Un journaliste se rend en Finis Terrae pour enquêter sur des légendes et notamment celle relative à la fée Morgane. Il débarque sur l’île de Holly où la Morgane qu’il découvrira n’est pas celle qu’il pouvait imaginer. Daniel Morvan, né natif de Plougasnou et résidant aujourd’hui à Paimboeuf, signe ici un roman foisonnant aux fulgurances poétiques, riche de références à des lieux ou à des écrivains qui lui sont chers, à commencer par Jean-Pierre Abraham, l’auteur du célèbre ArMen, récit de sa vie de gardien de phare à l’extrémité de la chaussée de Sein.
L’intrigue de ce roman tourne autour de deux lieux situés sur l’île de Holly : le phare d’Awen Bell (dont Lucien est le gardien) et l’hôtel/pub de Bell Rock (tenu par Odette). Le journaliste Lewis Boyce, reporter aux Britton news, à la Cornish Review et à Paris Normandie va orienter son enquête sur ces deux lieux et ses deux occupants principaux. Le fil conducteur de son enquête sera le journal de bord (retrouvé dans le phare) d’une certaine Saskia Meyer, adolescente hollandaise qui tint compagnie au gardien de phare durant cinq années. Mais que venait-elle donc faire là ? Quelle était la raison de venue sur l’île ? Le roman creuse l’énigme tandis que gravitent autour de ces trois personnages des figures locales hautes en couleur, à l’image du carrier Vanka ou de Titus, comédien de passage à Holly et force de la nature. Quant à « La main de la reine », qui donne son titre au roman, il fait allusion à Marguerite de Savoie, reine d’Italie, qui vient à Holly en 1881 et plongea « sa main baguée dans la fontaine de Shoreham qu’on appelle en son honneur La main de la reine ».
Le décor ainsi planté (cette « micro-nation de célibataires au sang corrompu par l’alcool »), Daniel Morvan fait gambader notre imagination mais il le fait toujours dans un souci prégnant de réalisme. C’est le côté paradoxal de ce roman qui titille une forme de fantastique mais garde, de bout en bout, les pieds sur terre (et sur mer) dans un luxe de détails et de notations qui révèlent la profonde connaissance des lieux par le romancier. Car dans ce Finis Terrae qui évoque des lieux emblématiques de Cornouaille, l’île de Holly rime volontiers avec les îles Scilly et le phare d’Awen Bell avec celui d’Ar Men.
Dans ce phare on retrouve ainsi un gardien qui fait penser à Jean-Pierre Abraham, amoureux comme lui du peintre Vermeer et de ses modèles comme « la jeune fille au turban ». De ces gardiens de phare, Daniel Morvan dit qu’ils étaient « des moines lumineux, vagabonds azuréens, pâtres de déferlantes pointant un nez entre deux pans de mer céruléenne. Ils étaient des monuments, des veilleurs de l’infini, ils éclairaient le monde quand celui-ci prenait sa dominante béton ! ».
En lisant ce roman, on pense aussi à un autre Finis Terrae, celui de film de Jean Epstein (1929). Du noir et du blanc qui sied à ces terres frustres du bout du monde et qui nous fait penser que La main de la reine ferait aussi un bon scénario de film en noir et blanc. Avec de prodigieux Flash-back sur le journal de bord d’une jeune fille, le fil d’ariane d’un scénario à rebondissements.
Pierre TANGUY
La main de la reine, Daniel Morvan, avec en couverture « Sans-titre », acrylique sur papier de François Dilasser, Le temps qu’il fait, 2022, 135 pages, 18 euros.











