Gilles Baudry et Nathalie Fréour : « Une île seulement pour ajourer la mer » HermineHermineHermineHermine

Un moine poète et une artiste peintre unissent leur talent pour nous parler de la mer et des îles. Gilles Baudry et Nathalie Fréour poursuivent ainsi leur collaboration engagée en 2017 avec Un silence de verdure (éditions L’enfance des arbres) Le préfacier, François Cassingena-Trévedy, autre moine poète, vient aujourd’hui ajouter son grain de sel (marin) à ce duo.

Des poèmes et des pastels. Une vingtaine en vis-à-vis. Un texte sobre (de 4 à 6 lignes) au diapason de la simplicité des peintures, de leur douceur (car tout ici est calme, paisible), offrant invariablement le même point de vue sur la mer avec cette barre d’horizon séparant le ciel de l’eau. De-ci de-là, des rochers ponctuent le tableau à moins qu’il ne s’agisse de chapelets d’îles ou d’ilots posés là comme « pour ajourer la mer ».

Si l’île est présente dans ce recueil, la mer l’est encore plus. Mais c’est une mer vue de l’extérieur. On n’est pas embarqué. « Je reste l’homme de l’estran », écrit Gilles Baudry. Il parle même d’un face à face « trop inégal » avec la mer, faisant de lui  « un homme distendu entre fini et infini ».

Quelques notations discrètes nous ramènent à un pays de connaissance, celui où vit le moine poète à l’abbaye de Landévennec. Ne nous parle-t-il pas de sa « presqu’île » ou des « brumes blessées de l’aube » ? Nous sommes effectivement dans un pays « d’extrême-terre ». Et les pastels de la Nantaise Nathalie Fréour sont bien là pour nous signifier qu’il s’agit bien, ici, d’un face à face avec l’immensité. Et l’on pense, parcourant ce beau recueil, à ce haïku de Santoka : « Me voilà/là où le bleu de la mer/est sans limite ».

Dans ce pays, les phares deviennent des « derviches-tourneurs » et les chapelets d’îles font penser à des « troménies ». Ici, nous dit encore Gilles Baudry, le crachin « ravale ses sanglots » et l’on entend « le hennissement du vent ». Parfois même, « le ciel s’en va épaules basses de goémonier ». Quant à l’île, elle est « un pacte avec la solitude » et notre « épiderme du dedans ».

François Cassingena-Trévedy, en préfaçant le livre, voit dans l’île plus qu’une île. « L’île ajourant la mer, écrit-il, ne serait-ce pas, en définitive, cette Présence au milieu de nousd’entre nous soudain surgie, d’entre nos mains qui écrivent et qui peignent ». S’associant au duo Baudry-Fréour, il évoque ces îles qui sont communes à ce trio ainsi constitué, « îles graves, îles austères », « îles de haute altitude » loin de la pacotille et des îles à cocotiers. Enfin, à propos de ce trio, il affirme qu’il est «  de bonne espérance pour demain, car l’homme ne saurait être une île sans la femme, non plus que la femme sans l’homme ». Parole de sage.

Pierre TANGUY

Une île seulement pour ajourer la mer, Gilles Baudry (poèmes) et Nathalie Fréour (pastels), L’enfance des arbres, 64 pages, 15 euros.

0 Commentaires

Laisser un commentaire

Articles similaires

Autres articles de la catégorie Livres