Les affres de la page blanche ne suffisent plus. Pour un écrivain, le pire est à venir : se rendre compte au fil de l’écriture que le texte n’est pas à la hauteur, que les personnages esquissés manquent de sel…. Réaliser que le chemin emprunté mène à l’impasse. Dès lors, Erwan Bargain a une méthode : il convoque tout le monde devant le tribunal de sa plume et donne naissance à une bien étrange pièce de théâtre.
Ici, l’histoire et les personnages ne font qu’un. Sans eux, pas de livre. Car ce sont eux les héros et les hérauts des turpitudes de l’auteur. Abandonnés, chassés, tués ou conservés pour des jours meilleurs, l’homme et ses onze « employés » donnent naissance au grand ballet de la vie géré selon les méthodes du « progrès », comme un RH remercierait les factotums de son patron. Erwan Bargain y ajoute un supplément d’âme et l’humanité du doute. « On lèche, on lâche, on lynche » chantait Bernie Bonvoisin. La Comedie D’ell Arte du brestois est tout aussi cruelle et fait penser au film de Denys Granier-Deferre : « Que les gros salaires lèvent le doigt ». La convocation, la sanction puis la rédemption. On pense alors à la Cène et aux 12 apôtres de Léonard de Vinci. Car, ici tout nous ramène à la vie, avec ses espoirs, ses traitres et ses pardons. Pour que finalement de l’impasse naisse une nouvelle histoire. L’éternel recommencement.
Hervé DEVALLAN
« L’impasse » par Erwan Bargain aux éditions Les Mandarines, 10€












