Oui, on fait du vin en Bretagne. Mais verra-t-on un jour se créer de nouveaux vignobles avec appellation ? C’est déjà en partie une réalité grâce à des passionnés qui entretiennent une douzaines de vignes patrimoniales (re)constituées au cours des vingt dernières années.

La Bretagne n’est pas que le pays des légumes et de la charcuterie. Le vin y est apparu pour la première fois au milieu du IIIème siècle de notre ère. Plantés par les romains, les ceps ne donnent alors qu’un raisin de qualité mineure. Les recherches historiques font trace de vignes aux alentours de La Guerche, de Rennes, Lanvallay, mais aussi du Tréguier, de la vallée de la Rance, du golf du Morbihan, également du côté de Dol, pour ne citer que les principaux vignobles entretenus à partir du Vème siècle par divers congrégations religieuses pour le besoin des monastères.

Le vignoble breton a presque intégralement
disparu entre les XVIe et XXe siècles

Plusieurs raisons concourent ensuite à la disparition progressive de la vigne à partir du Xème siècle. D’une part, un rafraichissement sensible du climat fait reculer la culture. Ensuite, le développement du commerce avec les régions voisines permet d’acquérir des produits plus abordables. Puis, au XVIIème, un décision du ministre Colbert entrainera le remplacement des vignes malades au bénéfice de pommeraies moins sujettes aux parasites. La Bretagne devient une terre à cidre. Demeureront cependant 150 hectares de vignes en Ille-et-Vilaine, 600 dans le Morbihan, et 30.000 en Loire (dite) inférieure.

De fait, la culture péninsulaire viticole n’a jamais véritablement disparu. Mais ce n’est que trois siècles plus tard que des vignerons amateurs la relancent à grande échelle en plantant des cépages de Chardonnay et Pinot près de Quimper. Dés 2009, près de 1000 bouteilles d’un vin blanc vif et clair sont produites. Un vin « à l’essai » faisant toutefois la preuve qu’il existe des sols appropriés à la viticulture bretonne. Citons quelques vignobles. Le Haut-Quineleu du quartier Sainte-Thérèse à Rennes . Sur la commune de Saint-Suliac : Le Clos de Garo (Chenin blanc/Rondo rouge) planté depuis 2013 et dont les premières vendanges ont eu lieu en septembre 2017. Également le Coteau-du-Braden à Quimper revenu à la vie en 2006, et le petit vignoble morbihannais de Bohal. On estime aujourd’hui à environ 150 le nombre de viticulteurs qui exercent cette activité en Bretagne.

Du Pinot, du Chardonnay et du Chenin

Jusqu’au 1er janvier 2016, l’Onivin (organisme qui gère la production de vin en France) restreignait la création des nouveaux vignobles à but commercial. La viticulture bretonne était « de plaisance » faute de pouvoir vendre sa production, et l’entretien des vignes essentiellement à buts culturels, touristiques et pédagogiques. Mais c’est paradoxalement l’Europe qui est venue défendre le vignoble breton, par une directive autorisant de nouvelles plantations. Ce sont ainsi 3.000 à 4.000 hectares supplémentaires qui, chaque année depuis 2016, étoffent les clos, coteaux et crus français, Bretagne comprise. Cette reconnaissance permet une commercialisation des vins péninsulaires dont les cépages les plus courants sont le Pinot noir et blanc, le Chardonnay et le Chenin.

Le pays nantais a perdu le contrôle de ses appellations

Le vignoble nantais se distingue par une taille d’environ 17.000 ha. qui explique en partie sa survivance. Certaines de ses vignes offrent une production de qualité et les exploitants produisent des vins plus qu’honorables. On pourra toutefois s’étonner (au moins d’un point de vue géographique) que les appellations du « Val de Loire » aient depuis longtemps absorbé la production nantaises, faisant d’elle un vin de « bord de fleuve » davantage qu’océanique. Or,  le muscadet et le gros-plant ont toujours été tournés vers l’océan, leur identité est indéfectiblement péninsulaire ; mais rien n’y fait, s’agissant des vins de Pays, aucune dénomination bretonne n’existe. Imposture d’autant plus flagrante que le pays nantais appartient à la Bretagne historique.

Le vignoble nantais est incontestablement l’un des plus importants de France pour la production de vin blanc d’appellation. Il s’étire le long de la Loire à partir du littoral, et jalonne les terres bretonnes avant d’arriver sur les coteaux d’Anjou.  Le Collectif pour la Promotion du Vignoble Nantais (CPVN) a lancé un appel pour redonner aux vins nantais l’élan breton qu’ils méritent avec, entre autres, le souhait d’une communication cohérente et la création d’une appellation « Crémant de Bretagne ». Car, selon des études, le nom « Bretagne » est plus vendeur que celui de Loire, il suffit de mettre un gwenn-a-du (drapeau breton) sur la bouteille pour que les ventes s’envolent. Logique. Le monde entier connait la Bretagne et personne (pas même certains français) n’est fichu de situer la Loire sur une carte. En outre, les celtes recouvrent un marché de 140 millions d’âmes de par le monde.

La Bretagne ne sera jamais un vignoble majeur comparable à celui du bordelais, ni même à l’Alsace, question de terroir et de climat ; est-ce pour autant une raison de lui refuser une appellation viticole ? La bataille sera dure et ténue, mais l’histoire témoigne que les Bretons sont rudes et têtus, ils savent mieux que quiconque que les bonnes causes gagnent toujours. Question de temps.

Jérôme Enez-Vriad

Liste des vignobles de référence :
llle-et-Villaine 
Haut-Quineleu du quartier Sainte-Thérèse à Rennes
Saint-Suliac : Le Clos de Garo
Finistère
Coteau-du-Braden à Quimper
Morbihan
Vignobles de Bohal et de Cléguérec

Site des Vignerons artisans de Bretagne

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