Laval est la ville palindrome de Jarry même si le professeur Hébert, son modèle, est rennais. Sûr que la gidouille est d’ici ! Laval, on pense surtout, à cet instant d’entrer au musée, au bon Douanier, le Rousseau des herbes folles, des couleurs franches et des tigres aimables attigeant les tiges aux sourires verts. Les verts de Rousseau viennent bien de quelque part !

À Laval, arrêt obligatoire. Le musée donne à voir ces temps-ci celle qui fabriqua son métier de donner à voir la peinture. Cérès Franco est à l’honneur et cent vingt œuvres parmi les mille cinq cents que compte sa Collection.

Visible dans l’Aude d’habitude, à Laval jusque mars.

Courez-y, c’est jubilatoire.

Des couleurs de foudre et d’or, des visages de trogne et de poils, des figures à voir, ou des fous que Rustin arrive à peindre de mémoire, assis face à nous, bourses ballantes et fente à jour.

Cérès Franco, galeriste brésilocatalane, celle de l’œil de Bœuf, rue Quincampoix et de Lagrasse ensuite, aujourd’hui Montolieu, ouvre aux marges. Après Dubuffet et l’art brut, Cérès Franco et l’art épars. Marges d’art et large imaginaire, de l’art émotionnel loin du conceptuel. Le Musée de Laval qui veut du singulier et fête les naïfs trouve dans la collection Franco de quoi s’élargir et montrer ce que le singulier a de puissant, voire de traversant. Le regardeur devient singulier –ça ne veut pas dire seul ! face aux œuvres de Jabert, par exemple, ou de Chaïbia par exemple. Celles de Stani Nitkowski aux dents écartées soufflent que ça finit mal, de toute façon, et les contes de Perrault peints par Corneille enchantent au centuple. Formidables écarts de peintres qui, souvent, ne savent au départ ni lire, ni écrire mais puisent dans  l’alphabet secret des formes, les dévoile –comme s’ils s’arrachaient leurs peaux, peignant en même temps l’intérieur et l’extérieur du monde.

Collection à voir à Laval d’urgence. Gratuite, l’entrée !

Aucun argument pour contourner le bateau lavoir Saint-Cyprien plus longtemps ou la statue d’Ambroise Paré : Laval est à visiter. Cessons, pour cette fois seulement, d’écouter Louis Guilloux, qui trouvait que la ville manquait d’ouverture et de mer!

Si près de la Bretagne, Laval sent le large!

Gilles CERVERA
Jusqu’au 10 mars 2019 En territoires imaginaires Collection Cérès Franco, Musées de Laval Naïfs et Singuliers.

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