Pour des raisons écologiques évidentes, mais aussi de santé (Covid-19) et de sécurité (attentats), le « tout métropole » et la densification urbaine sont désormais remis en question par les urbanistes, architectes et sociologues, nombreux à dénoncer la mondialisation outrancière des villes.
L’idée de gentrification (processus par lequel les habitants d’un quartier populaire font malgré-eux place à une couche sociale plus aisée), cette idée était jusqu’à présent une lecture sociale exclusivement urbaine. Or, les espaces ruraux longtemps méprisés par l’élite intellectuelle et financière, sont redevenus attractifs depuis la crise sanitaire et les attentats islamistes. L’arrivée dans nos campagnes de citadins à fort pouvoir d’achat augmente les prix du foncier local. Certains économistes et sociologues associent déjà cette « gentrification rurale » à l’émergence de nouvelles inégalités, mais aussi à un entre-soi élitiste jusque-là inexistant dans la ruralité.
Les élus nationaux hors-sol agissent en opposition d’une classe politique locale davantage ancrée dans le réel
Personne ne sait à quoi ressemblera demain. Sociologues, économistes et urbanistes profilent quelques hypothèses, admettant néanmoins que les prévisions sur la comète sont toujours démenties par l’histoire. La question n’est en fait pas tant de savoir à quoi ressemblera le monde d’après, mais d’entendre l’insatisfaction de ce que vivent et subissent aujourd’hui nombre de Français. Le système crie famine dans tous les domaines. Au reste, ce qui se passe en regard de la santé et de la sécurité relève d’un double scandale d’état. Nos élus nationaux hors-sol agissent au « doigt mouillé » en opposition d’une classe politique locale davantage ancrée dans le réel. Quand on a les pieds dans la terre, l’urgence est de s’organiser au mieux d’alternatives efficaces et constructives. Inutile de tergiverser. Cultivateurs, paysans, fermiers, d’ordinaire méprisés par les citadins, savent depuis longtemps que l’ère des mégalopoles est finie. Toutes ces familles entassées comme des animaux de batterie en face de déserts provinciaux n’a plus aucun sens ; il va falloir changer de monde, mais diable ! pas en troquant son suv diesel contre une citadine électrice au tarif prohibitif. L’écologie c’est aussi dépenser moins et mieux.
La population aspire à revenir au local et aux administrations de proximité
Le crise que nous traversons n’est pas uniquement la double lutte contre un virus agressif et des terroristes salafistes, loin de là, elle est avant tout celle d’un jacobinisme verticale refusant la mise en place d’une gouvernance régionale horizontale. Écoutons le peuple. Il aspire à revenir au local, aux administrations de proximité, et aux initiatives municipales. Manger des framboises sud-américaines en plein hiver ne fait plus rêver personne, pas davantage les hypermarchés sur trois étages où l’on reste des heures pour remplir un Caddie dont on jettera le tiers faute d’avoir eu le temps de tout consommer avant péremption.
Finis également les grands espaces urbains dans lesquels l’islamisme et le Covid-19 font des ravages, cœur des flux migratoires et des hyper-connectées, là-où les villes-mondes sont de redoutables foyers contaminateurs autant que de déshumanisation. Pour les Madrilènes, les Londoniens, les New-Yorkais, les Parisiens, le confinement s’est révélé plus difficile à vivre qu’en Estrémadure, dans le fin fond du Devon, au cœur du Wyoming ou en Bretagne. Privées de ce qui fait d’ordinaire leur attractivité et leur dynamisme, les grandes villes révèlent leurs failles : surpopulation, insécurité, contamination viral, manque d’espaces verts, inégalités sociale… La stratégie d’hyper concentration des richesses (argent et culture) est devenue la faiblesse des villes.
Un coup de pinceau vert ne suffira pas à redessiner la ville de demain
Épidémies et attentats laissent entrevoir la vulnérabilité des métropoles et interrogent sur leur capacité à faire face à de futures crises encore plus graves. Se réinventer prendra du temps, au moins une génération, voire davantage ; un coup de pinceau vert ne sera pas suffisant pour redessiner la ville de demain. Inutile de végétaliser les trottoirs et les toits où chacun se donne bonne conscience en cultivant deux carottes. Mieux vaut commencer par résoudre l’offensive de la grande distribution. On ne peut déplorer la fermeture d’une épicerie de proximité, tout en se délectant des offres séduisantes d’un hypermarché impossible à rejoindre sans voiture.
Pour la première fois depuis un demi-siècle, l’immobilier stagne dans les métropoles au bénéfice d’une augmentation en province. Les néo-ruraux qui emménagent font exploser les prix. Ils travaillent à domicile avec des salaires urbains supérieurs à ceux des endroits où ils s’installent. L’inflation du niveau de vie local réduira bientôt le pouvoir d’achat de ceux qui étaient là avant : ça s’appelle la gentrification. Ici commence le rôle des élus régionaux afin de prévenir l’avenir. Les nouveaux bourgeois des campagnes sont les anciens bobos de villes ; ils ne doivent pas reconstruire la ruralité au profit d’une tranche de population plus aisée qui chassera la précédente. Il en va des équilibres régionaux et de la paix sociale.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Novembre 2020 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle











