De nombreuses manifestations sont prévues le 17 novembre contre la hausse du prix des carburants. Aucun syndicat ni parti politique n’en est l’instigateur. Le mouvement est protéiforme. Une hydre à multiple têtes sans leader désigné. C’est la première fois depuis 1871 que le peuple va descendre dans la rue à sa propre initiative. S’agit-il d’un soulèvement insurrectionnel ou de l’ébauche pacifique d’une nouvelle France ?
La France n’a plus les moyens d’entretenir son niveau de vie. Tous les gouvernements de la cinquième République ont aggravé la situation financière du pays après les deux premiers chocs pétroliers de 1973 et 1974. Aucune réforme efficace n’a depuis eu lieu pour équilibrer les comptes malgré moult promesses qui eussent dû permettre le remboursement d’une dette abyssale (98% du PIB) dont on a déjà du mal à prendre en charge les intérêts. Présidents, ministres, haut-fonctionnaires, tous ont joué d’une concurrence entre eux à qui inventerait l’impôt le plus fou, véritable cabinet de curiosités fiscales, le César d’honneur étant attribué à monsieur Macron responsable de huit nouveaux prélèvements obligatoires en un an. On taxe au nom de la lutte contre le réchauffement climatique. Haro sur la pollution. Sur la fonte des banquises. Vive la compensation carbone. Sauver la planète est devenu un marathon élyséen à coups d’écoparticipations fiscales et parafiscales. La France est pourtant l’un des pays les plus vertueux en matière de lutte contre les pollutions, mais il faut encore et toujours payer. L’écologie punitive va finir par en dégouter les Français. Pire. Une irritation soulève le peuple. Elle se cristallise autour d’un vêtement. D’une couleur. Les Gilets Jaunes.
Des revendications multiples
Le but officiel de la manifestation est de protester contre le prix des carburants indexé sur le cours du baril de pétrole à la hausse. Jamais à la baisse. Ce faisant, personne n’est dupe, la colère gronde en cumul d’autres inquiétudes agglomérées autour du pouvoir d’achat. Ce ne sont assurément pas moins de 252 taxes et impôts divers qui assèchent le budget des ménages. Sans oublier les augmentations. Il y en a pour tout le monde. Même les non-imposables ! Une CSG en hausse, des mutuelles de plus en plus chères et qui remboursent de moins en moins, 7% de majoration pour le gaz, l’explosion du coût des PV, le fuel domestique n’est pas en reste, ni le tabac, les timbres, le forfait hospitalier, les frais bancaires, etc. Le pouvoir d’achat n’a pas augmenté qu’il est déjà rogné par toutes ces hausses et celles à venir. Pourtant ! Diminuer la lourdeur de l’impôt servirait à mieux le répartir. Que nenni. Le gouvernement fait la sourde oreille. Véritable proxénétisme fiscal proche de l’abus des plus faibles.
Notons également l’insoluble problème du chômage, une précarité de plus en plus étendue sur des couches sociales autrefois protégées, l’immigration anxiogène rebaptisée « Migrants », l’insécurité, la violence, le communautarisme, l’islamisation, les inepties bruxelloises, le prix de l’immobilier qui s’effondre dans les campagnes, mais explose dans les villes, la réduction des offres d’emplois ruraux justifiant l’utilisation de sa voiture pour aller travailler, en résultent des frais de carburants majorés ; ajoutons-y le mépris des élites qui nous expliquent que ce bourbier fiscal est mis en place pour le bien du pays, donc le nôtre, afin d’assurer une transition énergétique aussi hasardeuse que le remboursement de la dette, il faut impérativement passer à l’électrique sinon la planète va mourir… Blablabla… Les Français n’en ont que faire. Chacun gère son budget. Pas celui de la France.
Syndicats grands perdants
Les Gilets Jaunes sont nés d’une banale pétition sur Internet. La mobilisation a grandi plus vite que les derniers remous syndicaux dont on se souvient qu’ils peinèrent à rassembler. Le combat classique des fédérations corporatives chères à Waldeck-Rousseau ne fait manifestement plus le poids face aux réseaux sociaux davantage compatibles avec les revendications populaires. Fini les accords préfectoraux signés par un dirigeant d’une section locale… Oubliés les tracts porteurs de slogans révolutionnaires… Les syndicats qui font d’ordinaire la jonction entre travailleurs et société civile, en particulier lors des grands mouvements sociaux, refusent cette fois de prendre part à la jacquerie au prétexte fallacieux d’une extrême droite organisatrice.
Ce qui est hostile à l’impôt est traditionnellement envisagé comme poujadiste et d’extrême-droite. Monsieur Mélenchon et les huiles des Républicains ne se privent toutefois pas d’inviter leurs sympathisants à endosser un gilet le jour dit, tout en précisant qu’eux-mêmes ne participeront pas au blocage. Vous avez dit faux-cul ?! Idem pour les syndicats dont seulement deux considèrent l’intérêt de la lutte avant l’idéologie. Ainsi, la CFDT de la Société des Transports de Saint-Etienne a déposé un préavis de grève afin de permettre aux chauffeurs de bus et tram qui le souhaitent de manifester. Quant au syndicat SGP Police FO, il assure que les agents ne délivreront pas de PV le 17 novembre en soutien aux manifestants.
L’impôt national réduit l’autonomie régionale
Les blocages du 17 novembre seront aussi et surtout un test grandeur nature des motivations autonomistes. Depuis l’abandon de la taxe professionnelle en 2010, l’autonomie fiscale des régions a volé en éclats, passant de 30 % à 12 %. Rappelons que la (pseudo) souveraineté des régions françaises est construite sur l’élection d’un représentant au suffrage universel direct, le Président de région qui, par le biais d’un conseil général, à pouvoir d’agir sur une fiscalité locale en partie indépendante. Chaque région peut ainsi lever des impôts spécifiques pour financer de grands projets autonomes. Mais si Paris augmente les prélèvements obligatoires jusqu’à plus soif, l’amplitude d’action concernant cette fiscalité locale se réduit comme peau de chagrin, sauf à définitivement étouffer le citoyen au détriment du bon sens régional.
Les pauvres sont ceux qui aux yeux des riches réclament moins d’impôts alors qu’ils sont déjà ponctionnés de toutes parts
Le 17 novembre sera la journée du mécontentement. Après viendra le 18. On fera les comptes. Ceux de la mobilisation. Ceux des dégâts. Politiciens et syndicalistes occuperont les plateaux télé à faire le dos ronds et se renvoyer la balle. Les journalistes commenteront/analyseront/décrypteront entre deux pages de publicité. Puis tout le monde passera très vite à la suite. Ce seront les illuminations de Noël. Le réveillon. La saint-Sylvestre. L’application de nouvelles taxes en janvier. L’augmentation de l’accès aux autoroutes en février. Oui. Les Français sont tellement prévisibles qu’il vaudrait mieux les bloquer à l’entrée des routes de Bretagne. Un gilet jaune pour avertissement. No pasarán !… Kentoc’h mervel eget bezañ saotret.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Novembre 2018 – Bretagne Actuelle et Jérôme Enez-Vriad











