Gustave Loiseau fut un postimpressionniste discret. Il vint rechercher en Bretagne les effets d’une atmosphère susceptible d’épanouir sa sensibilité. Plusieurs de ses toiles majeures ont pris corps lors d’étés pontavenistes à la pension Gloanec. Découverte.

Les impressionnistes et leurs successeurs : postimpressionnistes… néo-impressionnistes… pointillistes… fauvistes… etc., ont avant tout cherché l’harmonisation de la matière avec leur sujet. Ce fut le cas de Gustave Loiseau lorsqu’il croisa Paul Gauguin à Pont-Aven en 1894 ; une rencontre qui fit évoluer sa peinture, même si, au fil de multiples pérégrinations bretonnes, il resta fidèle à son envie de peindre la « fugitive réalité impressionniste ».

De Paris à Pont-Aven

1870. Gustave Loiseau n’a que cinq ans lorsque ses parents décident de quitter le quartier de Chaillot pour l’île Saint-Louis. Quelques années passent. Son certificat d’étude en poche, l’adolescent entre en apprentissage chez un charcutier, puis chez un peintre en bâtiment. L’épidémie de fièvre typhoïde qui le cloue au lit à la fin des années 1890, lui permet toutefois de prendre goût à la peinture grâce aux cours prodigués par un décorateur, ami de la famille ; puis, le jeune Gustave fait la connaissance de l’artiste Fernand Guignon à la faveur de la rénovation de son appartement. Sur les conseils de ce dernier, il commence à peindre la campagne d’Île-de-France jusqu’à la mort de sa grand-mère ; …

… ; cette femme de modestes biens, lui laisse un petit héritage qu’il consacre à la peinture. Gustave s’installe sur la butte Montmartre et, bien que son tempérament timide sollicite davantage le calme et la nature, il se laisse rencontrer moult artistes de multiples tendances et divers mouvements. L’évidence s’impose néanmoins : son avenir n’est pas là, pas à Paris, il est ailleurs, à Pont-Aven, ville qu’il découvre en 1890, à l’âge de 25 ans, sur les conseils du même Fernand Quignon. La bourgade devient son port d’attache (sens propre et figuré) où il viendra régulièrement sonder les modulations de la « lumière impressionniste » sur le paysage breton.

Voyages décisifs et choix instinctifs

À Pont-Aven, Gustave se lie d’amitié avec plusieurs peintres, dont deux ainés : Maxime Maufra – membre revendiqué du premier parti indépendantiste local : L’Union Régionaliste Bretonne (URB) – et Henry Moret avec qui il expose dans le groupe des peintres de la pension Gloanec. La rencontre avec Gauguin a lieu quatre années plus tard. Nous sommes en 1894. Ce dernier lui offre une nature morte (Fleurs, iris bleu, oranges et citrons – aujourd’hui exposé au Boston Museum of Fine Art) dont Loiseau exécutera une copie intitulée Nature morte d’après Gauguin, avant de céder l’original (il avait besoin d’argent) au célèbre marchand d’art Paul Durand-Ruel. Nous sommes cette fois en 1921. Cette même année, il expose quatre œuvres à la sixième Exposition des Peintres Impressionnistes et Symbolistes, parmi lesquelles deux de ses plus célèbres huiles : Matinée de septembre à Pont-Aven et Crue de l’Aven.

1895. Gustave Loiseau se rapproche de Paul Durand-Ruel. Le mécène des impressionnistes est admiratif de ce jeune autodidacte qui a su trouver une manière personnelle pour « restituer les vibrations de l’air et de l’eau dans leurs modulations infinies […] grâce à un sens de la composition géométrique lui permettant de faire vivre la matière […]. » Sensible à son travail, la galerie Durand-Ruel le prend sous contrat et lui achète la majeure partie de sa production. Après un long séjour à Belle-Île-en-Mer en compagnie de Maufra et Moret, il visite Saint-Lunaire… le cap Fréhel… la pointe du Jas… Mais le temps passe plus vite que les voyages ne forment la jeunesse, et nous voilà déjà en 1909 ; Gustave peint les inondations causées par la Loire dans la campagne nantaise avant de revenir visiter les Côtes-d’Armor.

Pont-Aven pour dynamique bretonne

À partir des années 1920, Loiseau s’installe sur les bord de l’Aven, dans une chambre mansardée au troisième étage de l’hôtel Les Ajoncs d’or. Il peint le spectacle de la rue en continuel renouvellement et affectionne les natures mortes au sein desquelles apparaissent quantités de statues en faïence qu’il achète à son ami Le Corronc, antiquaire de Pont-Aven. Ainsi produit-t-il une succession de toiles inspirées par la mer ; l’influence impressionniste de Gauguin est manifeste, même s’il ne s’y réfère pas directement. Gustave Loiseau évoquait peu son travail, préférant nourrir une forme de solitude dans ses « études » et ses voyages ; s’il est aujourd’hui moins célèbre que les impressionnistes de la première heure, la Bretagne aura toutefois dynamisé l’esprit de ses créations. Il décède en 1935 à Paris, Quai d’Anjou, dans l’Île Saint-Louis, quartier de son adolescence. Et repose au cimetière de Pontoise, sous une tombe en granit breton.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Octobre 2024 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing

Crédits et inspirations : Cet article fut inspiré par la lecture du roman de François-Olivier Rousseau, La gare de Wannsee, paru chez Grasset en 1988 ; même si le livre en question n’évoque jamais Gustave Loiseau, il retrace en revanche la vie de plusieurs impressionnistes. En outre, les principaux crédits de l’histoire de Gustave Loiseau, ont été tirés d’un article de J. Delauney publié dans le magazine Valeurs de l’Art – N°70, septembre/octobre 2001.

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