Bernard Buffet est l’un des plus grands peintres du XXème siècle. Une part non-négligeable de son travail est consacrée aux plages et à la mer. Nombre de ses huiles sont d’inspiration bretonne. La Coiffe (1950)… Environs d’Erquy (1964)… Phare et bateau de pêche (1981)… Autant de titres et de dates qui attestent que la Bretagne a inspiré Bernard Buffet pendant toute sa vie.

Année 1964. Bernard Buffet achète « La Vallée », villa d’inspiration Belle Époque dans le village balnéaire de Saint-Cast où il venait en vacances pendant son enfance. Le maître s’y installe et y travaille jusqu’en 1970, cinq années durant lesquelles il vivra alternativement entre les Côtes d’Armor et Paris. Saint-Cast le Guildo n’est pas un endroit anodin. Les jeux de plages dès l’âge de 7 ans y ont marqué ses souvenirs. C’est aussi l’endroit où, en 1945, sa mère tombera malade avant de décéder d’une tumeur au cerveau. La Bretagne aura accompagné Buffet tout au long de sa vie. Pour le meilleur et pour le pire. Il lui restera fidèle jusqu’à sa mort.

Jeune prodige de 20 ans et peintre vedette de l’après-guerre

Bernard Buffet est né à Paris en 1928. Jeune prodige de 20 ans adoubé par Giono et Cocteau, il fut le peintre vedette de l’après-guerre, identifiable entre tous par ses lignes droites et noires, un schéma pictural qui a posé sa signature mieux que les six lettres de son nom. Son œuvre ne se cantonne pas aux clowns tristes et bouquets de fleurs que les critiques lui reprochèrent de produire à la chaîne. Parmi ses 8.000 toiles, aquarelles, dessins, lithographies et gravures illustrant moult natures mortes austères, émergent quelques vues de ports, bateaux de pêche et femmes de Cornouaille émaciées. La Bretagne de Buffet est avant tout la sienne. Observée. Transformée. Recréée. Ce sont des images fortes et poignantes. Des scènes de « vie à l’arrêt » aux formes longilignes. Une structure géométrique novatrice pour l’époque, aujourd’hui expliquée et transmise par de nombreux professeurs des Beaux-Arts.

Un des très rares peintres à avoir de son vivant un musée éponyme

Après une reconnaissance précoce, Bernard Buffet connu l’opprobre souvent réservé aux plus grands talents. Célèbre autant que controversé, porté aux nues par les uns, traîné dans la boue par bien d’autres, on lui reprocha tout et son contraire. Sa gloire fut celle d’un temps réduit durant lequel il sera impossible de le rattacher à une école précise : pas totalement expressionniste… pas encore Nouveau Réaliste… trop précurseur pour le pop’art… De quoi s’y perdre et dérouter un public qui ne lui tourna cependant jamais le dos. Il fut et reste l’un des peintres préférés des Français. L’un des plus célèbres aussi.
Année 1973. Une nouvelle reconnaissance arrive de l’étranger. Buffet devient l’un des très rares peintres (avec Dali) à avoir de son vivant un musée éponyme où seules ses œuvres prennent place. Nous sommes à Surugadaira, au Japon, l’endroit est financé par Kiichiro Okano, un richissime banquier passionné depuis une exposition du peintre au musée d’Art moderne de Tokyo en 1963. Le Musée Bernard Buffet recouvre aujourd’hui un fond de 2000 toiles, le quart de sa production, dont la quasi totalisé de la sublime série consacrée au thème du Japon (sumo et kabuki) qu’il peignit en 1987.

Buffet est devenu malgré lui le lien entre Picasso et Warhol

Bernard Buffet a inventé l’art pictural des années 50. Il est le chaînon manquant entre Picasso et Warhol. Entre le graphisme cubique et celui, déchiqueté, d’une esthétique nouvelle, figuration transcendée qui mène jusqu’au pop’art par le biais de sujets simples (non simplistes) dont l’écriture justifie des toiles spectaculaires, uniques et jamais vues auparavant. Autant d’œuvres dont Ida et Maurice Garnier, amis et galeristes du peintre, se chargent de la postérité. Leur galerie expose un bouquet de toiles renouvelées plusieurs fois par an. L’accès est gratuit, ouvert à tous et accessible aux handicapés. Ils organisent des expositions en divers endroits. Éditent des catalogues. Font des dons. En particulier au Musée Breton de Quimper où 17 gravures et une quarantaine de planches illustrant les poèmes de Baudelaire ont ainsi rejoint les collections publiques bretonnes.

L’ultime salut du maître à la peinture fut un salut breton

Atteint de la maladie de Parkinson, Bernard Buffet se donne la mort en octobre 1999. Depuis, à Saint-Cast le Guildo, une rue porte son nom. Son gendre, Patrick Arnoult, a respecté les vœux de feue son épouse, Virginie Buffet, en offrant à la ville le tableau Nature morte aux coquillages, fond bleu – (1982), désormais exposé dans le salon d’honneur de la mairie. Manière de rappeler que la Bretagne a effectivement inspiré Bernard Buffet jusqu’au bout. Sa dernière huile l’atteste. Peinte en 1999 alors qu’il était déjà très malade, elle illustre un Paysage de tempête en Bretagne. L’ultime salut du maître à la peinture fut un salut breton.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Décembre 2018 – Bretagne Actuelle & Jérôme Enez-Vriad

Illustrations :
La coiffe ou Coiffe bretonne – 1950
Le phare et les deux bateaux de pêche – 1981
Nature morte aux coquillages, fond bleu – 1982
Paysage de tempête en Bretagne – 1999 (dernière toile)

Musée breton de Quimper
1, rue du Roi Gradlon
29000 Quimper
[email protected]

Saint-Cast le Guildo
Office du tourisme
http://www.saintcastleguildo.fr/(nodeid)/200

Galerie Maurice Garnier
06 avenue Matignon – Paris 8ème
http://www.museebernardbuffet.com/garnier.html

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