Nantes, Rennes, Guingamp, Brest, Lorient, la Bretagne est à elle seule un championnat de football. Il serait presque envisageable d’inclure ses meilleures équipes dans un tournoi celtique qui réunirait Bretagne, Irlande, Ecosse, Pays de Galle et Galice. Une image nuancée de la géographie moderne. Et une autre vision du sport.

Trois équipes en Ligue 1 : Nantes, Rennes et Guingamp. Deux en Ligne 2 : Brest et Lorient. À elle seule, la Bretagne compte 1/8ème de l’effectif total des deux Ligues, et ¼ du championnat de France. Les Bretons cumulent aussi la 4ème place du plus grand nombre de licenciés en France : 1 sur 19 est footballeur ! Aucune autre région ne peut en dire autant. Seul bémol, la surface financière des clubs n’est pas proportionnelle à leur motivation ; pas même à Rennes où, malgré l’immense fortune de François Pinault, le capital des propriétaires du Paris-Saint-Germain – Qatar Investment Authority – est trois fois supérieur à celui du milliardaire breton, d’où un budget du PSG décuplé (x10) en comparaison de celui du stade rennais. Allez ! On s’en moque puisque le travail est accompli. On a gagné.

Une victoire historique ! affirment certains. Oui. Si l’on remonte jusqu’en 1965 et 1971, années des derniers exploits rennais en Coupe de France. Également parce que cela faisait douze ans que la Coupe ne s’était plus jouée aux tirs au but, la dernière fois en 2007, avec une victoire de Sochaux contre Marseille. Et puis, les Parisiens étaient loin, très loin de la magnificence d’un Dominique Rocheteau qui, entre 1980 et 1987, fut le meilleur buteur du PSG face à Rennes, avec 6 buts marqués. Victoire historique et sportive, donc, mais pas seulement, car l’adjectif « historique » est trop souvent galvaudé, sauf s’il atteste que le triomphe puisse naitre d’une volonté et d’une motivation inversement proportionnelles à l’appât du gain d’un fond d’investissement moyen-oriental. La famille Pinault n’a pas de pétrole. L’espoir et la conviction lui suffisent pour investir à perte dans le stade rennais depuis 20 ans. Un débit d’environ 5 millions annuels. Ce succès, en plus d’être celui de tout un club pour une région, est celui de François Pinault qui n’a jamais démâté malgré les vents contraires.

Une image de loser depuis 48 ans !

Victoire historique, sportive et financière, mais aussi sociale parce que les joueurs de Rennes – qui trainaient une image de loser depuis 48 ans ! – ont fait beaucoup d’heureux au-delà du premier cercle de supporters. Victoire également politique, puisqu’une telle réussite engage un chauvinisme régional pas toujours assumé en dehors du sport, mais pleinement pris en compte dans l’univers du foot. Le stade rennais est depuis sa création en 1901 la figure de proue du sport breton. Ce n’est pas un hasard si les tifosi péninsulaires ont convergé vers Rennes en direction du Roazhon Park pour soutenir d’une même voix le maillot aux hermines floquées de leur équipe : joueurs dont le parcours accompli en Ligue Europa ces derniers mois, auquel s’ajoute désormais leur victoire en Coupe de France, valent toutes les campagnes médiatiques bretonnantes.

Résumons-nous. La victoire du stade rennais contre le PSG est belle et bien historique, sportive, financière, sociale, politique, mais surtout morale face au pognon de dingue du Qatar ! Désormais les Bretons sont prêts pour un championnat de football celtique – pas gaélique, il existe déjà selon d’autres règles. N’aurait-elle pas fière allure cette possible finale celte entre Brest et Glasgow – entre Lorient et Cardiff – Guingamp et La Corogne – Lannion et Belfast – et pourquoi pas ?  Rennes face à Nantes. Un jour peut-être. La Bretagne est définitivement terre de tous les rêves. Soyons foot avec elle ! Vive le sport. Bravo Rennes.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Mai 2019 – Bretagne Actuelle et Jérôme Enez-Vriad

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