Du 15 au 18 août, Carhaix renouvelle l’expérience Métal extrême en hébergeant pour la seconde année consécutive le festival Motocultor. Outre la centaine de groupes, seront également présents Alan Stivell, Ange et Magma. Une affiche plus cohérente qu’il n’y paraît.
La menace des Vieilles Charrues de quitter le site de Carhaix change quelque chose pour le Motocultor ?
Yann Le Baraillec : On a une convention sur 5 ans avec la mairie de Carhaix. Donc a priori ça ne change rien. On est là depuis 2 ans seulement. On observe ce qui se passe. De toute façon on ne peut pas s’amuser à changer de site et on ne peut pas revenir à Saint-Nolff.
Vous n’avez aucune relation avec le staff des Vieilles Charrues ?
Y.L.B. : Non. Y’en aura une fois que la mairie et le festival auront trouvé un accord. Nous, on a fait une première édition l’année dernière qui s’est très bien passée. On va essayer de confirmer l’essai. On est nouveau dans le territoire. Les Vieilles Charrues sont là depuis 30 ans, le Maire de Carhaix est un des fondateurs du festival. Nos relations avec les Vieilles Charrues sont en stand-by. Depuis qu’on est arrivé, on leur a parlé deux fois… En revanche, nos relations avec la mairie sont excellentes et les choses sont très claires. Ils sont bienveillants et font en sorte que le Motocultor soit une réussite.
Les relations avec la commune de Saint-Nolff étaient devenues impossible ?
Y.L.B. : Oui, un peu comme Les Vieilles Charrues et Carhaix en ce moment ! Nous à Saint-Nolff, c’était chacun dans son coin et aucune concertation.
Carhaix s’est positionné comme un véritable partenaire ?
Y.L.B. : Oui avec un site déjà aménagé ! On a gagné en temps de travail.
Est-ce que Motocultor en a profité pour grossir ?
Y.L.B. : Non, on n’augmentera pas la jauge qui est à 55 000 personnes. On souhaite rester un festival convivial, à taille humaine, que les grands festivals ne proposent pas forcément. Les festivaliers peuvent passer d’une scène à une autre sans problème. On est sur la même formule depuis 2022 : quatre jours, quatre scènes. On a su garder le côté compacte de Saint-Nolff, mais avec plus de confort pour les spectateurs comme pour les groupes. Pour une certaine gamme de groupe, Saint-Nolff devenait compliqué. Et la mairie de Carhaix souhaite continuer à aménager !
Lorsque vous avez pensé déménager, Carhaix était la seule option ?
Y.L.B. : On avait tenté Carhaix une première fois, à l’automne 2019. Mais ça n’a pas marché : ça a duré 20 secondes au téléphone ! J’ai compris ensuite qu’on était en pleine campagne municipal et qu’il n’y avait déjà des tensions avec Les Vieilles Charrues… On est revenu à la charge en 2022. De toute façon, les options n’étaient pas nombreuses puisqu’on cherchait un site déjà opérationnel. Pour moi, Carhaix était la priorité absolue, d’autant que la mairie était déjà rodée à l’organisation d’un festival. Quand ils sont acceptés de se déplacer à Saint-Nolff, on savait que la réponse allait suivre rapidement. Comme organisateur d’un festival, ils savaient qu’on n’avait pas le temps de discuter pendant des mois. Ça s’est donc conclu très rapidement. Côté Vieilles Charrues, on a pas mal de prestataires en commun, ce qui peut faciliter aussi les choses. Par exemple ne pas déplacer le matériel loué entre les deux dates. Mais c’est vrai que c’est sûrement plus intéressant pour nous que pour eux.
Pas d’autres options si Carhaix refusait ?
Y.L.B. : Si : d’arrêter puisqu’on avait dit non à Saint-Nolff pour l’année suivante puisque la Marie nous avait indiqué que nous devions revenir à 3 jours sans donner aucune raison. On a été mis devant le fait accompli.
Pensez-vous que la mairie de Carhaix vous a fait venir pour avoir un élément de négociation supplémentaire auprès des Vieilles Charrues ?
Y.L.B. : Non, non. De toute façon, on n’aura jamais l’impact des vieilles Charrues. C’est un des plus grands festivals de France, reconnu mondialement… Nous on est sur une musique de niche.
Une musique de niche, qui peut rassembler beaucoup de monde ! Regarde le Hellfest !
Y.L.B. : Oui, mais on ne veut pas faire un deuxième Clisson. Il faudrait être hors de Bretagne, beaucoup plus loin. Pour être aussi gros que le Hellfest, il faudrait programmer les mêmes groupes comme Iron Maiden ou Metallica. Ce qui n’a pas grand intérêt. Notre positionnement nous permet de programmer des groupes que le Hellfest n’a pas encore fait ou ne fera pas.
Et vous n’hésitez pas à programmer Alan Stivell ! Est-ce logique ?
Y.L.B. : Il a 100% sa place au Motocultor Festival ! Les fans de Folk Métal savent qu’Alan Stivell est le pionnier de la musique folk celtique. Beaucoup de groupes de ce genre puisent leur inspiration dans les standards dont ceux d’Alan Stivell. C’est tout l’intérêt de la journée d’ouverture, la fameuse quatrième journée, qui permet ce genre de respiration. Après, on ne tombe pas dans le fest noz, il faut rester cohérent, mais inviter Alan Stivell, Denez Prigent ou Brieg Guerveno ça a du sens. Notre public est vraiment ouvert.
Ange entre dans cette même logique ?
Y.L.B. : Oui. On les a déjà faits en 2019. On ne devait pas forcément les programmer cette année, mais comme on avait déjà booké Magma et que Christian Descamps annonçait qu’il arrêtait cette année, c’est la dernière occasion de les voir. Et ça avait bien marché en 2019.
Et quelle est la réaction d’Alan Stivell dans cet univers Métal ?
Y.L.B. : La dernière fois, il était super content ! Je pense que de le voir à Carhaix, ça va être très intéressant.
Le déménagement à Carhaix a boosté les entrées ?
Y.L.B. : On est passé de 52 000 à 56 000 entrées. On est à 14 000 entrées par jour et on pourrait aller jusqu’à 16 000 par jour. De même l’origine des festivaliers a évolué. On a désormais 20% des gens qui viennent du Finistère, versus 11% quand on était dans le Morbihan. Une personne sur cinq. Au total on est à 62% Pays de la Loire et Bretagne et 8% d’Ile-de-France.
Beaucoup viennent hors de France ?
Y.L.B. : A peine 1%. Mais on espère plus cette année. On va faire un peu plus de promo en ce sens.
Christian Troadec, Maire de Carhaix, est autonomiste breton. Est-ce que cela change quelque chose dans votre approche ?
Y.L.B. : Je ne fais pas de politique dans le cadre du festival. Mais il est très convivial.
Vous-même, vous faites de la politique, non ?
Y.L.B. : Oui. Je n’ai pas de parti, je suis indépendant. Je me suis présenté sous l’étiquette gauche républicaine et socialiste. Mais c’est très local, là où j’habite à Saint-Nolff.
Et militer pour une Bretagne indépendante ?
Y.L.B. : Heu… Comment dire… Je suis pour une République sociale. Mais je vois que Christian a défendu l’hôpital de Carhaix ! Et je suis pour la défense de la langue bretonne. Au sein du festival, il y a des centres d’initiation au breton.
Hervé DEVALLAN
Programmation, billetterie, hébergement sur le site.
Motocultor du 15 au 18 août 2024 – 165€ le pass 4 jours – 65€ la journée.
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