Figure importante de la littérature européenne du 20e siècle, le gallois Dylan Thomas a entretenu une importante correspondance à laquelle on a désormais accès dans une traduction française assurée par le breton Ronan Nédélec. Le livre est, en outre, publié par une maison d’édition (La Part Commune) implantée en Bretagne. Autant de clins d’œil, peut-on dire, à nos cousins gallois.
« Au cœur de ses lettres, l’on trouve l’ivrogne, le discoureur, le voleur, le fauché, l’intéressé, l’arnaqueur, mais aussi un gars bien, serions tentés de dire », souligne Ronan Nédélec qui a aussi préfacé et annoté cette correspondance. Il faut dire que le « Rimbaud gallois », comme on l’a parfois désigné, ne jouait pas dans la dentelle. Sa carrière sera à la fois fulgurante et chaotique. Né à Swansea en 1914, il meurt à 39 ans dans un hôpital de New-York. Homme de tous les excès, notamment porté sur l’alcool, il se sera fait un nom dès l’âge de 20 ans en publiant ses premiers poèmes. Il bourlinguera entre le Pays de Galles et Londres, fera quelques incursions en Amérique où il sera invité. « Primo je suis Gallois, écrivait-il, secundo je suis ivrogne, tertio je suis amoureux de la race humaine et en particulier des femmes ».
Voici entre nos mains le livre qui réunit aujourd’hui l’essentiel de The collected letters, sa correspondance publiée en 1985 en langue anglaise. 27 années d’écriture entre 1926 et 1953, avec de multiples interlocuteurs d’où émergent les figures de Pamela Handsford Johnson (poétesse, dramaturge anglaise), Vernon Watkins (poète gallois), Caitlin Thomas (apprentie danseuse rencontrée dans un pub londonien et qui sera la grand amour de sa vie). « Au quotidien, c’est l’ordinaire qui l’attire », souligne Ronan Nédélec. « Incidents domestiques et petits désastres constituent les faits d’une journée qui l’accompagnent dans son travail et dont il narre volontiers les détails dans ses missives ». On ressent souvent chez l’homme, en lisant certaines de ces lettres, un profond sentiment de solitude qu’il combat par des beuveries au pub ou par l’échange de lettres.
Où l’on côtoie Miller et Stravinsky
Sa correspondance nous éclaire aussi sur sa démarche poétique. Dans une lettre du 16 mai 1938 à Henry Treece (poète et critique), il écrit : « Une grande partie de ma poésie est, je le sais, une enquête et une terreur effrayante de l’attente, une découverte et un face-à-face avec la peur. En moi résident une bête, un ange et un fou, et mes recherches portent sur leur fonctionnement ». Ronan Nédélec rappelle que si Dylan Thomas admettait le rôle de l’inconscient dans son écriture, il réfutait toute influence du surréalisme, « cherchant à situer son œuvre comme entièrement novatrice et indépendante de tout mouvement ».
Nous voici aussi plongés, grâce à ces lettres, dans le monde intellectuel, littéraire ou artistique de l’époque. Dylan Thomas côtoie des auteurs et reçoit de courriers de beaucoup d’entre eux. Il nous parle d’interlocuteurs fameux : Malcolm Lowry, Henry Miller et même Charlie Chaplin et Igor Stravinsky. Le petit Gallois aux cheveux frisés s’était fait un nom rapidement. En Bretagne, son œuvre fut notamment appréciée par Georges Perros ou encore Armand Robin qui traduisit trois de ses poèmes pour la NRF en 1954.
Gallois mais pas gallophone
Pour ce qui est du Dylan Thomas gallois, sa correspondance nous révèle, certes, un homme attaché à son pays natal. Mais il sait prendre ses distances. Il est Gallois mas pas gallophone. Dans une lettre du 28 novembre 1949 à Margaret Taylor, une de ses mécènes, il écrit à un moment où il vit dans des conditions précaires : « Peut-être que quelque chose arrivera de l’université du Pays de Galles, bien que je ne sois pas populaire auprès des autorités, étant non gallophone, non nationaliste, non diplômé, non vacataire et indigne de confiance ». Ronan Nédélec souligne néanmoins que Thomas comprenait le gallois et qu’il existait sans sa poésie, « les traces d’un système de rimes héritées de la langue galloise ». Ce qui lui permettait sans doute de se mêler à ses congénères dans certains moments-clés de l’année : « C’est un jour férié gallois, écrit-il un lundi de Pâques 1937, un jour très social, et bientôt je rejoindrai les pique-niques froids sur les falaises, boirai de la bière dans le dépôt de bus ». En novembre 1939, il écrivait aussi : « Les Gallois aiment presque autant les ventes que les funérailles ».
Ainsi allait Dylan Thomas, perclus de failles et de doutes. Poète sûrement mais aussi rendu célèbre par son recueil de nouvelles Portrait de l’artiste en jeune chien, par son conte touchant sur le Noël d’un enfant au Pays de Galles ou encore par sa pièce radiophonique Au bois lacté.
Pierre TANGUY.
Lettres 1926-1953 et autres textes, Dylan Thomas, préface, traduction et notes de Ronan Nédélec, La Part Commune, collection Silhouettes Littéraires, 420 pages, 25,90 euros. Ce livre comporte une annexe dans laquelle on peut trouver de nouvelles traductions de certaines œuvres de Dylan.
A noter que le premier tome de l’œuvre poétique complète de Dylan Thomas vient d’être publié par les éditions Arfuyen (336 pages, 24 euros).











