Coccinelle est le premier transsexuel à avoir fait officialiser son changement de genre en France. C’était en 1959. Elle devenue star… Diva internationale… Puis véritable légende… Un roman graphique lui est aujourd’hui consacré.

Une vie sulfureuse de femme libérée traçant sa propre voie… Chanteuse, actrice et danseuse… De Paris à Sydney en passant par Rio de Janeiro et Dakar… Rien ne prédestinait Jacques-Charles Dufresnoy, devenu Jacqueline-Charlotte, dite Coccinelle, à devenir l’une des femmes les plus célèbres au monde et vivre son existence sous le feu de la rampe. Premier transsexuel français à devenir officiellement femme malgré une assignation masculine à la naissance, son cas fit les unes du monde entier. Coccinelle est hélas ! aujourd’hui oubliée. Peu se rappellent qui elle fut et ce qu’elle fut. D’abord un transformiste de talent… Puis une chanteuse à succès… Avant de devenir une icône de la transidentité. Voici son histoire.

Promenade au bout du monde

18 mai 2017. Un espace est inauguré par Bambi (célèbre cabarettiste) en hommage à Coccinelle sur le terre-plein central du boulevard de Clichy ; la Promenade Coccinelle aménagée en rambla débute au n°2, proche de la célèbre rue des Martyrs, et se termine au n°16, non loin de la place Pigalle. Ce sont à peine deux cents mètres qui ainsi représentent le parcours d’une vie atypique, celui d’un homme devenu femme à l’époque où certaines mœurs, moins pastorales que d’autres, n’avaient pas la souplesse d’acceptation actuelle. Pour bien comprendre, il faut revenir en arrière. Un simple regard derrière l’épaule suffira.

La promenade au bout du monde de Coccinelle commence le 23 août 1931, jour de sa naissance dans le XVIIIe arrondissement de Paris, à quelque rues où l’hommage lui fut rendu par Bambi. Rien ne prédestine alors Jacques-Charles à devenir Jacqueline-Charlotte. Le petit garçon fait des cauchemars chaque fois qu’il entend prononcer son prénom dans ses rêves. Qu’à cela ne tienne ! Il va (s’)inventer une nouvelle manière de vivre en femme libre et indépendante. Nous sommes au milieu des années 1950. Sa deuxième naissance à lieu dans les cabarets parisiens, celle d’une révolte contre soi-même face à la morale de l’époque.

Les scènes du monde entier

Quelques années passent. Coccinelle peaufine la création de son personnage. Elle trace sa propre voie de femme libérée. Puis arrive le jour où, défendue par un jeune avocat qui gagnera en célébrité quelques années plus tard, un certain Robert Badinter, Jacqueline-Charlotte devient la première française à changer officiellement d’état civil. Son nouveau patronyme se conjugue désormais au féminin. La star écume avec succès les scènes du monde entier. En 1989, après neuf mois de triomphe au Casino de Paris, Coccinelle est toutefois contrainte de prendre de la distance avec son public ; une place qu’à son retour elle ne parviendra jamais à retrouver.

Ses immenses succès sur les scènes des plus grandes revues parisiennes : Madame Arthur… puis le Carrousel – célèbre cabaret de transformistes où l’on retrouvait Peki d’Oslo et Kim Harlow… également l’Olympia… sont autant de tremplins qui lui permettent d’accéder à une renommée internationale. Seulement rien n’est jamais simple ! Au sommet de sa célébrité, Coccinelle se rebelle contre le star-system. Elle souhaite garder son indépendance et s’expatrie en direction du public sud-américain. À son retour en Europe, les modes ont changé, elle n’est plus un phénomène ni le canon de beauté d’autrefois, ses amis d’hier ont disparus, Coccinelle se retrouve seule parmi les requins affairistes.

Actuel comme Coccinelle

Il n’est guère banal que ce soit deux Italiens qui s’intéressent à une star française là où les médias de son propre pays l’ont pratiquement oubliée. Le style graphique du dessinateur Luca Conca est on ne peut plus réaliste. Il se rapproche d’un rendu photographique documentaire. Coccinelle y apparaît comme sur les photos que l’on connaît d’elle : différente à chaque fois ; une nuance due à ses costumes variés… ses nombreuses perruques pour le moins osées… et des maquillages toujours renouvelés… En fait, Coccinelle ne se ressemblait véritablement jamais, son aspect caméléonesque reflétait à la fois l’image publique connue de tous et le côté imprévisible d’un caractère suspicieux. Il fit d’elle la star que l’on connaît, mais aussi un histrion difficile à gérer qui lui valut de perdre en partie sa gloire.

Le scénario de Gloria Ciapponi corrige quant à lui moult erreurs entretenues par des articles et biographies peu sérieuses. En outre, il n’y a pas plus actuelle que la vie de Coccinelle à travers l’univers LGBT+ et une certaine idée de ce qu’est devenue la transidentité dans la culture occidentale. Ru Paul et autres drag-queen lui doivent tout. Elle a pris les coups les plus durs en essartant le chemin des carrières qui suivirent : April Ashley en Grande Bretagne… Zazie de Paris et Romy Haag en Allemagne… Bibiana Fernández en Espagne… Marie-France et quelques autres (chut !) en France… Bien que partie de loin, Coccinelle est arrivée là où elle voulait. Un exemple indéfectible de volonté en lutte continuelle parmi les écueils.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Juillet 2024 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing

Coccinelle : Cherchez la femme. Un roman graphique de Gloria Ciapponi & Luca Conca aux éditions La Boite à Bulles, 137 pages couleur 22 x 30 cm + cahier photographique – 26,00 €

 

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