Certains mouvements culturels français ont développé une exception bretonne souvent méconnue. Il en est ainsi du Romantisme qui était aussi chez lui en Bretagne. Auguste Brizeux, Chateaubriand, le chevalier de Fréminville, Villiers de l’Isle-Adam, tous Bretons, font partie des noms qui ont marqué l’époque « romantique » qui mène de la Restauration à la Monarchie de juillet.

Le Romantisme est un mouvement culturel apparu à la fin du XVIIIe siècle en Allemagne et en Angleterre. Il s’est ensuite rependu dans toute l’Europe au cours du XIXe. Bien que cette dispersion se soit, pour l’essentiel, faite de capitale à capitale, elle a aussi connu des influences régionales en France. La raison de ce déploiement vers un mouvement de pensées provinciales est simple. Les Romantismes d’outre-Rhin et d’outre-Manche furent un retour à quelques sources primitives et indigènes, alors que la branche française marqua une opposition à la littérature nationale, lorsque certains auteurs locaux souhaitèrent s’affranchir des règles de pensées jacobines, en contraste avec le classicisme et le réalisme des philosophes du XVIIIe. De nombreux auteurs Bretons sont aujourd’hui reconnus comme étant les empreintes persuasives du Romantisme français.

Élisa Mercœur, une poétesse à la gloire inassouvie

Le Lycée armoricain, revue fondée à Nantes en 1823 par les éditions Mellinet-Mallasis, ouvre les feuilles du Romantisme breton. La poétesse Élisa Mercœur (1809-1835) y publie ses premiers vers en 1827. Ils sont dédiés à Chateaubriand qui s’en félicite avec la pointe de morosité que lui inspire son âge et son rang. Forte de cette première reconnaissance, la jeune femme « monte » à Paris, devient une habituée des salons littéraires et s’attire les louanges de Hugo, Musset et Lamartine qui écrira à son propos : « Je prévois que cette petite fille vous effacera tous. » Mais Élisa finira par se perdre dans les méandres de l’entregent parisien. Fatiguée d’être une femme seule en lutte contre le pouvoir d’hommes dont dépendent ses écrits, elle lutte tant bien que mal contre une tuberculose agressive avant de s’éteindre trop jeune sans que sa soif de gloire n’eusse jamais été assouvie.

D’Auguste Brizeux au chevalier de Fréminville

De tous les poètes de cette génération bretonne, le plus marquant est sans doute Auguste Brizeux (1803-1858) ; son art, il est vrai, à des timidités que soulignent parfois quelques ambitions parisiennes, mais ses vers toutefois heureux nourrissent les pages bienfaitrices d’émotions discrètes ; une fraîcheur charmante et une délicatesse délicieusement familière que l’on retrouve chez le morlaisien Émile Souvestre (1806-1854) qui, comme Brizeux,  avait dit-on du sang irlandais dans les veines. Tour à tour (ou simultanément) journaliste, essayiste, romancier, poète et dramaturge, Souvestre a pour fil conducteur l’amour de « sa » Bretagne, avec le désir de la faire aimer, ou du moins connaître. Le Finistère, paru en 1836, et Le Foyer Breton en 1844, sont des lectures aujourd’hui toujours profitables.

Autre style. Celui du comte de Penhouët (Armand-Louis-Bon Maudet de Penhouët, 1767-1839). Il conviendra aux curieux de lire ses mémoires ainsi que ses fameuses Recherches historiques sur la Bretagne, parues en 1814 chez l’éditeur nantais Victor Mangin. Viennent ensuite des noms connus mais hélas ! peu lus. N’est-il pas dommage d’avoir éloigné de nos bibliothèques, des plumes comme celle du Chevalier de Fréminville (Christophe-Paulin de La Poix de Fréminville, 1787-1848), le seul à avoir rejoint la Bretagne, puisque tous les autres la quittèrent pour Paris alors que Fréminville, né à Ivry-sur-Seine, deviendra Brestois d’où il rayonnera dans la région pour écrire, entre autres, son célèbre Voyage dans le Finistère, publié en 1838.

Chateaubriand surcrédité en précurseur du Romantisme

Souvent considéré comme le précurseur du Romantisme, non seulement breton, mais aussi français, François-René, vicomte de Chateaubriand (1764-1848), aura été tout au long de sa vie un enchanteur tel qu’en lui-même. Homme de lettres et politicien à l’itinéraire ambigu, Chateaubriand a sans nul doute fait preuve d’un lyrisme inspiré dans la rédaction de ses Mémoires d’outre-tombe ; est-ce suffisant pour le qualifier de précurseur du mouvement alors qu’il n’en a jamais revendiqué l’appartenance ni même fait preuve du moindre intérêt ? Sans doute pas. Il est en revanche envisageable d’associer à son style l’influence de sentiments personnels et celle d’une solitude savamment entretenue. Alors pourra-t-on effectivement y voir un léger ressac de romantisme.

Tant de noms célèbres trop vite oubliés

A la même époque, Armand du Châtelier (1797-1885) écrit l’histoire de Brest et de toute la Bretagne. Aurélien de Courson (1808-1889) entreprend d’étudier celle des Bretons ; son essai sur L’histoire, la langue et les institutions de la Bretagne armoricaine, publié en 1840, est une incontournable référence. Le vicomte Théodore Hersart de la Villemarqué (1815-1895), philologue et spécialiste de la culture bretonne, fera de Barzaz-Breiz (1838) un ovni des salons parisiens inspirant une célèbre appréciation à George Sand qui mentionna « les diamants du Barzaz Breiz » et compara un des chants du recueil, Le Tribut de Nominoë, à lIliade d’Homère, jugeant même le texte breton supérieur au récit antique. Cette dithyrambe vaudra au jeune homme, La Villemarqué n’avait que 24 ans, une immédiate élévation sociale qui lui permettra d’approfondir ses travaux sur la langue et la culture bretonne. Ils deviendront une référence incontestée ouvrant à leur auteur les portes de l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres en 1856.

Impossible d’oublier le Briochin Auguste Villiers de l’Isle-Adam (1838-1889). Ses merveilleuses emphases et sa délicieuse mythomanie à s’anoblir lui-même, d’abord comte avant de devenir marquis, l’ont rendu affable et sympathique. Ses Contes cruels, son Amour suprême, ses Histoires insolites, sont autant de recueils à la prose magnifique. Il faut lire son unique roman, L’Ève future, pour comprendre sa richesse imaginative. Et puis comment ne pas citer Sully Prudhomme ? René Armand François Prudhomme (1839-1907) qui, bien qu’il ne soit pas Breton, offrit un merveilleux poème à la ville de Douarnenez : A Douarnenez en Bretagne. – Lien ici.

Du postromantisme à Maria Chapdeleine

Nous sommes déjà dans le postromantisme bientôt suivit du Parnasse. La seconde moitié du XIXe siècle convoque alors d’autres noms. La Bretagne abonde en écrivains. Pensons au séduisant morlaisien Tristan Corbière (1845-1875), poète maudit selon Verlaine, il a publié ses Amour Jaunes quelques mois avant sa mort, une courte vie aux vers teintés de symbolisme ; son recueil d’une curieuse inspiration, pleine de sarcasmes et de tendresse, fait de Corbière un poète à part qui, dit-on, inspira Rimbaud. Anatole Le Braz (1859-1926) n’est pas en reste, homme de langue bretonne il ne publiera cependant qu’en français, et ses poésies bretonnantes sont à ce jours restées inédites. Rappelons que les populaires Paul Féval et Jules Verne était respectivement de Rennes et de Nantes – même si le dernier ne donna aucunement dans le romantisme, mais dans un genre tout à fait nouveau : l’anticipation scientifique.

Concluons avec le Brestois Louis Hémon (1880-1913), auteur d’un des chef-d’œuvres de la littérature postromantique, le sublime Maria Chapdeleine, histoire écrite au Québec évoquant l’installation d’une famille dans la campagne locale. Le réalisateur Jean Duvivier a réalisé un film en 1934 avec Madeleine Renaud dans le rôle-titre. Marc Allégret en 1950 avec Michèle Morgan. Plus tard, une version québécoise de Gilles Carle vit le jour en 1983, avec Carole Laure en Maria Chapdeleine. Sans oublier les multiples adaptations télé, théâtre, bande-dessinée et autres. Notons enfin que Louis Hémon est régulièrement intégré à la liste des écrivains Québécois pour y avoir vécu d’octobre 1911 à juillet 1913. Il est toutefois bel et bien Breton, autant qu’il s’en est toujours revendiqué.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Juillet 2020 J.-E.V. & Bretagne Actuelle

Important : Presque toutes les œuvres citées sont tombées dans le domaine et gratuitement accessibles en E-Book sur Internet.

Parmi les sources : Dictionnaire égoïste de la littérature mondiale – Charles Dantzig, Grasset // Dictionnaire insolite de la Bretagne – Yann Lulas, Ed. Cosmopole // Dictionnaire encyclopédique de la littérature française – Ed. Bouquins // Dictionnaire Larousse L3 en trois volumes 1965 – Ed. Larousse // Histoire culturelle et littéraire de la Bretagne – Ed. Coop Breizh // Bretagne – Horizons de France – Auguste Dupouy //Dictionnaire des écrivains bretons – Marc Gontard // Littérature de Bretagne – Yves Elléouët  //Encyclopédie Larousse – Ed. Larousse //Wikipédia

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