Avec cinq albums au compteur, dont deux live, le projet imaginé en 2014 par le poitevin et batteur Manu Masko (ex John Doe, ex Red Cardell) s’est taillé une sacrée réputation sur scène. Les sept membres du groupe franco-irlandais (Dan Donnelly est né à Belfast) sont à Paris, au Café de la Danse le vendredi 18 octobre pour faire partager leur passion pour la musique celtique, mais aussi le rock, la polka, la pop et le groove.

D’abord, je voudrais savoir ce qu’est la musique celtique pour toi : un feeling, un rythme, un instrument en particulier ?
Manu Masko
 : Je vais te répondre que l’on ne se pose pas trop la question. Nous savons juste qu’on trouve des similitudes entre les musiques bretonnes, écossaises, asturiennes, etc. Il y bien sûr aussi toute une image d’Epinal assez datée autour de la musique celtique, le côté bouseux vu depuis Paris. Mais si je veux être honnête, pour moi la musique celtique c’est quelque chose d’assez binaire : ultra triste, ou ultra joyeux. Comme s’il n’y avait pas d’entre deux. Soit, ça te fait chialer. Soit, ça te fait danser. Par exemple, dans une gavotte bretonne, il y a du Bo Diddley beat de la Nouvelle-Orléans… Et c’est ça qui nous intéresse avec Celtic Social Club. Nous ne voulons pas rester au 1erétage. On creuse, on cherche, on mélange.

Est-ce qu’il fallait forcément un non-breton pour oser créer le Celtic Social Club ?
Manu Masko
: J’aurai tendance à dire oui. Quand j’en ai parlé la première fois à Jean-Jacques Toux des Vieilles Charrues, il m’a dit : « Ah, putain, j’aurai aimé avoir l’idée ! » Comme je ne suis pas du sérail, et que la musique celtique ne faisait pas partie de ma culture, j’ai eu moins de problème avec l’idée de la violenter un peu. Et puis, dans le Celtic Social Club, il y a deux gardiens du temple qui sont Ronan Le Bars (uileann pipe, low whistle) et Pierre Stephan (violon). Ils veillent sur le tempo. On peut tout faire sauf le dénaturer. Ils nous alertent quand on risque de déraper.

Sur ce 3èmealbum (From Babylon to Avalon), il y a ce morceau Remember Joe Strummer. Vu ton passé et celui de quelques membres du Celtic Social Club, tu n’as pas eu la tentation de rajouter le mot Punk entre Celtic et Social ?
Manu Masko
 : En fait, non. Tout a été fait à l’envers avec Celtic Social Club. J’ai d’abord trouvé ce nom qui renvoie bien sûr au Buena Vista Social Club, puis j’ai dégoté un concert (aux Vieilles Charrues, en 2014), ensuite j’ai déniché, recruté et convaincu les musiciens, et enfin on a composé la musique. D’ailleurs, le mot Club renvoie aussi bien au foot qu’au rock et à la musique punk, le CBGB à New York ou le Gun Club, c’est donc inscrit dans notre ADN dès le départ. Pas besoin de rajouter Punk pour l’être. Mais c’est vrai que nous sommes aussi influencé par les Clash qui ont été parmi les premiers à intégrer le dub ou le reggae au rock, comme plus tard La Mano Negra. En son temps, Alan Stivell aussi était une sorte de proto punk quand il a commencé à intégrer de la guitare électrique à la musique celtique.

The Celtic Social Club

Est-ce que le groupe reste encore fidèle à son principe de base qui était d’adapter des vieilles mélodies celtiques venant de partout (Ecosse, Pays de Galles, Bretagne, Asturies, Irlande) pour les remettre au goût du jour ?
Manu Masko
 : On essaie de s’y conformer, sauf que dans le Celtic Social Club, il y a aussi quelques bons compositeurs et ce serait dommage de s’en priver, non ? Sur l’album, le morceau It’s Morning Johnest une pure composition tandis que Dead Endau début du disque vient d’un air de polka joué par Pierre Stephan, avec une partie traditionnelle.

Est-ce exact que Celtic Social Club doit un peu de son existence à Eminem, Snoop Dog et Madonna ?
Manu Masko
 : Ce n’est pas faux. J’étais à New York pour travailler sur un de mes trucs perso (le projet electro swing Don’tForgetMyBreakfast) avec Ariel Borujow qui a collaboré avec les gens dont tu parles mais aussi Puff Daddy et les Black Eyed Peas. Un moment où l’on se détendait, je lui montre une vidéo en concert de mon ancien groupe, Red Cardell (un groupe de rock indépendant originaire du Finistère intégrant des éléments de musique celte). Et là, épaté, il me sort : « But what the fuck is it ? » Il m’a ouvert les yeux sur le potentiel de cette musique. Le côté bouseux, « excusez-moi d’exister ! » vu depuis Paris, il n’en avait rien à faire. Ariel a vraiment pris la puissance de la musique celtique au premier degré. D’ailleurs, on le voit aujourd’hui quand on se produit en concert avec le Celtic Social Club à travers le monde aussi bien en Chine, qu’en Algérie, il n’y aucun problème de culture, de compréhension, tout est fluide. On n’a aucun complexe à avoir. C’est un peu comme Johnny Clegg quand il a commencé à se produire en dehors d’Afrique du Sud, il a rendu la musique zouloue universelle.

Le groupe a pour particularité d’intégrer, d’assimiler, digérer toute sorte de musiques. Est-ce qu’il y en aurait une pourtant impossible à « celtiser » ?
Manu Masko
 : Non. Et pourtant, je me disais quand nous avons tourné en Chine que nos musiques étaient trop éloignées. Je me suis trompé. Dans un festival dans le sud du pays, on a fait monter sur scène un chanteur mongol et ça s’est tellement bien passé que nous l’avons invité à nous rejoindre plus tard pour un concert pendant les Vieilles Charrues. En fait, tout est question de goût, et surtout d’opportunité. Il s’est passé la même chose en Algérie, à Constantine, avec des musiciens locaux qui ont joué avec nous. J’aime bien cette idée de mélange.

Et tu n’as jamais pensé à faire remixer certains morceaux du Celtic Social Club en mode electro ?
Manu Masko
 : Oui mais c’est encore un peu tôt. Je fais confiance à mon pif et celui-ci me dit d’attendre un peu. Avec trois albums, l’histoire du Celtic Social Club n’est pas suffisamment installée pour que l’on puisse se permettre ce genre de choses. Certains pourraient penser que l’on cherche juste à faire un tube à tout prix et ce n’est pas dans notre démarche.

A quoi ressemblera le 4èmealbum, alors ?
Manu Masko
 : Nous avons commencé à lancer des pistes. Comme nous sommes un peu éparpillés, avec un chanteur (Dan Donnelly) qui vit à Newcastle en Grande-Bretagne, et les autres en France, on s’échange des idées, des fichiers via Internet. Nous avons aussi une tournée prévue qui passe par l’Angleterre en 2020 qui pourrait nous ouvrir d’autres pistes. J’adore aussi les musiques sud-africaines, Rachid Taha ou encore Asian Dub Foundation, ce qui pourrait nous amener encore à autre chose. Le morceau Remember Joe Strummersur l’album est né d’une suite de hasards et de coïncidences. Dan avait ce riff de guitare qui lui faisait penser aux Clash. Mon pif, toujours lui, m’a conseillé d’aller écouter un peu ce qu’il disait dans des vidéos que l’on peut visionner sur YouTube. Je suis tombé sur quelque chose qui m’a plus, je l’ai noté et envoyé à Dan. Ensuite, on a contacté la Joe Strummer Foundation, et sa femme à dit « Ok. » Un pion après l’autre, c’est notre méthode.

Interview Frédérick RAPILLY (octobre 2019)

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