Qu’est-ce qu’un talisman ? Allez voir à Pont-Aven ! Comment se dit prophète en hébreux, à Pont-Aven !

Gaston Chaissac décide de ne jamais vendre son « manifeste ». C’est son œuvre totémique qui trace la suite, inaugure de ce que seront ses formes.
Le Talisman de Sérusier est de ce type de bois ! Un manifeste au-delà du peintre, un manifeste comme peuvent l’être le carré blanc sur fond blanc ou la fontaine duchampienne, voire ! Et voir. Peint sur peuplier et inscrit à son dos, peint sous la direction de Paul Gauguin. Est-ce vrai ? Le patron s’en empare en tout cas, l’enchante de lui-même et de ce que sera son aura d’étrange étranger à tous. Sérusier signe ce qui fera signature pour tous les autres, les drôles de zèbres, un peu fêlés, vaguement pataphysiques et fichtrement pré-dadas que sont Maurice Denis, Emile Bernard, Ker-Xavier Roussel, Filiger, Vuillard et Ranson, Vallotton et les autres, les fameux Nabis ! Il faut les voir costumés ! Pierre Loti serait un équivalent littéraire, djellaba et turban. Eux sont les mages d’images ! Ni japonais ni de là ou d’ici, ils sont nabis !
Il y a quelques années le musée de Quimper avait mis en valeur une expo magnifique autour de la Vision après le Sermon de Gauguin. Le fameux combat de Jacob avec l’ange était montré à la fin, comme le saint esprit dans son tabernacle au bout du bout du chœur. Le spectateur y cheminait lentement, vers l’initiation.
Le musée de Pont-Aven fait le contraire : première pièce, première chapelle, parvis du reste, le Talisman y siège. Illumine. Le Talisman ouvre l’ouvert !
Petite taille, forte présence.
Comment un tableau a tant de force ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui engendre ce trop-plein ? Cette âme ? Cet esprit ? Ce sacré ! Quel débordement ? Ici le format est modeste. Quelles couleurs ? Ici elles sont puissantes mais s’empiètent, s’imbriquent, dégagent le reflet de l’eau, ouvrent à l’importance du rideau d’arbres et tout cela n’est qu’abstrait, pourtant ! Qu’est-ce qui se passe pour que ce soit ce tableau-ci ? Sérusier en a peint tellement. Mais celui-ci en impose, irradie.
Il n’est ni abstrait ni figuratif, ni grandiloquent, même pas sur toile ni châssis alors quoi ?
Maurice Denis le détient. Gauguin le remarque. Les autres s’y réfèrent. Gauguin ne l’a pas dirigé, sans doute la phrase au dos est-elle apocryphe. Ni commandé. Mais il y est quand même pour quelque chose. Par et pour cette liberté prise, ce pari des couleurs, cette forme, du Sérusier libéré ! De la peinture libre !
Le synthétisme naît, se théorise. Gauguin est tutélaire et Serusier pédagogue. Le christ Gauguin et Saint-Paul Sérusier, bref les deux œuvres s’appellent, se répondent et l’œuvre du morlaisien ouvre le regard, offre du neuf. Bel et bien talismanique !
Le mystère demeure, évidemment. Beaucoup de mystère ! Allez voir à Pont-Aven. Expo somptueuse coproduite par le Musée d’Orsay ! Bel été, bonnes vacances ! Heureux comme un Nabi en Bretagne !
Courez au Talisman. Son autre titre, premier par ordre d’apparition sur scène : L’Aven au Bois d’Amour !

Gilles CERVERA

Bon à savoir
Exposition au Musée de Pont-Aven jusqu’au 6 janvier 2019 puis du 29 janvier au 28 avril 2019 au musée d’Orsay à Paris
Musée de Pont-Aven, Place Julia, 29930 Pont-Aven
Tél : 02.98.06.14.43
[email protected]
facebook.com/museedepontaven
Twitter : @museepontaven
Entrée : à partir de 5€ par personne
Plus d’infos sur l’expo

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