Dans un précédent recueil, Quelques miettes tombées du poème (éditions Illador), Jean-Pierre Boulic avait entonné, dans cette veine mystique qui est plus que jamais la sienne, le chant de la Création. Le voici, dans un nouveau livre, creusant le sens du poème et de la vie en poésie. Mais toujours sous les cieux capricieux (mais inspirants) du pays d’Iroise où il réside.
Le Ciel de patience, qui donne son titre à ce nouveau livre du poète breton, se nourrit de sensations éprouvées « sous la pesanteur des heures ». Plusieurs mots-clés émergent au fil des pages : « Lumière », « souffle », « silence », « chant », présence »… Autant de mots à même, selon Jean-Pierre Boulic, de « déchiffrer les paysages de l’âme ». Il suffit pour cela, parfois, de simples « reflets sur les galets », de « nuées d’oiseaux » qui « effleurent les eaux », du « cri d’un passereau » qui « ébrèche le silence » ou d’un « vrai parfum de varechs ». Même « l’estran est trouvaille ».
La poésie peut ainsi être faite, de bout en bout, avec ces petits riens. Il faut pour cela cette « attention soutenue » (comme le disait Czeslaw Milosz) à ce qui advient. Ce que Jean-Pierre Boulic appelle une quête de « Signes et prodiges/De la création ».
Le poète n’est pas avare de mots pour le dire. Encore faut-il être à même de « servir le mot juste ». C’est à cette condition que des mots peuvent « se risquer » sur « la feuille blanche ». Oui, dire avec ces mots-là, l’indicible, « Ce lieu du sacre/De l’être et du vent ! » dans l’instant vécu avec plénitude.
Ce qui n’empêche pas, à l’occasion, un retour sur le passé et ses « trésors d’enfance », sur tous ces « songes qui ont traversé l’horizon ». On croit, de-ci de-là, lire Jean Grosjean affirmant : « Les songes ont beau me visiter/Je vis avec le temps qu’il fait », ou encore Giuseppe Ungaretti disant de la poésie qu’elle « consiste à convertir la mémoire en songes et apporter d’heureuses clartés sur les chemins de l’obscur ».
Le poète breton, lui, évoque Etty Hillesum et son « cœur sans obscurité » ou encore Philippe Mac Leod, le poète trop tôt disparu à la « secrète parole ». Référence à des êtres de haute exigence, conduisant Jean-Pierre Boulic à formuler cette interrogation : « Que peux-tu chuchoter/Si tout a été dit ?//Naître au poème du vivant/Et ne jamais y renoncer ». Car « Tout demeure à dire/Au monde de ce temps ».
Pierre TANGUY.
Un ciel de patience, à l’aube de l’estran, Jean-Pierre Boulic, préface de Béatrice Marchal, La Part Commune, 2025, 110 pages, 13,90 euros.











