L’histoire entre la Palestine et Israël est entachée de guerres et de sang. Une actualité tragique s’y inscrit régulièrement de manière lancinante. En ce qui regarde cette terre ou les civilisations se succèdent, s’opposent et parfois même se fécondent, n’est-il pas indispensable d’avoir le recul nécessaire afin de prendre les bonnes décisions ?

Il est parfois de bon augure d’essayer de comprendre l’incompréhensible. Le Proche-Orient que l’on aimerait n’existe pas encore. Bientôt, nous dit-on. Oui ! L’essentiel serait d’y croire et l’on a pour cette cause la tendresse d’un espoir guérisseur. Mais les belles espérances ne suffisent pas. S’il est aujourd’hui universellement admis que les Palestiniens constituent un peuple au même titre que les Scandinaves et les Patagoniens, la notion même de « Palestiniens » aura recoupé des réalités politiques et identitaires différentes tout au long du XXe siècle. Oublier ce que fut hier c’est aussi nier ce que sera demain. Hélas ! Certains élus Bretons manquent à leur devoir de mémoire.

Deux à zéro

Pendant leur séjour à Halhul, les membres du comité de jumelage ont assisté à la pose du panneau indiquant le jumelage avec Hennebont

La Bretagne fait partie des régions françaises comptant le plus grand nombre de communes jumelées avec l’étranger. Issue des drames de la Seconde Guerre mondiale, la pratique du jumelage fut mise en place après l’armistice entre les Français, les Britanniques et les Allemands afin de « reconstruire » l’Europe par le biais d’échanges culturels. Chaque initiative visait à réconcilier des communautés disparates ravagées par la guerre en vue d’une paix durable. Avec le temps, ces jumelages sont devenus une sorte de politique étrangère municipale au format d’initiatives locales qui souvent contournent la politique jacobine parisienne. Ainsi, s’agissant de l’actualité dramatique proche-orientale de ces dernières semaines, il est intéressant de s’interroger pour savoir combien de communes israéliennes sont jumelées avec des villes bretonnes, et, par contraste, combien de palestiniennes procèdent des mêmes échanges. La réponse est binaire. Deux à Zéro ! Deux communes, Hennebont (56) et Rostrenen (22), ont engagé un processus d’alliance avec la Cisjordanie, là où aucune ville israélienne n’a été choisie pour être jumelée avec la Bretagne*.

Palestine ou Cisjordanie 

Hennebont est une agglomération de 20.000 habitants à proximité de Lorient dans le sud morbihannais. Le panneau à l’entrée de la ville indiquant son jumelage avec Halhul en Cisjordanie a été retrouvé au sol il y a quelques jours ; pour être certain qu’il ne soit par réinstallé de sitôt, les deux points d’ancrage arrière ont été mis à mal par le(s) subversif(s) casseur(s). Si le choix municipal d’une ville cisjordanienne – certains diront palestinienne – peut surprendre, il n’y a en revanche aucun étonnement sur le fait qu’il est bel et bien politique : pensé, proposé, décidé en 2010 par le maire communiste de l’époque, monsieur Gérard Perron. Cette « préférence palestinienne » pose une similitude avec Rostrenen, petite ville de 3.000 âmes non loin de Carhaix dans les Côtes-d’Armor, dont les obédiences du conseil municipal penchent elles aussi à gauche.

Rostrenen souhaite en effet instaurer un rapprochement « avec la Palestine » (sic). L’équipe municipale élue en 2020 est « portée par la notion de solidarité » et « souhaite tisser des liens entre les territoires » (sic bis). Il s’est donc tenu le 8 juin dernier une réunion publique « dans le but de mettre en place une coopération entre le Centre-Bretagne et la Palestine » (sic ter). Plusieurs membres de l’AJPF (Association pour le Jumelage entre les camps de réfugiés Palestiniens et les villes Françaises) étaient présents, ils en ont d’ailleurs profité pour rappeler « qu’au-delà des considérations politiques, ce sont les leçons de courage et d’humanité qu’ils vivent dans les camps de réfugiés qui les poussent toujours un peu plus à s’impliquer dans des projets de jumelages tant culturels que solidaires. » (sic quater)

Indéniable choix politique

Les Jumelages sont d’ordinaire de simples passerelles culturelles, mais, dans le cas de la Palestine, l’élection d’une ville cisjordanienne est à n’en pas douter strictement politique. L’exemple de Barcelone pose un éclatant truisme. Suite à une « campagne populaire » à laquelle ont participé 4.000 signataires – ce qui, au regard d’une population d’environ 1.700.000 personnes représentent 0,25% des Barcelonais – à laquelle ont donc participé plus de 4.000 signataires d’une pétition ayant fait l’objet de moult insistances associatives, la capitale catalane a rompu ses liens en février dernier avec sa ville jumelle de 25 ans : Tel-Aviv. Ada Colau – à l’époque maire écolo-gauche-radicale de Barcelone (parti Barcelona en comú) et depuis remplacée par le socialiste Jaume Collboni élu le 17 juin 2023 – madame Colau a pris sa plume à destination des bureaux du Premier ministre  israélien, Benjamin Netanyahu, pour lui expliquer que cette décision répondait à la demande de ses électeurs (0,25 % !) afin, je cite, de « condamner le crime d’apartheid contre le peuple palestinien, de soutenir les organisations palestiniennes et israéliennes œuvrant pour la paix, et de rompre l’accord de jumelage entre Barcelone et Tel-Aviv ». En revanche, le rapprochement avec Gaza-ville signé en 1998 par Joan Clos, maire PSC (partie socialiste) de l’époque, n’est toujours pas remis en cause nonobstant les exactions inouïes du Hamas élu démocratiquement par les Gazaouis lors du suffrage législatif de 2006. En d’autres termes, pour Barcelone… Hennebont… et Rostrenen… mieux vaut une dictature islamique palestinienne qu’une démocratie juive israélienne. CQFD.

Sagesse des synagogues et paix des églises

La religion musulmane, appelée Islam – translittération de l’arabe signifiant : « Soumission aux ordres de Dieu. » – est née au VIIe siècle,  après le judaïsme et le christianisme. Elle est aussitôt entrée en guerre contre l’Occident et le Proche-Orient judéo-chrétiens depuis la Grande Expansion territoriale musulmane des VIIe et VIIIe siècles… Depuis Al-Andalus… Depuis le jihad tel que l’ont défini Mahomet et ses successeurs… Depuis le prêcheur djihadiste Ali ibn Tahir al-Sulami… Depuis les théories d’Averroès… Depuis celles de l’iman Ibn Al-Qayyim… Depuis les croisades des XIIe et XIIIe siècles qui suscitèrent un réveil progressif des Mahométans… En fait, depuis toujours…

… La faute à qui ? Aux Musulmans, bien entendu, mais aussi à ceux qui les ont laissé faire et continuent d’œuvrer en les soutenant, y compris de manière insidieuse. Les Palestiniens d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier. Ils étaient pour l’essentiel laïques en 1948, lors de la création d’Israël, certains affichaient même leur christianisme sans vergogne ni danger ; tous sont aujourd’hui Musulmans, et le peu de Chrétiens restant se cache. De fait, certaines évidences s’imposent, puisque des siècles avant l’apparition de l’islam, les Juifs et les Chrétiens étaient chez eux en terre de Palestine où leurs religions sont nées. De la sagesse des synagogues, naquit un enseignement de vérité… De la paix des églises, a fleurit un chemin de lumière… Du feu de l’islam, l’appel des mosquée a toujours été celui de la guerre contre les mécréants…

Quelques étoiles parmi les croissants

Alors que la Bretagne comptait 27 mosquées en 2003** : 5 dans le Finistère, 2 dans les Côtes d’Armor, 3 en Ille-et-Vilaine, 5 dans le Morbihan et 12 en Loire-Atlantique ; elle en compte désormais 53 : 7 dans le Finistère, 4 dans les Côtes d’Armor, 12 dans le Morbihan, 11 en Ille-et Vilaine-et 19 en Loire-Atlantique. Le constat évolutif du nombre des synagogues est beaucoup plus simple, immuable depuis vingt ans, elles sont au nombre de trois, sises entre Brest, Lorient et Rennes. Certains conseils municipaux semblent avoir choisi leur camp : s’ils penchent trop du côté d’Israël, la communauté musulmane s’enflamme, mieux vaut alors s’incliner en faveur des Musulmans et de la Cisjordanie, quitte à prendre le risque de passer pour un antisémite, il suffira de démentir pour rétablir la ligne de flottaison morale en temps voulu. Après tout ! Les électeurs s’en souviendront et ils sont plus nombreux à s’agenouiller devant le croissant qu’à se couvrir sous l’Etoile.

* Source : Annuaire marie : Jumelage et coopération
** Source : Annuaire des mosquées en France

Jérôme ENEZ-VRIAD
© 27 octobre 2023 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing

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