correctionnel de Rochefort, le désormais célèbre coq Maurice fut autorisé à poursuivre ses vocalisent matinales. Dans le livre, des retraités portent également plainte contre le coq de leurs voisins qui, selon eux, les empêche de dormir lorsque, chaque matin, l’animal scande son cocorico auroral. La ressemblance s’arrête là, car Momo, roi des gallinacés, est aussi une pop star, et son procès a lieu sur le port de Moutonville, en Bretagne ! devant une « basse-cour de justice » au jury composé à parité d’humains et d’animaux.
La Bretagne pour apprendre le monde
Raconter une histoire à un enfant, c’est lui offrir ce qu’il aime : de merveilleuses aventures… de la féerie… beaucoup d’imagination… et le fameux supplément dont les adultes ont oublié qu’il leur fut indispensable pour se construire : le rêve. Dans ce troisième tome de L’île aux moutons, Thomas Gerbeaux et Pauline Kerleroux font avec humour la part belle aux plus vifs dépaysements de l’enfance : le suspense et le fantastique. Nul besoin d’aller en Chine, en Égypte ou au Pérou pour apprendre le monde. La Bretagne suffira. Imaginez donc ! Tout là-bas, dans un petit village à l’ouest d’une province française, un coq réfractaire au silence réveille la basse-cour chaque matin. La belle affaire ! Un récit pétillant à l’aune d’une véritable histoire dont l’actualité aurait pu rougir tant l’idée d’attaquer en justice ses voisins pour qu’ils zigouillent leur coq trop bruyant parait ubuesque.
Un monde au-delà des villes
La folie citadine, souvent noyée dans l’absolu de son égocentrisme, ignore les régions qui la font vivre. L’Incroyable histoire du coq qui ne voulait pas fermer son bec, fait découvrir à nos enfants qu’il existe un monde au-delà des villes : celui des montons qui ne sont pas uniquement une merguez dans un couscous… celui des homards autrement appréciables qu’en bisque… et celui des coqs (en)chanteurs soucieux de wagnériser la campagne… Il y a un peu d’Alphonse Daudet en discussion avec Brigitte Bardot dans le travail de Thomas Gerbeaux et Pauline Kerleroux ; non seulement l’envie de faire voyager les plus jeunes au-delà des frontières de la ville, mais aussi la volonté qu’ils y croisent d’autres animaux que ceux achetés sous cellophane alimentaire. Un live intelligent. Profond. Et beaucoup plus sérieux qu’il y parait.
A propos, l’île aux Montons existe vraiment, dans l’archipel des Glénan, au sud de Fouesnant, là-bas, vers le large finistérien.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Avril 2022 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle
L’Incroyable histoire du coq qui ne voulait pas fermer son bec, une histoire de Thomas Gerbeaux illustrée par Pauline Kerleroux – Éditions La joie de lire – À partir de 9 ans – 212 pages – 11,90€
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