Les enfants sont naturalistes d’instinct. Ils aiment les animaux et recherchent leur compagnie. La confiance des oiseaux est toutefois difficile à obtenir. Le Dictionnaire amoureux des oiseaux et Le Petit Guide des oiseaux (à la con) participent à satisfaire la curiosité des plus jeunes et de leurs aînés.
Les deux ouvrages dont il est question dans cette chronique présentent une mine d’informations, à propos des oiseaux, certes, mais pas seulement, il est aussi question de cinéma : Brigitte Bardot, Jean-Paul Belmondo, Jacques Perrin… d’écrivains : Maurice Genevoix, George Sand… de peinture et d’artistes peintres… d’écologie et de météo… d’îles et d’outre-mer… Ainsi, le lecteur picore l’anecdote en se (re)posant à proximité d’un bout de ciel pour découvrir le monde merveilleux et enchanteur de nos amis à plumes.
Flirter avec l’Himalaya et caresser les océans
Tout dictionnaire relève de l’artifice nécessaire du classement alphabétique qui, s’agissant d’un livre consacré aux animaux – en l’occurrence aux oiseaux –, ne doit pas masquer le caractère essentiel du Vivant, et moins encore son aspect évolutif. Il n’y a pas « les Animaux et l’Homme, mais les Animaux dont l’Homme ». Pour preuve. Chez les vertébrés (dont les oiseaux), afin de séduire leur belle, les mâles se parent de couleurs éclatantes… chantent… certains dansent… font la roue… d’autres offrent de modestes cadeaux… construisent des nids avec décorations… L’univers du ciel est aussi vivant d’amour que celui des océans et de la Terre. En surcroît de cette intelligence du cœur qui lie la mère et ses petits, il n’existerait pas de vie humaine sans les oiseaux dont nous condamnons certains à mort par nos comportements irrespectueux des écosystèmes.
Sans oiseaux, le rêve d’Icare n’existerait pas, ils sont la partie indispensable d’une biodiversité dont tout humain dépend. Un ciel déplumé serait le cauchemar d’une planète morte, figée, asséchée. Partout l’oiseau s’invite. Des altitudes himalayennes à la surface des océans, il est là, au-dessus-de nos têtes, y compris dans les livres. Preuve en est avec ce Dictionnaire amoureux, véritable parenthèse enchantée d’un monde des airs enrichi d’expériences de l’auteur. Allain Bougrain Dubourg rappelle intrinsèquement qu’il est erreur de prendre les animaux pour des bêtes, a fortiori un oiseau, qui, mieux que l’homme, défie les distances, chante à tue-tête, et incarne la grâce en questionnant les scientifiques.
L’Humain ne représente que 0,01% de la biomasse terrestre malgré son anthropocentrisme qui en fait à ses yeux le centre du monde. Un exemple. Les volailles d’élevage (qui donc dépendent de l’homme) constituent 70% de tous les oiseaux de la planète, les 30% restant étant des oiseaux sauvages. Phénomène plus flagrant en ce qui regarde les mammifères : 60% d’entre eux sont des animaux d’élevage, 36% sont des humains, et uniquement 4% vivent dans la nature. De fait, seuls quelques races d’oiseaux capables de s’adapter à l’hégémonie humaine connaissent une progression démographique. L’uniformisation ornithologique est en cours. Le livre d’ Allain Bougrain Dubourg motive à s’engager pour qu’il en soit autrement.
Un petit guide pas si « con » !
Le petit guide des oiseaux (à la con). Diable ! Voici un titre surprenant. Son auteur, Matt Kracht, est ornithologue, il a observé les oiseaux avec la gageure potache d’identifier (selon lui) les plus stupides d’entre eux, les réunissant dans ce petit guide original. Prenons le rouge-gorge familier de nos campagnes, rebaptisé pour l’occasion « rouge-gorge teubé » ; Matt Kracht en fait un « crétin à la face rougeâtre, chouchou du Royaume-Uni. » En 2015, les Britanniques l’on même élu oiseau national. La raison ? Elle est en page 42. Au chapitre suivant, l’on apprend pourquoi le toucan, dont le bec orangé fait plus d’un tiers de la longueur et la moitié de la largeur de son corps, pourquoi cet oiseaux surprenant saute cahin-caha de branche en branche plutôt que de voler comme n’importe quel congénère de son espèce.
La démarche de l’auteur est de caricaturer certains oiseaux afin de les rendre plus intéressants à travers une approche ludique. Les informations qu’il donne entre « noms d’oiseaux » et noms scientifiques aident à les identifier. Tout est parti d’un roitelet à couronne dorée, une espèce de passereaux craignant peu la présence humaine, que Matt Kracht n’a cependant pu observer qu’une seule fois. Frustration qu’il explique dans une entrée en matière précédent un guide explicatif du livre. La dernière partie de l’ouvrage est destinée aux ornithologues amateurs. Elle recoupe un jeu d’associations de mots permettant à chacun de considérer ses connaissances. On y trouve également un aide-mémoire… une page consacrée à l’identification des oiseaux… une autre nous apprend à les dessiner… Autant de distractions à la fois anecdotiques et amusantes qui font du Petit guide des oiseaux (à la con) un livre sans prétention si ce n’est celle d’enseigner avec la coquetterie du sourire.
Jérôme Enez-Vriad
© Septembre 2023 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing
Dictionnaire amoureux des oiseaux, un (merveilleux) livre d’Alain Bougrain Dubourg aux éditions Plon – 546 pages – 26,00 €
Le Petit Guide des oiseaux (à la con), un (truculent) guide de Matt Kracht au éditions EPA – 190 pages – 15,00 €
A lire en complément : La Bretagne aux oiseaux











