L’expression française Mettre les points sur les « i » n’a pas d’équivalence en breton. Il est toutefois possible d’en inventer une qui pourrait être : Mettre les tildes sur les « n ». Essayons à propos de l’Eurovision.
Personne ne s’attendait à ce que la France termine avant dernière au concours de l’Eurovision 2022. Les Bretons de Alvan et Ahez faisaient partie des favoris. Si les bookmaker leur accordaient peu de chance pour une victoire, ils avaient néanmoins séduit de nombreux pays et téléspectateurs lors des éliminatoires. Finir au bas du classement n’était en rien prévisible. Au reste, le groupe n’a pas à rougir de sa prestation. Tant s’en faut ! Leurs 17 malheureux points (9 accordés par le jury et 8 par le public) ne sont nullement une insulte ni même une humiliation. Ils exemplifient plutôt l’évidence que l’Eurovision n’a désormais plus aucune raison d’être et que les pays occidentaux devant être solidaires entre eux – au moins d’un point de vue culturelle – ne le sont pas. Confère l’Irlande qui aura oublié sa sœur bretonne dont la chanson valait objectivement davantage que certaines gracieusement notées par cette même Irlande.
Pour les pisse-froid jacobins, ce n’est pas la France qui a honteusement fini à la pénultième place, mais la Bretagne. Tellement facile ! Alvan et Ahez n’y sont pour rien, si ce n’est à travers le symbole de la langue régionale dans laquelle ils ont chanté. Tout était d’ailleurs breton : le texte, les influences musicales, les artistes, et même le couturier qui les habillait, le talentueux Pascal Jaouen. Une victoire d’estime (dans les cinq premières places) de la France sous drapeau Breton n’eût pas été dans le sens de la « bruxellisation » du continent européen. Pas davantage si le Royaume-Uni – à la deuxième place nonobstant une bien meilleure prestation que l’Ukraine – avait fini premier : les rosbifs ne devaient pas gagner, prix à payer pour leur sortie de la C.E.E., et chacun sait qu’ils ne sont pas près de revenir au centre du podium.
Certaines distractions sont éminemment politiques. L’Eurovision de la chanson n’y échappe guère, ni dans le choix des candidats et moins encore dans la distribution des points. De votes truqués en scandales à peine dissimulés, l’Ukraine aura donc gagné, une manière très bonne conscience de dire aussi que personne n’a vraiment perdu. Quant à la marionnette des USA, Volodymyr Zelensky, il n’a pu s’empêché de prendre la parole : « Notre courage impressionne le monde, notre musique conquiert l’Europe ! L’année prochaine, l’Ukraine accueillera l’Eurovision. Ce sera la troisième fois de l’histoire, et je n’espère pas la dernière. Nous ferons tout notre possible pour accueillir le concours, un jour, à Marioupol, dans une ville libre, paisible et libérée. » On y croit !
Et pourtant ! Si les peuples minorisés d’Europe – ils sont nombreux et, à entendre sieur Zelensky, l’Ukraine en est un – avaient la politique courageuse, ils auraient voté pour Alvan et Ahez. Au moins un petit point. Mais non. Rien. Les raisons sont multiples. A commencer par la lâcheté. Peut-être. La bêtise ? Sans doute. L’ignorance ? Incontestablement. De toute manière, une France gagnante aurait volé la victoire de la Bretagne en organisant le concours 2023 à Paris. Comme le dit un proverbe morbihannais : Celui qui ne risque rien ne perd ni ne gagne. Nous jouerons désormais à qui perd gagne ! Et mettrons des tildes sur les « n » au baptême de nos fils.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© 18 mai 2022 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle











