Pour ses 35 ans, la ferme-auberge de la Ville-Andon, à Plélo, marque le coup, tout au long de cet été. Elle accueille une rétrospective de tous les artistes contemporains qu’elle a accueillis, ces vingt dernière années.

L’escalier d’une tourelle vous emmène dans le grenier. Là, sous la charpente du xvème sont accrochées les grandes toiles d’artistes comme Rodolphe Le Corre, Heinz Altenhöfer ou du sculpteur Michel Thamin. D’autres tableaux, comme ceux d’Hervé Crespel, Yvon Daniel, Anne-Marie et Yvon Olivier-Henry… apportent leur touche de couleur et de créativité aux murs de pierre des salles à manger, au-dessus de l’andouille maison et du poulet au cidre servi dans les assiettes.

A l’extérieur, une promenade safari invite à une belle balade digestive. Dans un vaste champ, les Allumeurs d’images ont dressé de grands cadres de bois. Derrière, on reconnaît ici un portrait de Marie-Claire et Hervé Caillebot, les maîtres du lieu. Là, des ustensiles, de vieux objets, des clins d’œil humoristiques à toutes les recettes qui ont façonné ces 35 ans d’histoire gourmande.

Ferme-Auberge de la Ville-Andon – 22170 PLELO
Tél. : 02 96 74 21 77
[email protected]
Fermé le lundi – Exposition et promenade visibles les jours d’ouverture de la ferme -auberge

« Mes biens chères dames, mes biens chers mecs, mes biens chers mômes, mes biens chers chiens, mes biens chers oiseaux, mes biens chers Khan, mes biens chers amis, mes biens chaire à saucisse, mes bien chers tous, BONJOUR !

Bonjour et bienvenue à la Ville Andon, l’antre du cochon.  

Le cochon, cet animal si mignon, à la couleur si glamour, ce symbole de grâce ou de graisse, ce paradoxe si délicat au fumet si tabou, ces petits porcinets à la queue en tire-bouchon et à l’autre queue shkouikée à vif, ces gros porcs nés pour mourir pour nourrir nous nés pour mourir pour nourrir les asticots nés pour mourir pour nourrir les poissons nés pour mourir pour nourrir les ours, enfin, bref, on ne va pas refaire toute la chaine alimentaire… donc le cochon, ce gentil quadrupède si décrié pour son caca-nitrateur, qui fait le bonheur de nos pics-niques et dont les tripes pendouillent si patiemment dans la cheminée de notre auberge préférée pour ravir les papilles les plus fines du Goëlo.

Et quelles papilles, des calibrées sur mesures, et vazy que c’est pas n’importe qui qui vient s’empiffrer de charcutaille et de purée meilleur qu’à la cantine, et que v’là tout l’gratin qui vient prendre sa dose de campagne, c’est un repère, c’est un traquenard, c’est un carrefour qui n’a rien à voir avec l’enseigne, un rond-point de la culture où les ploucs se mêlent à la jet set, oui messieurs-dames, vous avez bien entendu, pour en être sûr enlevez les poireaux bios que vous avez dans les oreilles, la jet set a ses habitudes à la ferme auberge, vous n’avez qu’à voir la palanquée d’artistes accueillis depuis 35 berges à la Ville Andon, (Heinz Altenhöfer – Jean-Pierre Baillet – Nolwenn Korbell, Gianni Basso – Eric Brault – Michel Aumont, Jean- Claude Charbonel – Hervé Crespel – Soig Sibéril, Yvon Daniel – Henri Girard – Emma La Clown, René Guignard – Guillaume Guintrand – Camadule Gredin, Nid de Coucou, Bruno Lavelle – Rodolphe Le Corre – Thierry Le Saëc – Jacky Molard, Philippe Leconte – Maya Mémin – Marlu et ses Soupeurs, Yvon et Anne-Marie Olivier-Henry – Serge Ozenne – Michel Thamin, Adèle, Patrick Ewen, les Frères Morvan, et j’en passe et des kilomètres encore), bref, un genre de ferme des célébrités du Goëlo, des artistes à gogo, que nos deux amis paysans se permettent même de tutoyer et d’en parler comme s’ils faisaient partie de leur famille, ceux-ci ayant chaussé leurs sabots, englouti leurs andouilles… Des artistes chez les bouseux, on aura tout vu, les artistes, cette race étrange qui s’auto-flagelle pour qu’on l’admire, et vazy que la société elle est pas belle et qu’avec ma sensibilité qui fait chialer les chaumières j’ingurgite la merde du monde pour faire briller mon art, non mais sans déconner, même quand les accords sont majeurs, qu’il y a de la couleur dans un tableau et que ça fait rire les oiseaux, il y a toujours un fond dramatique dans cette apparente légèreté.

Même notre cher ami Francky Vincent, apôtre de la chanson volatile, cache dans le fond de son œuvre une lourdeur sans fin dans son fameux tube « fruit de la passion », et oui, la passion, ce troublant sentiment qui est le fruit de tant de douleur quand celle-ci s’envole…  Messieurs-dames, les artistes sont tordus, ils ne sont qu’un tas de dépressifs qu’on vénère soit-disant pour la respiration qu’ils apportent au monde, bein alors quoi, on est pas bien là pourtant, à la campagne, ça vous suffit pas les zoziaux, les arbres et les tracteurs, l’ambiance est bucolique. Vous étiez préservés de la misère qui grouille dans nos villes obscures et vous avez tout gâché en faisant venir et revenir ces troubadours qui prêchent l’amour… sans issue ! Et bien merci, y’a pas de raison que la campagne soit exclue de la misère artistique, après tout, les gens bougent aujourd’hui, on ne met plus trois jours pour se rendre de Saint-Brieuc la grande à Plélo la choupinette, la campagne qui nous gagne est à portée de tous et les petits riens que l’on vient chercher ici sont au cœur des humains qu’on y trouve, Marie-Claire, Hervé et leurs gosses. Les artistes, les ploucs, les mâles heureux, les gens bons, les mères agitées, les beaux gosses, les tordus et surtout les cochons l’ont bien compris, si on doit tous finir en andouille, la dernière volonté des condamnés que nous sommes tous est que ça se finisse à la Ville Andon !

Ainsi soit-il, ALLELANDOUILLA !  »

Gaspard VERDURE

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